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Faut-il encore fêter le 2 avril, journée internationale de l’autisme ?
Faut-il encore fêter le 2 avril, journée internationale de l’autisme ?
©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Désespoir de milliers de familles

Faut-il encore fêter le 2 avril, journée internationale de l’autisme ?

Tant de combats, tant d’espoirs déçus, tant de colères enfouies, tant d’avenirs détruits, et surtout tant d’errance pour moi, pour eux, pour nous tous et nous toutes.

Olivia Cattan

Olivia Cattan

Présidente de l'association SOS Autisme France

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Lorsque nous voyons dans le documentaire d’Elizabeth Tchoungui, ces parents qui ne croient plus en rien, jusqu’à Domitille Cauet, proche de Brigitte Macron, les larmes pleins les yeux en parlant de l’autonomie de son fils, et qui avoue ne plus avoir beaucoup d’espoir. Lorsque l’on voit cette autre maman expliquer que si elle ne trouve pas de foyer, elle tuera son fils avant de se tuer. Nous sommes atterrés de voir qu’en 2021, malgré les promesses du gouvernement, le meurtre de nos jeunes adultes autistes soit encore une des issues aujourd’hui proposée aux familles sur une chaine publique,  à la veille de la journée de l’autisme.

Voir tant de détresse sur France télévision est déchirant mais surtout inacceptable, pour la mère d’un adolescent autiste que je suis. Est-ce le seul avenir possible aujourd’hui en France, alors que dans de nombreux pays, les autistes vont à l’école et trouvent un emploi ?

Mais lorsque l’on voit dans le même documentaire Claire Compagnon et Sophie Cluzel parler de leurs « actions » sans aucun contradicteur, nous nous demandons comment ces deux « responsables politiques » osent encore, après ces images, nous expliquer qu’elles ont pris ce sujet « à bras le corps ».

Pace que malgré leur communication tronquée face à certains Médias qui n’ont parfois pas le temps de mener des investigations, rien n’a avancé dans la prise en charge des personnes autistes en France. Alors que Sophie Cluzel et Claire Compagnon sont au commande de ce Ministère depuis 4 ans, elles n’ont fait que communiquer multipliant les plateformes couteuses et inutiles : Plateforme d’écoute, plateforme de diagnostic, plateforme d’école inclusive…Mais sur le terrain les diagnostics restent toujours aussi longs par manque de professionnels, testing à l’appui, au minimum 1 an; L’ écoute reste imparfaite et non professionnelle puisqu’elle est faite par de simples parents qui font ce qu’ils peuvent mais qui ont bien du mal à communiquer  des adresses entre les thérapeutes surchargés ou ceux en libéral qui coûtent très cher. Il n’y a qu’à lire l’article, publié sur Yanous, et écouter les enregistrements faits par les familles…

Et à quoi sert la plateforme pour l’école inclusive s’il n’y pas d’AVS ? Des AVS sous payées, non formées et qui font un travail difficile. Sans oublier ces AVS mutualisées qui courent chaque jour d’école en école, de handicap en handicap et qui démissionnent. Sans oublier non plus ces enseignants qui n’arrivent plus à faire face et qui sont à bout de force dans des classes aux effectifs allant de 30 à 35 élèves au lycée.

Quant à l’emploi, rien de nouveau puisque ce documentaire est une preuve incontestable du vide intersidéral en matière d’inclusion professionnelle. Cela fait déjà des années que les Médias multiplient les articles sur Andros et les cafés joyeux dont l’inauguration avait été faite par le couple présidentiel. Ces deux lieux ont le mérite d’exister mais n’y aurait-il que deux employeurs en France pour embaucher les 650 000 personnes autistes ?

Je ne discuterai pas davantage de ce documentaire, fait de bric et de broc, d’informations recyclées, et de mise en scène ridicule, où la réalité des familles traverse l’écran malgré une volonté de faire de cet outil scénarisé une habile propagande ministérielle.

Alors à quelques jours de ce 2 avril, j’aimerai adresser un message à ceux qui nous gouvernent et qui, sous un écran de fumée politique maladroit, tentent de nous faire croire qu’ils agissent en faveur de nos enfants, adolescents et adultes autistes.

Chère Madame la secrétaire d’Etat, la communication bien rodée faite d’éléments de langage et de chiffres gonflés, adressée aux médias lors de déjeuners, fabrique peut-être de jolis articles qui serviront votre carrière lors de la prochaine élection en région Paca. Mais de mère à mère concernées par le handicap, comment pouvez-vous encore participer à cette supercherie intellectuelle sur le dos de l’avenir de nos enfants autistes ? Il serait peut-être temps d’assumer vos échecs en prenant votre part de honte en voyant les larmes de ces mamans couler. Ces mères qui savent très bien qu’une fois les lumières du de 2 avril passé, elles resteront dans l’ombre à espérer que la vie de leurs enfants changent enfin dans notre pays. Ce pays que nous aimons mais qui traite si mal ses citoyens autistes.

Alors c’est en tant que Présidente d’association, et maman d’un adolescent autiste, que je m’adresse à vous. Malgré mes appels à l’aide, et notre rencontre qui s’est terminée par une photo de mon fils et de vous sur votre instagram, je suis toujours sans AVS pour mon fils, me demandant si je trouverai un lycée qui pourra l’accueillir dignement. Je me demande si, comme d’autres parents l’on fait, je ne devrais pas quitter ce pays que j’aime, juste pour offrir à mon fils un véritable avenir où il pourra faire des études en étant accompagné par un personnel formé, où il pourra trouver un emploi au regard de ses compétences spécifiques, où il apprendra à devenir autonome. Un pays qui m’offrira d’autres issus que de le tuer avant de partir.

Alors je vous propose un débat entre vous et moi, où vous aurez à répondre de vos chiffres gonflés, et du désespoir de ces milliers de familles et de ces personnes autistes que j’aide au quotidien, et qui vivent un véritable parcours de combattant pour simplement prendre en charge, éduquer, et offrir un possible avenir à leurs enfants.

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