Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrive au siège de l'UE à Bruxelles le 10 décembre 2020.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrive au siège de l'UE à Bruxelles le 10 décembre 2020.
©JOHN THYS / POOL / AFP

Concurrence économique équitable

G7 : Quand l’Europe oublie de balayer devant sa porte…

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne a déclaré en amont du sommet des pays les plus développés que « notre prospérité dépend aussi de la réponse de nos partenaires à la crise ». Si les égoïsmes des autres puissances ne manquent pas, l’UE n’oublie-t-elle pas ses propres coups-bas ?

Frédéric Farah

Frédéric Farah

Frédéric Farah est professeur de sciences économiques et sociales, chercheur affilié au Laboratoire PHARE de la Sorbonne (Paris I) et chargé de cours à Paris Sorbonne Nouvelle. 

Il est l'auteur avec Thomas Porcher de TAFTA: l'accord du plus fort, et de l'introduction inquiète à la Macron-économie et auteur d'Union Européenne la grande liquidation démocratique. 

Voir la bio »

Atlantico : L'Union européenne dénonce souvent des échanges inégaux avec la Chine ou les Etats-Unis. De quoi l'Union pâtit-elle le plus dans les échanges internationaux ? 

Frédéric Farah : En premier lieu,  il faut bien garder à l’esprit que les tous les pays membres de l’Union européenne n’ont pas le même taux d’ouverture c’est-à-dire la place que tient le reste du monde dans leur économie.

Ils n’ont pas les mêmes types de spécialisation et ne sont pas actifs sur les mêmes marchés. Certains pays européens ont privilégié un modèle de croissance fondée sur les exportations comme les Pays-Bas ou encore l’Allemagne.

D’autres comme la France ont un modèle plus orienté vers sa demande intérieure. Ces précisions sont nécessaires car si aujourd’hui la politique commerciale est une compétence exclusive de l’Union européenne, il n’est guère facile d’envisager une politique commerciale qui convient à l’ensemble des pays européens. Par exemple l’Allemagne avait plus d’intérêt à voir le partenariat avec la Chine que la France. Les exemples peuvent être multipliés. D’autre part il ne faut pas oublier que la concurrence est parfois plus féroce entre pays européens qu’entre pays européens et émergents par exemple.

À Lire Aussi

Brexit : et si les électeurs britanniques avaient obtenu une bonne partie de ce qu’ils souhaitaient ?

Maintenant pour répondre à votre question, l’Union européenne peut pâtir des manipulations monétaires, un dollar ou un yuan chinois sous -évalué. On oublie souvent que le taux de change est un élément central de la compétitivité prix. Mais là encore, il n’est pas possible d’imaginer un rapport dollar/euro qui puisse convenir à tous les pays. Quand l’euro atteint 1,60 dollar en 2008, l’Allemagne ne voit pas sa compétitivité détériorée, car ses spécialisations de haut de gamme le supportent. Mais pour la Grèce ou même la France, c’est dévastateur.

Autrement elle pâtit des diverses dumpings sociaux, et fiscaux que certains pays pratiquent. La compétition ne devient plus loyal, c’est pourquoi l’Union européenne a refusé le statut d’économie de marché à la Chine.

Mais je dirai qu’elle pâtit d’elle-même, car elle ne dispose pas d’une réelle doctrine stratégique en matière commerciale même si la Commission essaye de modifier sa doctrine trop libre-échangiste à mon sens et insuffisamment protectrice. La gestion calamiteuse des dettes souveraines a ouvert la porte à la perte d’actifs stratégiques comme par exemple le port du Pirée qui est passé sous contrôle chinois.

D’autre part, elle a peine à suivre si les accords qu’elle a engagés sont respectés.

À Lire Aussi

Conseil européen : l’Union (européenne) fait-elle vraiment la force en matière de politique étrangère ?

Mais l'Union n'a-t-elle pas des pratiques aussi que l'on peut lui reprocher ? Certains pays n'emmagasinent-ils pas en effet des excédents économiques importants avec leurs partenaires internationaux ? 

L’excédent commercial comme le déficit commercial sont des déséquilibres. Par facilité, ou par méconnaissance théorique ou de l’histoire économique, le regard commun estime que seul le déficit est un mal et que les excédents commerciaux sont un bien en soi. Théoriquement si l’on prône le libre-échange, les importations doivent être privilégiés. Dans l’exemple célèbre de D Ricardo, du drap et du vin, l’idée principale est que le Portugal se spécialise dans le vin et importe du drap et inversement pour l’Angleterre. Sans rentrer dans tout l’appareillage théorique de l’auteur, on voit bien que les importations sont essentiels dans le dispositif.

Défendre les exportations à tout prix, c’est du néomercantilisme, c’est-à-dire l’opposé du libre-échange.

Ce ne sont pas tous les pays de l’Union européenne qui sont excédentaires.

À Lire Aussi

L’Europe face à un double dilemme déterminant pour son avenir 

Dans votre question, c’est à l’Allemagne que l’on pense mais on peut y ajouter d’autres comme les Pays-Bas, ou l’Autriche , l’Italie que l’on oublie souvent dans les pays excédentaires. Si l’on s’attarde sur le cas allemand qui occupe souvent le centre des préoccupations. Parmi les États membres de l’UE, l’Allemagne possède de loin la plus grande part du commerce extra-européen.

Elle totalisait ainsi 30 % des exportations européennes de biens à destination des pays tiers et plus d’un cinquième (22 %) des importations européennes en 2020. Elle accumule des excédents par rapport aux Etats-Unis par exemple. Le déficit des uns, c’est l’excédent des autres. Mais là encore, il ne s’agit pas de regarder seulement l’excédent de l’Union vis-à-vis du reste du monde, mais d’observer les déséquilibres à l’intérieur de l’Union.

Le FMI indiquait le 4 aout 2020 dans un papier de M Kaufman et D Leigh «  déséquilibres de l’économie mondiale et crise de la Covid » «Nous estimons qu'environ 40 % des déficits et des excédents des transactions courantes à l'échelle mondiale étaient excessifs en 2019 et, comme ces dernières années, concernaient surtout les pays avancés. Les soldes des transactions courantes supérieurs aux niveaux appropriés ont été principalement enregistrés dans la zone euro (sous l'impulsion de l'Allemagne et des Pays-Bas), tandis que ceux inférieurs à ces niveaux ont surtout été relevés au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni » 

La crise dite des dettes souveraines cachait en réalité un problème grave de polarisation des balances de paiement.

À Lire Aussi

L’Amérique, un ami qui nous veut du bien… ou qui se fiche éperdument de l’Europe ?

Que disent les accords internationaux concernant ces excédents ?

Ces questions doivent trouver résolution dans le cadre des institutions internationales comme le FMI, l’OMC. Les accords de libre échange ou des partenariats d’investissement peuvent prévoir des dispositifs à ce sujet . Les accords du GATT et de l’OMC sont attentifs à ce sujet aussi. Le GATT on l’oublie souvent n’a pas été la grande machine à promouvoir le libre échange de manière doctrinale d’ailleurs ce terme de libre échange n’apparait pas dans ses statuts du GATT. Le GATT a voulu organiser la réouverture progressive des économies après la contraction des échanges liée à la crise des années 1930 et à la seconde guerre mondiale. Il s’agissait de tenir ensemble l’équilibre externe et l’équilibre interne la croissance et le plein emploi. L’article XII des statuts du GATT traite de ces questions de déséquilibres et l’OMC a repris ces dispositifs, mais l’OMC est devenue plus doctrinaire.

Par ailleurs, ces déséquilibres excédents ou déficits sont intimement corrélés à l’activité intérieure à savoir un excédent d’épargne par exemple. Pour être précis, un pays qui dégage généralement un excédent commercial est un pays qui a une épargne excédentaire.

Il n’est pas facile de réguler excédents et déficits sans tenir compte de la situation macroéconomique interne du pays.

L'Union respecte-t-elle plus que ses partenaires les accords internationaux ?

En 2018, environ 30% des échanges extérieurs de l'UE se sont déroulés dans le cadre d'accords bilatéraux de commerce. Les accords récents avec le Japon, la Corée du sud, Singapour pourront faire l’objet de litiges dans le cadre des dispositifs relatifs aux règlements des différends. Après l’espace de règlements des différends commerciaux est en principe l’OMC. Dans ce cadre des litiges commerciaux ont lieu mais ne portent pas sur ces accords mais sur d’autres questions. L’Argentine, la Malaisie, ont porté des conflits récemment devant l’OMC contre l’Ue.

L’Union européenne qui se veut une puissance normative, soucieuse du droit et du multilatéralisme essaye d’apparaitre comme le bon élève de la mondialisation.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !