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Florence Portelli : "Une stratégie électorale ne consiste pas à faire des additions du côté de l'extrême-droite ou du côté du centre mais à choisir une ligne"
©PATRICK KOVARIK / AFP

Grand Entretien

Florence Portelli : "Une stratégie électorale ne consiste pas à faire des additions du côté de l'extrême-droite ou du côté du centre mais à choisir une ligne"

Candidate à la présidence du groupe des Républicains, la maire de Taverny juge positivement la réforme du travail mais estime qu'elle ne suffit pas. Elle dénonce aussi ceux qui donnent des "certificats de bonne et de mauvaise droite".

Florence Portelli

Florence Portelli

Membre du parti Les Républicains, elle est maire de Taverny depuis 2014, conseillère régionale d'Île-de-France depuis 2015, vice-présidente de la communauté d'agglomération Val Parisis et présidente de l'orchestre national d'Île-de-France depuis 20162.
 
Porte-parole de François Fillon pendant la campagne électorale en vue de l'élection présidentielle de 2017, elle est candidate à la présidence du parti Les Républicains3 fin 2017
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Atlantico : Emmanuel Macron vient de signer les ordonnances sur la réforme du marché du travail. La France insoumise défile ce samedi. Le Président de la république a déclaré qu'il s'agissait d'une réforme profonde, la plus importante de la Ve République dans ce domaine et qu'il agissait en outre d'une réforme indispensable. Partagez-vous cette vision ? Quel peut être selon vous le discours de la droite sur ce sujet ? Sauf à considérer que le destin de la droite est de se fondre dans le macronisme, comment exister et ne pas être pris en étau dans le duel Macron-Mélenchon ?

Florence Portelli : Déjà, il me semble que c'est un peu plus complexe que ça. On ne va pas critiquer la réforme du code du travail pour deux raisons. De un parce qu'on n'a jamais été capable de la faire quand on était au pouvoir. Et de deux parce que c'était pratiquement ce qui était dans le programme de François Fillon. 

Après, ce que je reproche à Emmanuel Macron, c'est que cela ne suffit pas. Il va y a voir un volet sur la réforme du chômage, il va y avoir un volet sur la formation, et nous les verrons le moment venu. Mais tout ce qui concerne la réduction de la dette est dans un grand flou, et il n'en a pas parlé pendant la campagne. Tout ce qui concerne le pouvoir d'achat des gens, la situation sociale du pays, la situation des collectivités territoriales qui sont des pourvoyeurs d'emploi notamment à travers l'investissement, ce sont des sujets auxquels il ne répond pas et pour lesquels j'ai des inquiétudes. 

La droite a aujourd'hui plusieurs espaces pour s'exprimer. Primo le champ social qu'elle a abandonné depuis longtemps. D'ailleurs elle a abandonné depuis longtemps les classes populaires et notamment les questions de fractures sociales et territoriales que j'entends porter. Et la droite a un espace considérable avec les collectivités locales. Je vous rappelle que nous avons gagné des élections en 2014 puis départementales. Les régionales étaient plus en demi-teintes, mais dans tous les cas nous représentons les territoires et notre retour se fera à partir de ces territoires.

Le pari d'Emmanuel Macron de miser son quinquennat sur un échange avec l'Allemagne du type "réformes structurelles" contre "approfondissement de la zone euro" vous paraît-il être une une bonne stratégie pour la Allemagne, à la fois souhaitable sur le fond et réaliste sur la forme ? Pensez-vous que l'Allemagne soit prête à aller vers une Europe plus "française" quels que soient les réformes structurelles que nous réaliserions ?

Non, je pense que c'est assez prétentieux. Nous devons d'abord faire nos preuves et après peut-être les Allemands pourront nous considérer comme étant au même niveau qu'eux. Après, non seulement il faut qu'on ait le niveau pour pouvoir parler à nos partenaires allemands de cette manière-là, et cela concerne surtout la réduction de la dette, mais il n'y a pas que l'Allemagne. Il y a quelque chose à faire en Europe, en particulier en matière de gouvernance qui ne se satisfait point de slogans et de postures d'autosatisfaction. 

Vous regrettez à la fois que nous ayons bradé notre souveraineté et que l'Europe telle que nous l'avons construite souffre d'un déficit de démocratie et d'écoute des peuples mais est-il possible d'y remédier sans aller vers plus de fédéralisme ? L'intergouvernemental qui régit toujours bien des aspects essentiels du fonctionnement de l'union n'est-il pas aussi responsable du fait que les citoyens français (ou des autres Etats membres) ne se sentent pas concernés ?

Il y a plusieurs choses. Il y a d'un côté la dérive technocratique de Bruxelles et le rôle prééminent de sa Commission. Mais il a aussi notre responsabilité. Notre atonie vient de notre manque de crédibilité auprès de nos partenaires. Le choix de nos candidats a aussi pu se faire au détriment de nos convictions les plus profondes. On a parfois eu de façons curieuses de procéder aux investitures – attention, je ne critique pas nos députés ! – qui étaient plus du fait du copinage que de la capacité réelle de représenter la France au Parlement européen. Il y a donc une responsabilité qui nous incombe de mieux représenter la France au Parlement européen. 

Le départ de Florian Philippot du FN pourrait rebattre les cartes à droite et Laurent Wauquiez se félicite que l'affaiblissement du FN puisse permettre aux Républicains de rééditer la stratégie 2007 de Nicolas Sarkozy pour reconquérir les catégories populaires qui font cruellement défaut  aux Républicains ? Bonne ou mauvaise stratégie selon vous ?

Je trouve que ce n'est pas une stratégie. Ce n'est pas cela une stratégie. C'est du gros affichage électoral, du gros chiffon rouge. Je ne vais pas commenter quelque chose d'aussi creux. Pour récupérer les classes populaires, il faut arrêter de dire ce genre de choses et parler aux vrais problèmes des gens. Il ne s'agit pas de faire des additions du côté de l'extrême-droite ou du côté du centre. Cela ne m'intéresse pas. On doit dire aux gens quelle est notre ligne. La droite a été incapable de résoudre pendant 20 ans la question de la fracture sociale, celle des fractures territoriales ou celle des fractures entre les générations, entre centre et périphérie, entre ville et campagne… nous devons donc nous demander comment répondre à ces problèmes-mlà. Ce combat va prendre du temps et ne se satisfait pas de saupoudrage électoral.  

Vous faites du combat contre les fractures sociales et territoriales l'axe central de votre candidature à la tête des Républicains : à quoi sont-elles dues selon vous ? Est-il possible de les combattre efficacement sans en avoir analysé les causes ? Dysfonctionnements structurels de la zone euro, mondialisation et concurrence commerciale mal régulée avec les pays en voie de développement, financiarisation du capitalisme, les explications potentielles ne manquent pas pour expliquer le creusement des inégalités...

Je ne vous ai pas dit que nous trouverions des solutions du premier coup ! Ceux qui prétendent qu'avec des solutions artificielles nous résoudrons des problèmes sont des menteurs. Le problème de la droite c'est qu'elle trouve des solutions au gré des élections. On essaye d'être crédible. Le dernier programme était plutôt réussi parce que justement, François Fillon  avait pris le temps du diagnostic. Désormais nous avons cinq ans, ce qui me semble largement suffisant pour répondre à ces questions. Les causes de la fracture sont extrêmement multiples. Il y a la mondialisation, le fait que l'on n'ait pas su répondre à la désindustrialisation du pays, la fracture culturelle, éducative… des sujets tous vastes, complexes et qu'on ne peut traiter en trois coups de cuillère à pot.

Florian Philippot se revendique gaulliste, il est euro-sceptique et campe sur une ligne sociale, pour vous qui vous revendiquez séguiniste et gaulliste sociale, pensez-vous que discuter avec lui ait un sens ? Et que faudrait-il qu'il change dans son discours pour que cela en ait ?

Je comprends qu'il plaise à certain avec lesquels il a un trait commun, celui de varier au gré du vent et de suivre une boussole à géographie variable. J'ai pour ma part une colonne vertébrale solide et pas de scoliose idéologique. Je ne parle pas à des gens qui vont un coup à droite, un coup à gauche, un coup chez Le Pen. Ce ne sont pas des gens crédibles pour moi. 

Et si je vous disais que dans 10 ans, la droite et une partie du FN gouvernent ensemble, pensez-vous que l'alliance se serait faite avec des philippotistes ou avec des marionistes ?

Si vous me dites ça, c'est que vous n'avez pas compris ce que je vous ai dit ou que je ne vous ai pas convaincu ! Je pense que vous me faites le coup de l'UMP, celui d'un agrégat de chapelle pour commencer et après on verra. Moi je pense qu'il faut d'abord commencer par dire quelle est la société d'aujourd'hui, quelle était celle d'hier et quelle sera celle de demain, dans quel monde on vit, quels sont les problèmes des gens, quel est le bien-commun que nous défendons et à partir de là on commence à élaborer des solutions. Puis seulement nous verrons qui veut venir. Pas l'inverse. 

François Fillon dont vous étiez la porte-parole à la présidentielle avait choisi un positionnement libéral conservateur pour la campagne présidentielle. Emmanuel Macron étant sur un positionnement libéral social, rester ou revenir à ce positionnement libéral conservateur ne serait-il pas le meilleur choix stratégique pour la droite si on raisonne en parts de marché à conquérir ? Ou faut-il à l'inverse aller se battre sur une ligne plus proche de celle d'Emmanuel Macron en essayant de prouver que la droite serait plus crédible que lui pour "délivrer" les réformes dont la France a besoin ?

Si vous savez définir ce qu'est le macronisme, chapeau bas, vous n'êtes pas nombreux ! Ce que je pense c'est qu'entre une extrême-droite qui a préempté sur les thèmes régaliens de manière caricaturale depuis des générations et le centre mou, nous avons une ligne à droite qui est assez claire. Je pense justement que les questions de fractures avec un programme libéral et social  - s'intéressant aussi aux thèmes sur lesquels nous ne sommes pas très bons à droite tel l'éducation, la culture ou l'écologie, nous avons suffisamment d'axes pour démarquer des uns et des autres, sur notre droite comme sur notre gauche. 

Au fur et à mesure de la campagne présidentielle puis des différents tours des élections, Emmanuel Macron qui partait d'un électorat de gauche a de plus en plus mordu sur l'électorat de droite. Idem dans les enquêtes de popularité. Comment reconquérir ces électeurs ?

Les électeurs qu'Emmanuel Macron a gagnés pendant la campagne présidentielle sont ceux que nous avons perdus. Ils sont allés chez lui parce qu'ils ne sont plus chez nous. C'est aussi binaire que cela. Des affaires minaient notre campagne, ils sont allés voir ailleurs. Je regarde un peu les enquêtes d'opinion depuis, et je constate que ces électeurs-là sont en train de quitter Emmanuel Macron pour revenir vers nous. Je pense qu'il faut qu'on définisse ce que nous sommes, qu'on dise qui on est vraiment et tout le monde reviendra au bercail. 

Pensez-vous que la droite d'en haut, celle des élus et des cadres a uniquement "lâché" François Fillon pendant la campagne en raison des affaires et des défauts personnels des candidats ou ne lui aurait-on pas fait payer aussi sa ligne politique et ses convictions personnelles ? Dit autrement, un autre candidat confronté aux mêmes affaires n'aurait-il pas été plus soutenu par les Républicains s'il avait été modéré ?

Ecoutez, il y a déjà eu des candidats avec des affaires à droite et ils n'ont jamais été lâchés par leurs troupes ! Je pense que c'était complexe, que cela dépendait des personnes.  Certaines personnes derrière François Fillon ont été sincères et d'autres pas, même au soir de sa victoire à la primaire. Je ne préfère pas revenir sur ces épisodes, mais j'ai été porte-parole pour les législatives, et beaucoup de soi-disant ténors étaient introuvables pour défendre nos compagnons dans les circonscriptions. Notamment des candidats qui aujourd'hui se disent bien de la vraie droite, de retour, et qui sont candidats à la présidence du parti.  

Vous avez déclaré récemment qu'il y avait "bien sûr eu un complot" pour abattre François Fillon, d'où venait-il ?

Je ne suis pas enquêtrice. Je ne me suis jamais prononcé sur le fond de l'affaire, je ne suis pas juge non plus. Mais la façon dont cette histoire est sortie après 36 ans de vie publique, opportunément juste au début de la campagne présidentielle avec un feuilletonnage laisse penser que cela a été largement instrumentalisé. 

Les réformes structurelles profondes et la réduction drastique des dépenses publiques qui étaient au cœur du programme économique de François Fillon n'ont-elles jamais inquiété la gaulliste sociale que vous êtes ? Quel doit être selon vous le logiciel économique de la droite dans un monde post grande crise de 2008 ?

On avait quand même des divergences avec François Fillon. Etre porte-parole, cela ne veut pas dire être un clone. J'avais des nuances notamment concernant la fonction publique territoriale. La façon dont on en parlait d'ailleurs plus que le fond. Mais il faut savoir qu'il y avait un volet social dans le programme de François Fillon mais que simplement nous n'avons pas pu en parler. Lorsque nous étions interviewés, nous étions écrasés par les questions sur les affaires et il nous était impossible de parler de l'augmentation des pensions et des petites retraites à 1000 euros ou du plan de pauvreté. Nous nous avons été muselé sur ces sujets. 

Nombre des têtes pensantes ou parlantes de la droite plaident pour une droite moderne et ouverte. Face aux questions de société telles que la PMA pour toutes ou la GPA, la droite doit-elle tout faire pour ne pas apparaître ringarde ou combattre pour imposer l'idée que le conservatisme n'est pas nécessairement une maladie honteuse et une posture rétrograde ?

Ce genre de qualificatifs "moderne" ou "ouverte" me font beaucoup sourire. On a désormais des certificats de bonne et de mauvaise droite. Il a ceux qui vont vous expliquer qu'il faut être de telle ou telle. Moi je suis juste de droite. 

Pour ce qui est de la PMA et de la GPA, je crois qu'il faut prendre impérativement le temps de la réflexion, comme pour tous ces genres de sujet de société, tout comme pour ceux qui touchent à la bioéthique. Cela ne demande pas à être open ou à la mode, cela demande une vraie réflexion. 

Et permettez-moi de vous dire que je trouve très dangereux de réfléchir comme cela. 

Si vous gagnez en décembre la présidence des Républicains, avec qui seriez-vous plus encline à vous allier pour gouverner le parti ? Laurent Wauquiez ? Maël de Calan ? Vu le rapport de forces au sein du parti, néo-sarkozysme ou néo juppéisme, il faudra bien choisir de s'appuyer sur l'un ou l'autre de ces courants pour ne pas retomber dans la confusion idéologique que vous dénoncez, non ?

Non, ce n'est pas mon sujet. Je veux qu'on révèle des talents. Nous sommes un parti politique qui envoie ses "ténors" sur les plateaux de télé pour donner des leçons de méritocratie à tous, mais qui n'est pas capable de l'appliq uer chez eux, et qui laisse dans l'ombre quantité de talents. Ces gens ne sont pas mis en avant pour des tas de raisons, d'abord parce qu'ils sont en dehors de la petite couronne. Il y a un mépris géographique évident dans notre parti. Il y a un mépris social, une frontière de l'argent. Je ne veux pas que nous continuions ainsi. Je veux que nous allions récupérer des talents. Nous avons des extrêmement compétents en province notamment. Je pense à David Lisnard à Cannes, à Jean-Carles Grelier dans la Sarthe… Et d'autres gens. J'ai des collègues à la région extrêmement brillants, Manon Laporte, Hamida Rezeg, Agnès Evren, Déborah Pawlik. Il y a peut-être des ténors avec lesquels nous continuerons à travailler parce qu'ils sont là, mais il a aussi de tas de gens à faire émerger du fait de leur mérite et pas seulement de leur réseau, de leur appartement à Paris ou autre carnet d'adresse et compte en banque. 

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