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Gadget ou moteur : quel bilan de 40 ans de ministère du Droit des femmes ?
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Journée internationale de la femme

Gadget ou moteur : quel bilan de 40 ans de ministère du Droit des femmes ?

Trente-neuf ans après sa création, le ministère des Droits des femmes peut-il s'enorgueillir d'une réelle utilité ? "Gadget institutionnel" ou moteur incontournable de l'égalité entre les hommes et les femmes ?

Lydia Guirous

Lydia Guirous

Lydia Guirous est essayite, auteure de « Assimilation en finir avec ce tabou français » aux éditions de l’Observatoire et de « Ca n’a rien à voir avec l’Islam ? Face à l’islamisme réveillons-nous » aux éditions Plon, réédition en version augmentée et inédite.

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Atlantico.fr : Le secrétariat d’État à la Condition féminine a été créé en France en 1974, et attribué à Françoise Giroud. Après son élection, François Mitterrand crée un ministère délégué aux Droits de la femme qui devient de plein droit  en 1985. Entre 1988 et 2007, le portefeuille a existé de façon intermittente jusqu’à la création du ministère des Droit des femmes en 2012 sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Quel bilan tirez-vous de son action depuis sa création en 1974 ?

Lydia Guirous : Les bâtisseuses qu’ont été la première génération de femmes ministres ont permis aux femmes d’acquérir des droits fondamentaux et de disposer librement de leurs corps : IVG, contraception, loi sur le viol ont été des avancées considérables pour libérer et protéger le corps de la femme. Il y  eu aussi la génération de la contestation sociale et sociétale avec l’égalité salariale, l’égalité des droits aux seins du couple pour la gestion du patrimoine de la famille et la parité. Notre génération est celle de la stagnation. La loi sur la parité a atteint ses limites et à chaque élection on constate la faible progression de celle-ci, et la question de la santé des femmes est occultée par les pouvoirs publics. Les IVG sont passées chez les mineurs de 8 776 en 1990 à 11 930 chez les 15-17 ans auxquelles s’ajoutent 17 693 IVG par an pour les 18-19 ans en 2009. L’augmentation des IVG en France traduit dans une certaine mesure l’échec du féminisme contemporain, qui est censé protéger les femmes, surtout les plus faibles et les plus jeunes.

Quel est le montant des sommes investies dans cette politique ?

Il est difficile de chiffrer de manière exacte les sommes investies par ce ministère car il a très souvent été rattaché au Premier ministre ou au ministère du Travail et des affaires sociales. Par ailleurs une partie des dispositifs est également financée par l’ACSÉ et la politique de la ville.Ce sont des politiques interministérielles qui sont menées et par définition, plusieurs ministères sont parties prenantes pour le financement de ses actions et dispositifs. Je pense que cela est de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros, si l’on inclus  les généreuses subventions publiques données à certaines associations à fortes coloration politique…

Quels sont, en regard, les avancées concrètes que l’on peut lui attribuer ?

Concrètement ce ministère a permis de faire avancer la cause des femmes en France. Je le disais, la contraception, l’IVG, la loi sur le viol, la loi sur l’égalité professionnelle, la loi sanctionnant le harcèlement sexuel au travail, et enfin la loi sur la parité sont autant d’avancées pour les femmes, que l’on peut attribuer globalement à ce ministère.

Qu'en est-il de la condition féminine ? A-t-elle réellement progressé grâce à ce ministère ?

Vous voulez dire la condition de vie des femmes en France ? Oui certainement. Grâce à ce ministère, elles ont acquis des droits fondamentaux, la liberté de disposer de leurs corps. La liberté de vivre la vie qu’elles souhaitent sans craindre la répression ou le joug familial.

Les textes existent et l’égalité entre les hommes et les femmes est gravée dans le marbre de notre Constitution. C’était une étape nécessaire. Toutefois, la réalité est autre. Les violences faites aux femmes sont croissantes, les inégalités salariales aussi, la parité ne progressent pas beaucoup et aucune solution véritablement efficaces émergent. La santé des jeunes filles notamment avec la contraception et l’explosion du nombre d’IVG et des relations non protégés est aussi en régression. Au final les femmes ont gagné des droits mais peu de solutions concrètes et tangibles qui seraient en mesure de bouleverser leur quotidien. L’exemple le plus emblématique est sans doute la stagnation totale de la mise en place d’une réelle politique de la petite enfance, condition sine qua non d’une bonne conciliation entre vie professionnelle-vie privée.

Ce ministère a-t-il été toujours été pris au sérieux par les différents gouvernements ? N’a-t-il pas  trop souvent servi de gadget électoral ?

Ce ministère a été pris au sérieux lorsque Valéry Giscard d’Estaing avait décidé de la confier à Françoise Giroud. Il avait été visionnaire et il avait compris que le sujet de la "condition féminine" avait besoin d’une représentation au sommet de l’État. Par  la suite, il a eu tendance à être considéré comme un ministère "gadget" souvent à cause des associations féministes de gauche qui à force d’imposer un discours mièvre de lutte des classes, ont fini par lasser les Français.

C’est pour cette raison que le combat féministe doit être repensé. Il doit servir les femmes et non les intérêts du PS lors des campagnes électorales. L’objectif n’est pas de mettre des femmes dans la rue à chaque élection, mais de leur apporter des solutions concrètes pour améliore leur quotidien, tant professionnel que privé.

Pourquoi continuer de séparer le droit des femmes du droit des citoyens en général ? Cela garde-t-il un sens ?

Oui cela garde un sens car si l’égalité entre les citoyens est un fait acquis, l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas une réalité tangible en France aujourd’hui : on pourrait parler d’égalité asymétrique entre le droit et la pratique. Or la seule façon de réduire ces asymétries reste encore de mener des politiques publiques ciblées, quitte au début à se rapprocher d’une politique de quotas ou de discrimination positive. Une fois ces asymétries effacées, on pourra parler alors des droits des citoyens dans leur ensemble.

 

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