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Vladimir Poutine rencontre le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg le 7 juin 2019.
Vladimir Poutine rencontre le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg le 7 juin 2019.
©Alexey NIKOLSKY / SPUTNIK / AFP

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Forum de Saint-Pétersbourg : malgré la pandémie et le malaise politique crée par la Biélorussie, les affaires continuent

Les autorités russes, qui avaient annulé le Forum économique mondial l’année dernière pour cause de Covid, l’ont rétabli cette année en dépit d’une pandémie qui continue de menacer la population ; et surtout en dépit du malaise politique créé par l’affaire biélorusse et qui isole la Russie du concert international.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le forum économique de Saint-Pétersbourg, qui est généralement considéré comme le rival de Davos, a choisi de défier la pandémie et de rétablir les rencontres cette année, alors que Davos est resté fermé pour la deuxième année consécutive. Il s’ouvre aujourd’hui, pour une durée de deux jours.

Il faut dire que le forum de Saint Pétersbourg a toujours eu une spécificité qui le rend quasi incontournable pour les hommes d’affaires et les responsables politiques. L’élite du business international venait à Davos pour réfléchir ensemble à l‘avenir du monde, pour débattre et échanger des idées ou confronter des idéologies. Cette même élite vient à Saint Pétersbourg pour y faire des affaires et signer des contrats. C’est sans doute, avec Las Vegas ou Tokyo, le lieu dans le monde où se brasse le plus de business entre les responsables économiques de la Russie et beaucoup de ses alliés, ainsi qu‘avec le reste du monde.

Alors que Davos fonctionne un peu comme un campus universitaire bon chic bon genre, où l’on évite de parler argent parce que c’est vulgaire, le forum économique de Saint Pétersbourg ressemble à une vaste foire d’expositions et de présentations de projets, d’innovations technologiques dans les domaines clefs du développement : l’énergie, tous les secteurs de l’industrie, l’aéronautique, le spatial, l’automobile, la distribution ou le digital.

Les risques sanitaires ont imposé des mesures de protection draconiennes et limitent la forme des évènements, mais ils n’ont pas découragé les chefs d’entreprises européens et notamment allemands, français, italiens, mais aussi américains, orientaux , indiens - très nombreux - et autres acteurs asiatiques, de faire le déplacement.

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Le climat politique, en revanche avec l’affaire de la Biélorussie qui a détourné un avion pour arrêter un opposant au régime, a plombé un peu l’ambiance, en incitant les Occidentaux à la réserve et à la discrétion, alors que la Russie reste le seul allié du dictateur biélorusse. Le malaise est général.

L’Edition 2021 du forum se voulait porter principalement du monde de l’après Covid et la majorité des travaux devaient aborder les nouvelles réalités économiques qui se dessinent déjà. Au programme :

- l’économie russe, toujours dominée par le poids du secteur énergétique (pétrole et gaz) mais qui cherche à diversifier son activité, en attirant des investisseurs étrangers porteurs de technologies innovantes ;

- l’économie mondiale, avec la recherche d’un nouvel équilibre, compte tenu des rapports entre l’Amérique et la Chine. Une confrontation de laquelle l’Europe continentale et la Russie semblent exclues. L’Europe, notamment, qui apparaît le plus souvent comme le jouet des Américains.

Avec deux focus qui s’imposent désormais : les programmes sociaux et les questions de la santé.

Alors, ce qui est intéressant, c’est que si les représentants gouvernementaux sont présents, l’essentiel du dialogue se joue entre les responsables économiques, et notamment les chefs d’entreprises qui appartiennent au monde entier.

Les préoccupations sont donc très pragmatiques. On le voit sur la santé, par exemple, où les moyens d’échanges d’informations sont très développés et où les projets de vacciner la population mondiale sont très avancés. On le voit dans le domaine de l’écologie, qui n’est pas considérée comme une contrainte mais comme un levier de développement, y compris dans les pays émergents.

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La nature des discussions est très opérationnelle. La politique internationale et le débat idéologique ne sont pas absents, ils sont sous-jacents mais on sent bien que tout le monde évite les sujets qui fâchent.

Il faut dire que la Russie, puissance invitante, se retrouve dans une situation compliquée à gérer après l’affaire de la Biélorussie.

Les milieux d’affaires et de l’industrie russe se seraient bien passés de ce coup d’éclat de la part du président Loukachenko, dont ils se méfient beaucoup, d’autant qu‘il coute très cher à la Russie. Les élites russes désapprouvent le soutien économique et financier dont bénéficie la Biélorussie, avec un président biélorusse qui reste convaincu d'avoir des assurances et des garanties, et qui a cherché à éliminer toute opposition politique et populaire, après sa réélection contestée et truquée de 2020. L’opposant, Roman Protassevitch, arrêté dans l’avion de Ryanair a probablement été torturé et la principale opposante, ancienne candidate à la présidentielle, Svetlana Tsikhanovskaïa, est en exil.

En fait, les responsables économiques russes craignent par-dessus tous les menaces de la part des Occidentaux, et particulièrement de la part des européens, en cas de sanctions. Ces menaces porteraient sur l’exclusion de leur pays du système de paiement international Swift.

C’est ce système qui permet à la Russie de rentrer des devises lors de la ventes des hydrocarbures... L’exclusion pèserait très lourd en termes de Pib, avec des conséquences douloureuses sur la population en termes d’activité.

Moscou connaît bien tous ces risques puisque en 2014, le gouvernement des Etats-Unis avait déjà fermé le système de paiements international Swift à certaines banques russes. Ce qui avait bloqué beaucoup d’usagers de carte de crédit.

Depuis cette affaire, le monde du business russe se méfie car il n’a pas réussi à mettre en place des solutions alternatives.

Dans ce climat-là, on considère, à Saint Pétersbourg, que le soutien au président de la Biélorussie aura des limites.

Compte tenu de cette situation, les hommes d’affaires occidentaux considèrent et espèrent que les gouvernements avanceront très prudemment (et même à reculons), sur des mesures qui visent à punir le président de la Biélorussie. Le message qu’ils envoient à leur gouvernement est de calmer le jeu.

Bref, les Occidentaux et les Européens sont mal à l‘aise avec cette affaire qu’ils n’ont pas vu venir, mais la Russie de Poutine l’est tout autant.   

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