Etienne Mougeotte : "Vive les médias du futur" | Atlantico.fr
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micro médias Etienne Mougeotte journalisme avenir Netflix TF1 Europe 1
micro médias Etienne Mougeotte journalisme avenir Netflix TF1 Europe 1
©Eric CABANIS / AFP

Bonnes feuilles

Etienne Mougeotte : "Vive les médias du futur"

Etienne Mougeotte publie "Pouvoirs" aux éditions Calmann-Lévy. Étienne Mougeotte nous raconte l’incroyable évolution des médias à laquelle il a participé, depuis les postes de direction qu’ il a occupés à France Inter, Europe 1, TF1, Radio Classique, Télé 7 Jours et au Figaro. Étienne Mougeotte se livre pour la première fois et nous entraîne dans les coulisses fascinantes des médias et du pouvoir. Extrait 2/2.

Etienne Mougeotte

Etienne Mougeotte

Après avoir été un grand journaliste, Étienne Mougeotte est, depuis la création de TF1 en 1987, une personnalité incontournable des médias français. Fils d’un fonctionnaire de la SNCF, il suit une scolarité brillante qui le mène des bancs du Lycée henry IV à ceux de l’IEP de Paris, en passant par ceux de l’Institut français du Journalisme. C’est sur les ondes de France Inter que cet ex vice-président de l’UNEF commence sa carrière journalistique, en 1965. D’abord grand reporter il devient correspondant à Beyrouth. Après Mai 68, il gagne les rangs de la concurrente Europe 1. Il joint l’image à la parole en 1969 grâce à l’ORTF, où il officie comme rédacteur en chef adjoint du journal télévisé. Après un retour à la radio - RTL de 1972 à 1973, puis Europe 1 jusqu’à 1981 - il intègre le groupe Matra-Hachette de Jean-Luc Lagardère, pour lequel il sera successivement rédacteur en chef du Journal du Dimanche et Télé 7 Jours. En 1987, Lagardère perd l’appel d’offre du CSA pour la création d’une chaîne privée de télévision. Étienne Mougeotte rejoint alors le gagnant Bouygues et sa chaîne TF1 pour y seconder Patrick Le Lay. Il y occupe une position inconstestée de numéro deux pendant 20 années. En novembre 2007 il succède à Nicolas Beytout au poste de directeur des rédactions du groupe Le Figaro, fonction qu'il occupe jusqu'en 2012 et qu'il cède à Alexis Brézet.

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Je ne suis pas nostalgique. J’ai vécu toute cette période trépidante avec une passion égale. Il y a eu des hauts (« Information Première », Europe 1, TF1), mais aussi des bas : ma mise à l’index par François Mitterrand a été une épreuve. J’ai songé à changer de vie, à partir un temps aux États-Unis pour faire autre chose et ne pas subir. La défaite de Lagardère lors de la privatisation de TF1 a aussi été un moment difficile. Il fallait vite rebondir.

Je suis ainsi fait que j’ai relevé tous ces défis avec le même enthousiasme. Ça n’est ni une posture ni une coquetterie. Je suis comme ça. C’est ma chance. Il n’y a aucune candeur à le dire, tout m’a intéressé. Présenter le « 20  heures », couvrir la guerre des Six Jours ou diriger des rédactions ou des médias, puissants ou pas. Je suis passé d’un sujet à l’autre sans me retourner, sans regrets ni états d’âme. Je regarde toujours devant. C’est sans doute une qualité précieuse, qui rend les vicissitudes de la vie plus supportables.

J’ai travaillé cinquante ans dans les médias. Comme je l’ai dit, j’ai souvent eu la chance d’être au bon endroit au bon moment. J’appartiens à la génération qui a été au cœur de l’incroyable développement de l’audiovisuel. Tout est allé très vite. Pierre Dumayet, Pierre Sabbagh, Pierre Desgraupes, Pierre Tchernia, Léon Zitrone ont essuyé les plâtres. Avec Philippe Gildas, Pierre Lescure, Jean-Marie Cavada, Philippe Labro, Jean-Pierre Elkabbach, Jean Farran, Jérôme Bellay et d’autres, nous avons fait de ces médias les radios et les télévisions modernes, imparfaites évidemment, mais progressivement de plus en plus libres par rapport au pouvoir. Nous avons vécu la modernisation de la radio à RTL et Europe 1, la tumultueuse libéralisation de la télévision après 1968, puis le développement des chaînes commerciales à TF1, des chaînes tout info avec LCI. La presse écrite elle aussi s’est métamorphosée avec la révolution internet. Là encore, je me suis retrouvé au Figaro, qui était face au défi de la numérisation, de l’apparition du smartphone et du développement des réseaux sociaux.

Dans tout ce que j’ai pu entreprendre dans ma carrière, on trouve un point commun : la volonté de satisfaire le public. Chaque média a le sien. Il est toujours spécifique : le JDD n’est pas Le Figaro, Télé 7 Jours n’est pas TV Mag, Europe 1 n’est pas Radio Classique et TF1 n’est pas Arte. On me demande parfois comment j’ai réussi ici et là. La constante est la même : l’obsession et le respect du public. Ça a toujours été ma boussole. Non par démagogie, mais par conviction. L’audimat, les chiffres OJD de la presse écrite, les audiences internet ne sont jamais que le reflet permanent des choix que fait le public en achetant un journal, en écoutant une radio, en se connectant sur un site ou en regardant une chaîne de télévision. Mes recettes, s’il y en a, sont là.

Maintenant que j’ai pris un peu de recul, je garde le même état d’esprit. Je ne ressasse pas le passé. Je ne me réfugie pas dans mes souvenirs. Non, comme le journaliste que je n’ai jamais cessé d’être, je suis curieux de voir le paysage continuer à changer, mes anciennes maisons, comme Le Figaro, TF1 ou Europe 1, poursuivre leur chemin dans un contexte concurrentiel nouveau. Le changement, c’est la vie. La presse écrite a été la première à subir la révolution technologique. Sans doute parce qu’elle était la plus en danger, elle a compris avant les autres que le numérique pouvait être un atout plus qu’une menace, notamment parce qu’il permet un rajeunissement de son public. Certes, une partie des titres a disparu. Mais les quotidiens les plus solides sont en train de réussir leur mue. Les abonnés (numériques) reviennent enfin. Il aura fallu vingt ans pour qu’un nouveau modèle apparaisse. Alors que des médias comme Brut se lancent et prospèrent sur les réseaux sociaux.

Pour la radio, que certains considéraient un peu vite comme dépassée, la révolution du numérique ne fait que commencer. Les plateformes musicales comme Deezer ou Spotify représentent une nouvelle concurrence. Les podcasts s’installent durablement dans notre vie quotidienne. La consommation devient individuelle, sur mesure et mobile grâce aux smartphones et aux tablettes. À chacun son programme. La délinéarisation est en marche, en audio comme en télévision avec le succès des séries. Un nouvel acteur puissant est déjà là. En audience, Netflix est devenue la quatrième ou cinquième chaîne française. La bataille devient planétaire avec Disney+, Amazon Prime Video ou encore Apple TV+, qui se lance à son tour. Après le câble, le satellite et la TNT, voici les chaînes historiques encore une fois bousculées. Quand je pense à mes premiers pas à « Information Première », 85 % du public nous regardait. Au début de « mes années TF1 », notre part d’audience dépassait les 40 % de parts de marché.

Le fossé se creuse entre la consommation traditionnelle de la télévision, qui est celle des plus de cinquante ans, et la consommation délinéarisée. Les plus jeunes n’ont le plus souvent pas de téléviseur chez eux quand ils s’installent. Sur leur portable, leur tablette ou leur ordinateur, ils regardent ce qui les intéresse, quand ils veulent, où ils le veulent, seuls ou à plusieurs. Face à ces plateformes surpuissantes, la réaction des chaînes traditionnelles françaises, avec Salto, semble bien dérisoire. Elles ne sont pas pour autant condamnées si elles se recentrent sur des contenus qui n’intéressent pas les plateformes internationales : le direct, les grands événements, le sport, l’information et sans doute des créations typiquement françaises. Les films comme les séries à gros budgets deviennent hors de portée.

Quand je vois tous ces nouveaux acteurs inventer ces médias d’aujourd’hui et de demain, je ne peux que les encourager. Je me revois à « Information Première », à Europe 1 ou à TF1. J’ai connu cet enthousiasme à repousser les limites, à imaginer, à créer de nouveaux contenus grâce aux progrès technologiques, à inventer ce qui fera le quotidien du public. C’est une immense responsabilité et un grand bonheur. Je n’ignore ni les pièges ni les risques, mais tout compte fait, j’ai le sentiment qu’avec le numérique, le champ des possibles n’a jamais été aussi grand.

A lire aussi : Les souvenirs d’Etienne Mougeotte lors de son arrivée à TF1 et de sa rencontre avec Patrick Le Lay 

Extrait du livre d’Etienne Mougeotte, "Pouvoirs", publié aux éditions Calmann-Lévy

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