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Il y a une explosion du duel partisans de l'austérité contre keynésiens.
Il y a une explosion du duel partisans de l'austérité contre keynésiens.
©Reuters

Le réveil

Cette étrange indifférence française à l’explosion du duel partisans de l'austérité contre keynésiens sous l’influence des Market Monetarists

Dans une chronique publiée par le New York Times, le Prix Nobel d'Economie, Paul Krugman, se réjouit de la prédominance des Keynésiens au sein de la gauche américaine (contrairement à la France). Il constate également la présence, à droite, d'un nouveau mouvement économique réformateur, les Market Monetarists. Un courant encore politiquement inexistant en France malgré ses différents succès à travers le monde.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Dans un article daté du 21 juillet, le prix Nobel d’économie Paul Krugman pose la question suivante : "Les Keynésiens et les Market Monetarists seraient-ils symétriques, aussi bien dans leur doctrine que dans leur position politique ?" Une question a priori sans intérêt mais qui reflète pourtant bien le champ de ruines actuel de la pensée économique et de ses "appartenances" politiques en France.

Si la doctrine keynésienne est la plus connue des deux et la plus naturellement identifiée comme de gauche, les Market Monetarists restent une espèce encore non identifiée en France. Il reste à retracer les grandes lignes des recommandations de ces deux courants de pensée dans le traitement de la crise actuelle.

D’un côté l’école Keynésienne, représentée ici par Paul Krugman, qui indique que la "grande récession" résulte d’une trop faible demande, c’est-à-dire notamment de la faiblesse des "carnets de commande" des entreprises. Pour pallier ce manque, les autorités publiques se doivent de relancer l’économie par la voie de dépenses publiques elles-mêmes financées par les déficits et la dette, ou par l’augmentation de la fiscalité. Le pouvoir budgétaire est ici considéré comme essentiel dans le traitement de la crise. Par contre pour cette école, le pouvoir monétaire est actuellement limité en raison de taux d’intérêt proches de 0. Coincé dans une "trappe à liquidités", le pouvoir monétaire se trouverait privé de réelle efficacité. La doctrine keynésienne, par la prédominance qu’elle donne à la dépense publique, est ainsi le plus communément considérée comme de "gauche", une politique économique de la "demande".

Pour Paul Krugman, la gauche américaine se réfère encore nettement à ces idées. Mais ce constat n’est plus vrai en France. Un gouvernement et un président réputés de gauche se sont plutôt orientés vers une politique de l’offre, ce qui est plutôt considéré comme "de droite". Les mesures keynésiennes sont laissées de côté, et seule la gauche de la gauche s’empare de ces propositions afin de promouvoir une alternative aux politiques d’austérité.

Et ces politiques d’austérité sont bien considérées comme étant "de droite", car d’origine libérale. Mais il serait plus juste de qualifier cette doctrine comme étant issue d’un courant bien particulier du libéralisme : les "Autrichiens". Ici, point de relance des dépenses par les déficits, ce serait plutôt l’inverse. Il s’agit de ralentir au mieux les dépenses de l’Etat, de diminuer la dette, de baisser les impôts tout en maintenant une stricte stabilité de la politique monétaire. En Europe, ce courant de pensée est puissamment représenté par la doctrine ordo-libérale allemande, principale source d’inspiration de la politique d’austérité menée à l’échelon communautaire. En France, ce sont les partisans de la "désinflation compétitive".  

Et c’est là qu’intervient "l’autre" pensée évoquée par Paul Krugman ou l’alternative libérale que sont les "Market Monetarists". Une école que le New York Times qualifiait le 23 juillet dernier de "brillant succès du renouvellement conservateur", malgré son caractère minoritaire au sein de la droite américaine. Cette doctrine classée "à droite" est principalement issue des travaux de Milton Friedman et de son analyse de la crise des années 1930. Elle identifie la crise de 2008 comme étant de nature monétaire, comme l’était également, avant elle, la Grande Dépression. Pour les Market Monetarists, l’objectif prioritaire est de restaurer la croissance et l’emploi par le biais d’une politique de relance monétaire (c’est-à-dire provenant de la Banque centrale), ce qui permettra dans un second temps l’amélioration de la situation budgétaire. Comparativement aux partisans de l’austérité, l’objectif est donc inversé, la croissance d’abord, et la réduction des déficits n’en sera que la conséquence. Pour les Market Monetarists, nulle question de relancer les déficits par la voie budgétaire en raison de la neutralité de l’impact sur la demande. Une telle solution est ici analysée comme étant totalement inefficace.

Mais ce que pointe Paul Krugman, ce qu’il moque, est que les Market Monetarists sont encore bien plus isolés à droite que les Keynésiens ne le sont à gauche. En France, la situation est encore plus significative car les Market Monetarists n’existent tout simplement pas politiquement. Et ce malgré leur influence considérable dans la mise en place de politiques de relance monétaire aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, ainsi qu’au Japon. Plans qui ont pu faire leurs preuves depuis leur mise en place et qui ont permis le retour de la croissance et de l’emploi dans chacun de ces pays.

Bien qu’opposés dans leur offre de solutions, les Keynésiens et les Market Monetarists ont quelque chose en commun  : un diagnostic fondé sur l’effondrement de la demande et une critique virulente des politiques du "tout austérité". Un partage d’idées qui est souvent une source de confusions pour les partisans de la rigueur qui ne parviennent pas à isoler la provenance idéologique des attaques. Allant parfois jusqu’à renvoyer, de façon absurde, des Friedmaniens à leur keynésianisme primaire.

En effet, pour les Keynésiens et les Market Monetarist,  les politiques exclusives de réduction des déficits budgétaires sont suicidaires. Elles ne reposent que sur une croyance infondée : la réduction des déficits serait à même de provoquer un choc de confiance dans l’économie (favorable à la croissance). Une théorie que Paul Krugman appelle la "fée confiance" car un tel choc a bien  du mal à se manifester dans la réalité européenne. Et ce malgré les références quasi quotidiennes à la notion de "confiance" de nombreux dirigeants (dont François Hollande), et malgré six années d’application de la doctrine.

Pour les contestataires de l’austérité, la "confiance" n’est pas qu’un mot, elle est une réalité qui se mesure dans les anticipations de croissance des agents économiques. Et ces anticipations sont pour le moment stables dans leur médiocrité, malgré les incessantes réductions de dépenses publiques. Un phénomène aujourd’hui bien identifié par le FMI, l’OCDE, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, ou le Japon, mais totalement ignoré dans une Europe dominée doctrinalement par l’ordo-libéralisme.

Si les partisans de l’austérité ont été contredits par la réalité lors de la crise des années 1930, s’ils ont perdu la bataille idéologique dans la plus grande partie du monde occidental depuis 2008, ils tiennent encore bien la barre de la politique européenne. Après six ans de résultats catastrophiques, le déni de réalité continue.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

Et n'oubliez pas : le A-book de Nicolas Goetzmann, Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, est toujours disponible à la vente sur Atlantico éditions

 

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