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Quand les États-Unis s’interrogent sur les bénéfices de l’immigration
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Quand les États-Unis s’interrogent sur les bénéfices de l’immigration

Sujet de campagne majeur aux États-Unis, l'immigration suscite de nombreuses interrogations aussi bien en termes de coût que d'intégration des immigrés sur le sol américain. Plusieurs études s'affrontent.

De nombreuses questions angoissent l'Amérique à propos de son fort taux d'immigration : les nouveaux arrivants apprendront-ils l'anglais ? Sont-ils condamnés à rester enfermés dans la pauvreté et joueront-ils le jeu de l'intégration ? Quelles perspectives d'avenir pour ces nouveaux arrivants ? Pas de panique : les immigrants, c'est peut-être l'avenir ! De mieux en mieux intégrés à l'American way of life, ils pourraient bien devenir les sauveurs de l'économie américaine dans les années à venir. C'est la conclusion d'un rapport du think tank-progressiste Center for American Progress.

Ce rapport s'est penché sur l'assimilation des étrangers par le passé, et sur son évolution au fil du temps. Conclusions : en 2030, 70% des immigrants parleront bien, voire très bien anglais, contre 57,5% en 2000. Près de 72% seront propriétaires de leur maison, alors qu'ils n'étaient que 25,5% il y a 10 ans.Une excellente nouvelle pour le marché de l'immobilier :l’une des principales raisons de la faiblesse persistante des prix et des ventes sur le marché, est tout simplement qu’il y a trop de logements à vendre.

D'ici 2030, le pourcentage d'immigrants vivant dans la pauvreté tombera à 13,4%, contre près de 23% en 2000. De toutes les minorités, les hispaniques seront les premiers à bénéficier de cette intégration. 82% vivront au-dessus du seuil de pauvreté d'ici 20 ans, et 57% d'entre-eux auront été naturalisés. Soit une augmentation de près de 73 et 8% par rapport à 2000.

"Nous devrons être extrêmement attentifs à la réussite sociale, scolaire et économique des immigrants. Carnous dépendrons en grande partie de leursressources humaines dans les décennies àvenir.Le départ à la retraite de la génération des baby-boomers va créer un important appel d'air sur le marché de l'emploi, aussi bien dans le secteur public que privé.La baisse de la population active offrira de nombreuses opportunités pour les nouveaux travailleurs", prédit le rapport.

L'immigration au secours de la croissance

"Même si la population active aux États-Unis continue d'augmenter, son rythme de croissance ne cesse de ralentir depuis des décennies (...) Un flot continu d'immigrés est donc nécessaire pour soutenir la croissance et permettre au système de sécurité sociale de rester solvable", ajoute James Ledbetter, journaliste américain spécialiste de l'économie.

En parallèle, une étude de la Réserve fédérale de San Francisco menée par l'économiste italien, Giovanni Peri et publiée en août 2010, démontrait notamment queles immigrés, contrairement à une conception populaire erronée, ne prennent pas la place des travailleurs américains : qu'ils soient ou non qualifiés, ils s’orientent vers des secteurs différents de ceux choisis par leurs homologues nés aux États-Unis. Par exemple, les personnes qualifiées nées aux États-Unis tendent à être cadres, enseignants et infirmiers. Tandis que les immigrés qualifiés sont plutôt ingénieurs, scientifiques et médecins.

D’autres chiffres récemment publiés rappellent en outre que les enfants d’immigrés réussissent souvent bien à l’université : selon un rapport du Census Bureau, un tiers des diplômes d’ingénieur sont décrochés par des élèves nés hors des États-Unis. De son côté, le journaliste Robert Guest de The Economist rappelle dans son livre Borderless Economics que les immigrés sont à même de développer des réseaux très solides entre eux, mais aussi avec leurs compatriotes restés au pays. Les États-Unis ont alors tout intérêt à favoriser l’immigration d’Inde ou de Chine, car elle est un moyen de créer des connexions et d’envisager les contrats du futur.  

L'immigration illégale : 113 milliards de dollars pour les contribuables ? 

Mais tous ces bons chiffres ne doivent pas être considérés comme acquis, précise le rapport du CAP : ces projections dépendent en grande partie de la croissance économique et des investissements publics dans des domaines comme l'éducation. La conjoncture actuelle laisse penser qu'une politique ambitieuse - et donc coûteuse - visant à intégrer les immigrés est menacée. C’est d’ailleurs le principal argument des opposants à l’immigration. Pour la Federation for American Immigration Reform (FAIR), l’immigration illégale coûte ainsi 113 milliards de dollars annuels en impôts aux contribuables américains. La FAIR avance également qu’un ménage américain dépense autour de 1000 dollars par an en impôt pour les immigrés. D’autant qu’en retour, arguent nombre d’opposants, les immigrants travailleraient pour beaucoup dans l’économie souterraine et ne payeraient pas d’impôts.

Dean Martin, en charge des finances de l’Arizona, estime que son État perd entre 1,3 ou 2,5 milliards de dollars par an notamment à cause des coûts fiscaux indirects d’éducation ou d’incarcération des immigrants illégaux.  Les chiffres du Pew Research Center confirmeront les opposants à l’immigration dans leur crainte : plus d’un tiers des immigrants illégaux sont restés ou restent aux États-Unis pendant quinze ou plus, plus de la moitié pendant 10 à 14 ans. Bref, une fois la frontière passée au nez des douaniers, pas de billet retour.

De fait l’Arizona a voté, comme l’Alabama, des lois particulièrement sévères en matière d’immigration, qui  justifient notamment des contrôles d’identité inopinés de la police. Tout individu contrôlé doit d’ailleurs avoir sur lui ses papiers d’identité, sans quoi il risque d’être renvoyé dans son pays.  Les chiffres témoignant de la nécessité de maintenir une forte immigration pourraient-ils faire office d’électrochoc dans ces Etats ?

Immigration : LE sujet de la campagne présidentielle américaine ?

L’immigration illégale s’annonce en tout cas comme un sujet fort de la campagne de 2012 pour la Maison Blanche. A l’appui, l’émotion crée par certaines arrestations ou certains renvois d’immigrés, comme Detlev Hager ou Liliana Ramos, renvoyée au Mexique après 21 ans aux Etats-Unis où elle a laissé ses deux filles. Mais aussi l’importance qui prend la question de l’immigration illégale, dans la campagne primaire républicaine, les candidats rivalisant de propositions radicales pour y mettre fin. Et que les démocrates ne manqueront pas de critiquer. 

Quoiqu'il en soit, les États-Unis comptent clairement sur l'immigration riche et légale. Depuis les années 1990, ils ont développé une logique financière de l’immigration notamment avec le EB-5 act. Selon cette loi, un étranger peut obtenir le droit de vivre légalement aux Etats-Unis s’il investit 1 million de dollars pour créer une entreprise avec dix emplois à plein temps. Si l’entreprise échoue pendant ses deux premières années, la "green card" était retirée à l’investisseur. Crise oblige, ces conditions viennent d’être assouplies, rapporte The Economist. Car l’administration Obama estiment que les investissements étrangers sont un moyen de racheter des obligations du gouvernement. De 2 480 cartes de séjour délivrées au tire de l’EB-5 l’an dernier, les États-Unis souhaitent passer à 10 000 l’an prochain. Un objectif qui montre que l’immigration, du moins légale, est perçue comme un moyen de relancer l'économie nationale dans ces temps de difficiles. 

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