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Le génie de cette application Zenly, c’est le fait que la géolocalisation de ses amis n’est pas permanente, ce qui déchargerait très vite la batterie du smartphone mais ponctuelle, de façon discrète.
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T'es où ?

Génération GPS : pourquoi les jeunes ont-ils de plus en plus besoin de se géolocaliser ?

L'application française Zenly rencontre un très grand succès auprès des plus jeunes et des grandes entreprises spécialisées dans les réseaux sociaux. Pour cause, elle permet à ses utilisateurs de géolocaliser leurs contacts partout où ils sont.

David Fayon

David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il vient de publier avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

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Atlantico : Zenly, l'application française de géolocalisation, vient de lever 22,5 millions de dollars pour s'exporter aux Etats-Unis, forte de son succès fulgurant (2 millions de téléchargements). Pourquoi les générations Y et Z développent-elles ce besoin de géolocaliser leur position ? Ne peut-on pas voir ici un paradoxe, entre souhait de protection des données personnelles et recherche d'applications ou de sites permettant un niveau de contrôle maximal de ces mêmes données ?

David Fayon : La genèse de l’application remonte à 2011. Après une bonne réflexion quant à la géolocalisation et ses usages en intégrant les contraintes techniques et dans une logique différenciante par rapport à Foursquare par exemple, elle a connu un vif décollage ces derniers mois. Cette levée de fonds ne constitue donc pas une surprise. Et il convient aussi de relativiser : 22,5 millions de dollars levés, c’est rien au pays des licornes (start-up à 1 milliard de dollars). Dans la Silicon Valley, nous dénombrons des dizaines de licornes (voir ici) et même des decacornes. Les générations Y et Z n’ont pas le même rapport aux données que les précédentes. Il est vrai que communiquer sa position peut être sensible pour un jeune si cette donnée pouvait être récupérée par un tiers malveillant notamment en cas de faille de sécurité de l’application. Mais la position est un peu à l’image des vidéos et des photos sur Snapchat (désormais Snap) : quelque chose d’éphémère contrairement aux traces numériques persistantes comme via les actions faites sur Facebook et Twitter.

En outre, et c’est là le génie de cette application Zenly, c’est le fait que la géolocalisation de ses amis n’est pas permanente, ce qui déchargerait très vite la batterie du smartphone mais ponctuelle, de façon discrète. C’est une innovation fondamentale qui augure un fort développement de l’application qui pourrait suivre les traces de Snap dans un autre registre. Ensuite, cela reste comme Facebook et d’autres applications, la question de prise de conscience qui peut varier d’une personne à une autre au sein d’une même génération, mais aussi celle des paramétrages, du fait de ne pas être en contact avec des inconnus, etc.

L'application se base sur les cartes de Google Maps et d'Apple Maps pour permettre à des groupes d'amis de se géolocaliser entre eux. Elle se distingue de Foursquare ou de la fonctionnalité "Nearby friends" de Facebook par la précision au mètre près de la géolocalisation qu'elle propose. Quelles garanties Zenly offre-t-elle en matière de protection des données personnelles ? Que se passerait-il en cas d'un éventuel piratage informatique ?

L'application est disponible pour les deux systèmes Android et iOS, qui représentent plus de 90 % de parts de marché s’agissant de la France pour les smartphones. Si la précision est plus grande, la géolocalisation n’est pas permanente mais à la demande quand on en a besoin. Cette application répond au fameux "t’es où ?" introduit avec les débuts du téléphone portable. En outre, par rapport au couple Foursquare/Swarm, il n’est pas nécessaire de devoir cliquer sur un lieu ou le choisir dans une liste, ce qui est d’une plus grande simplicité d’utilisation et favorise une utilisation massive pour les générations Y et Z qui aiment la fluidité d’utilisation des outils et des App en minimisant les clics.

Pour l’heure, Zenly n’a pas la même richesse côté données personnelles qu’un Facebook. Les bases de Zenly sont techniquement saines, les fonctions sociales de base sont là mais ce n’est pas encore un réseau social – ce qui peut être un axe stratégique de développement – avec une armée de données personnelles. Ce pourrait être un axe de réflexion mais ce qui est certainement prioritaire est de continuer à poursuivre la croissance en matière de nombre de membres avant de penser à rentabiliser l’audience comme l’ont fait avant les Instagram ou Snap. S’il y avait un piratage d'informations, on aurait des données relatives à l’identité d’une personne (mais beaucoup plus pauvres qu’un Facebook) avec des données de géolocalisation. Mais entre le moment du piratage et l’utilisation des données, les personnes associées aux comptes piratés se seront déplacées…

Une option de l'application Zenly permet tout de même de limiter la géolocalisation à la mention de la ville, ou de la désactiver. Est-il recommandable de désactiver cette application de temps en temps ? Quels risques éventuels court-on à laisser cette application toujours active ? La désactivation est-elle une garantie en elle-même que l'entreprise ne stocke pas les données de votre position ?

On peut effectivement désactiver l’application de temps en temps. Cela répond au principe du "droit à la déconnexion" où l’on ne souhaite pas être joignable à l’image du mode répondeur pour téléphone. Le fait d’activer la géolocalisation sur certaines applications ou appareils peut constituer également une sécurité. Je songe par exemple aux smartphones et aux tablettes. Il existe une application pour localiser son iPhone en cas de perte ou de vol. La même chose est proposée dans l’univers Android. Après, outre les considérations techniques en matière de stockage des données, il est important de raisonner en termes d’usages. L’application répond à un besoin, celui de prolonger les échanges par des rencontres dans la vraie vie et de retrouver une personne près d’un stade, d’un lieu de concert, etc. C’est le vrai plus pour la génération Y et Z.

On pourra objecter que dans un stade le réseau passe mal mais cela concerne surtout les SMS et non les échanges Web. En outre, les rencontres peuvent se faire aux abords du stade. Mais aussi pour les parents qui peuvent savoir où leurs enfants se trouvent, s’ils sont bien sortis de l’école, se sont rendus à une activité culturelle ou sportive, etc. Bien utilisée, l’application peut donner du sens inter-génération. On pourrait même imaginer que contre l’échange d’un smartphone à la majorité numérique d’un enfant (13 ans), celui-ci soit géolocalisable par ses parents. Ceci promet des échanges certainement animés mais des règles sont à fixer. Et comme toute technologie, elle est porteuse de risques par essence. On pense à l’utilisation qui pourrait en être faite par une équipe mafieuse ou terroriste se rendant dans un endroit précis. Quoi qu’il en soit, l’outil créé par un Français, Alexis Bonillo, par ailleurs sportif de haut niveau (la fameuse "slash generation") s’inscrit bien dans la génération Snapchat. Avec l’ouverture d’un bureau à San Francisco pour accéder au marché américain fort de 320 millions de citoyens tout en conservant les équipes techniques et le siège en France, le potentiel de développement est considérable. Le rêve serait de devenir un Snap de la géolocalisation en misant sur une croissance très forte puis une monétisation de l’audience qui reste à imaginer car le couple pourtant prometteur Foursquare/Swarm plafonne et malgré les ajouts fonctionnels faisant appel à de la "gamification". L’application Zenly semble donc prometteuse au point de pouvoir être rachetée un jour par Google ou Facebook… ou de tenter une indépendance à la Twitter. En tout cas, personnellement j’y crois. 

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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