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Certains experts considèrent que nous sous-estimons les risques qui sont associés à la fatigue du cerveau liée à la vie moderne.
Certains experts considèrent que nous sous-estimons les risques qui sont associés à la fatigue du cerveau liée à la vie moderne.
©Oli SCARFF / AFP

Santé mentale 

Fatigue du cerveau : la vie moderne sur-sollicite nos cortex préfrontaux

Selon certains experts, nous sous-estimons fortement les risques qui y sont associés.

Patrick  Lemaire

Patrick Lemaire

Patrick Lemaire est professeur en psychologie cognitive au sein de l'université d'Aix-Marseille et directeur de recherche au CNRS. Il est auteur de deux ouvrages de synthèse de l'état de la science concernant le vieillissement cognitif: Psychologie du Vieillissement, co-écrit avec L. Bherer, publié en 2005 et édité par De Boeck (Bruxelles); ainsi que Vieillissement cognitif et adaptations stratégiques, publié en 2015, également aux éditions De Boeck. 

 

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Atlantico : Selon certains spécialistes, nous « surchargeons » certaines parties de notre cerveau, comme le cortex préfrontal, qui n’a pas été conçu et n’est pas adapté pour la « vie moderne » et la technologie. Quels facteurs peuvent en effet le surcharger ?

Patrick Lemaire : En fait, le cerveau a évolué pour pouvoir s'adapter aux changements du monde, et en particulier les zones les plus récentes et qui sont matures le plus tardivement dans la vie, bien que les plus fragiles (comme le cortex préfrontal). Le cortex préfrontal n'est pas "surchargé" plus maintenant qu'il ne l'a été dans le passé. Il est davantage sollicité par certaines caractéristiques de notre mode de vie actuel (comme le multi-tasking, la planification et autres activités cognitives intégrées dites de haut niveau). 

Par contre la "surcharge mentale" existe. Elle caractérise les demandes en ressources cognitives requises pour réaliser une tâche compte-tenu des ressources disponibles. Lorsque nous sommes en multi-tasking par exemple, nous pouvons être en "surcharge mentale", dans le sens où les ressources de traitement nécessaires pour accomplir plusieurs tâches en parallèle excèdent les ressources disponibles. Les facteurs qui nous mettent en "surcharge mentale" concernent les caractéristiques de l'environnement (comme faire une tâche dans un environnement bruyant, hyper-stimulant et nécessitant la mise en oeuvre de mécanismes d'inhibition pour focaliser notre attention sur une tâche cible), de la tâche (une seule tâche, difficile, dans le sens où exigeant le traitement, la coordination et la prise en compte d'une quantité d'informations importante, comme c'est le cas dans des situations de prise de décisions ou de choix entre de multiples options, ou requérant la mise en oeuvre de mécanismes cognitifs dits de haut niveau comme le raisonnement conditionnel sur un nombre important de prémisses), ou du type d'informations (la manipulation mentale d'informations non familières exigent plus de ressources mentales que la manipulation de contenus familiers).

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Les nouvelles technologies - et particulièrement les écrans - sont accusées de bien des maux. A titre d’exemple, les cas de myopie augmenteraient considérablement depuis une décennie, notamment chez les plus jeunes. Quelles peuvent être les conséquences de ces nouvelles technologies sur notre cerveau et sur le cortex préfrontal ? 

D'abord, rares sont les travaux qui montrent empiriquement la dangerosité des nouvelles technologies et des écrans. C'est apparemment un mythe, au regard des données disponibles (voir le blog de Franck Ramus). Les conséquences des écrans peuvent être néfastes (si on en abuse, si les enfants ne sont pas trop guidés et laissés à eux-mêmes face à certains contenus, s'ils adoptent une attitude passive, etc...), mais peuvent être également extrêmement positives, si bien utilisés du fait de leurs caractéristiques (e.g., richesse et accessibilité d'informations pour se faire une idée fondée sur des données empiriques, ouverture pour l'individu à des contenus vers lesquels il n'irait pas spontanément; soutien à la formation intellectuelle à tous les âges de la vie, grâce à des contenus et exercices supplémentaires et complémentaires aux contenus abordés à l'école ou autre contextes de formation; mulitiplication des supports de transmission des informations --vidéo, schéma, animations, etc.). 

L’exposition précoce à la technologie modifie-t-elle le développement de notre cerveau ? Doit-on s’attendre à ce que les générations futures soient plus touchées par des troubles mentaux ?

Non, pas du tout. On n'a jamais vu d'individus être atteints de troubles mentaux suite à une sur-exposition aux écrans. Qu'un enfant ait des troubles mentaux et que ce soit corrélé à un temps d'exposition à l'écran, ses troubles ont vraisemblablement une autre origine (la sur-exposition en temps à l'écran n'est peut-être plutôt qu'un symptôme de ses troubles mentaux?). 

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L'exposition précoce à la technologie peut modifier favorablement ou défavorablement le cerveau: là encore, tout dépend de quelle "exposition" on parle (laisser un enfant tout seul devant sa console de jeu pendant 8 heure par jour, pour prendre un cas extrême, en le privant de stimulations sociales et familiales, ne va pas contribuer à son développement, c'est sûr. Mais, les facteurs conduisant cet enfant à ce type d'exposition sont sûrement à l'origine de cette défaillance de développement, pas le temps d'exposition en lui-même à l'écran).

Existe-t-il des moyens d’éviter ces surcharges ou sont-elles des conséquences inéluctables imposées par notre « vie moderne » ?

Le monde est comme il est. L'être humain s'y adapte et doit s'y adapter. il en a les ressources mentales. A chaque étape de l'histoire de l'humanité, le cerveau s'est modifié en structure ou dans son fonctionnement pour permettre à l'organisme de s'adapter. La technologie peut l'assister dans cette tâche en le libérant de tâches fastidieuses et requérant pas mal de ses ressources, ce qui lui permet de se concentrer sur des tâches cognitives de plus haut niveau. En ce sens, la technologie aide à soulager ou assister ces "surcharges". 

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