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Une photo prise le 2 juin 2020 montre des éoliennes près d'Issoudun.
Une photo prise le 2 juin 2020 montre des éoliennes près d'Issoudun.
©GUILLAUME SOUVANT / AFP

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Eoliennes : un combat partisan souvent mal argumenté

La tribune contre les éoliennes publiée par Stéphane Bern dans les colonnes du Figaro a suscité beaucoup de réactions. Après avoir reçu le soutien de nombreux politiques, Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, a regretté, le 3 juin sur BFMTV et RMC, "l'hystérisation du débat sur les éoliennes et les énergies renouvelables". Philippe Charlez décrypte les principaux arguments de Stéphane Bern sur les éoliennes.

Philippe Charlez

Philippe Charlez

Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l'École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l'Institut de Physique du Globe de Paris. Expert internationalement reconnu en énergie, Charlez est l'auteur de nombreuses publications et ouvrages sur l’énergie. Son dernier ouvrage généraliste sur la transition énergétique « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » est paru Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD, l’Ecole des Mines de Paris, le Centre International de Formation Européenne et la Khalifa University (Abu Dhabi)

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Chantre du patrimoine historique français, Stéphane Bern est parti en guerre contre les éoliennes en publiant une tribune incendiaire dans le Figaro du 30 mai 2021. Compte tenu de sa notoriété, ses propos ont été largement relayés dans les médias. Ecrit sous l’effet de l’émotion, son réquisitoire est confus et mal argumenté mélangeant dans un désordre total un pot-pourri d’arguments esthétiques, techniques, environnementaux, politiques et juridiques. 100% à charge, la tribune donne au lecteur une vision partiale et idéologique du sujet. Très rapidement, on comprend que le combat anti-éolien de Bern est surtout…le sien. En clair l’animateur oppose dans une vision binaire et simpliste les éoliennes au patrimoine et à son économie périphérique. Les éoliennes on certes beaucoup de défauts mais, la moindre des choses aurait été de les hiérarchiser vis-à-vis de la problématique climatique. Il convient donc de réécrire proprement et sans émotion les propos de Bern.

Les éoliennes tournent 25% du temps et possèdent un facteur de charge de 21% : vrai

C’est le principal point qu’aurait dû marteler l’animateur vedette. L’Hexagone est annuellement balayée par environ 2000 heures de vent soit 22% du temps. En 2018 [1], les 14900 MW d’éolien ont produit 28,1 TWh d’électricité ce qui correspond à un facteur de charge [2] de 21%. Imposé par la nature, il Incompressible et n’a pratiquement pas varié depuis la mise en œuvre des premières éoliennes au début des années 2000. Par ailleurs l’éolien est une énergie de flux (directement disponible sous forme d’énergie et non sous forme de matière comme les fossiles, l’Uranium ou la biomasse) non stockable et non pilotable. Il fournit de l’électricité « quand Dame Nature le veut » « où dame nature le veut » et « combien Dame Nature le veut ». Aussi ne peut-il vivre seul. Pour palier ses intermittences, il a besoin du support d’un « ami » qui s’appelle charbon, gaz ou nucléaire.

L’éolien n’est pas renouvelable : faux

Au même titre que l’énergie solaire, l’énergie éolienne dont elle dérive (le vent est principalement dû à des différences de température à la surface du globe terrestre) se renouvellera chaque année jusqu’à extinction du soleil dans…4 milliards d’années.

L’emprise au sol impacte fortement la valeur foncière : vrai

Vu son faible taux de charge, l’éolien ne peut remplacer des sources pilotables (charbon, gaz, nucléaire) qu’en multipliant les équipements. Pour fixer les idées, remplacer les 58 réacteurs nucléaires actuels nécessiterait la mise en œuvre de…120 000 éoliennes. Pour cette raison, l’éolien à un impact au sol considérable et par voie de conséquence un effet important sur la valeur foncière. On estime que la proximité de champs d’éoliennes diminue un bien d’au moins 30%. Il serait donc nécessaire d’étudier des mécanismes officiels de compensation des propriétaires lésés dans un périmètre déterminé.

Les éoliennes sont un soutien aux énergies fossiles en particulier au charbon : faux

La réouverture de centrales à charbon en Allemagne n’est pas liée à l’éolien mais au choix idéologique de sortir du nucléaire. En France, dans la mesure où le nucléaire a été conservé, la mise en œuvre de l’éolien n’a induit aucune construction de centrale à charbon. En Chine, la construction de nouvelles centrales à charbon est liée à la forte croissance de la demande et n’a absolument rien à voir avec l’éolien.

Les éoliennes nécessitent beaucoup de béton et d’acier : vrai

Pour construire une éolienne onshore de 2MW il faut 440 m3 de béton et 270 tonnes d’acier [3]. Par TWh produit c’est 13 fois plus de béton et 60 fois plus d’acier qu’une centrale EPR de dernière génération. La durée de vie des éoliennes étant de l’ordre de 20 ans se pose le problème de l’abandon des installations dont le coût exorbitant et mal évalué n’est jamais intégré dans le prix des projets. Cela conduit effectivement à des pratiques inacceptables comme l’enfouissement de pales pointé du doigt en Californie.

 Les éoliennes sont nuisibles à la santé et la biodiversité : faux

Toute opposition sociétale utilise en priorité l’émotion pour combattre un projet. La biodiversité et surtout la santé sont souvent pris à parti. Ainsi, lors de l’épisode des gaz de schistes, il a été affirmé que ces derniers…rendaient les femmes stériles ou provoquaient la chute des poils des vaches. Il n’y a aujourd’hui aucune preuve quant à la nuisibilité des éoliennes sur la santé et la biodiversité. Ainsi une éolienne développe à 500 m 35 dB soit l’équivalent d’un chuchotement à voix basse. En revanche certaines précautions d’usage s’imposent en évitant par exemple la mise en œuvre d’éoliennes dans les grands couloirs des oiseaux migrateurs.

La production d’électricité éolienne coûte cher : vrai

Les promoteurs de l’éolien se targuent aujourd’hui de son faible coût en avançant 60 €/MWh. Si ce coût prend bien en compte le facteur de charge réel, il n’inclut ni les infrastructures de transport ni l’abandon des installations ni la compensation foncière élargie aux communautés environnantes ni la source alternative à développer (gaz ou nucléaire) pour pallier les intermittences. Parallèlement à un coût commercial rendu attractif, il faudrait calculer un coût réel qui risque de l’être beaucoup moins. Depuis 2002, l’Etat a compensé les industriels des renouvelables (éolien terrestre + éolien off-shore + et solaire) à hauteur de 150 milliards d’Euros.

Les éoliennes sont antinomiques de l’esthétisme de la nature : vrai

Comme toute activité industrielle ou commerciale, les éoliennes sont antinomiques de l’esthétique. Aucune sources d’énergie (panneaux solaires, centrales nucléaires, grands barrages hydroélectriques) ne fait bon ménage avec le patrimoine et l’esthétique du territoire. Mais, elles ne sont pas plus bruyantes et moins esthétiques pour un riverain qu’un zoning industriel, qu’une autoroute ou une voie de TGV. Nous concéderons toutefois à Stéphane Bern que contrairement aux panneaux solaires ou aux centrales nucléaires, les éoliennes se voient de loin. Des études visuelles plus poussées permettraient une meilleure adaptation à la topographie et atténueraient l’effet visuel. Mais, en tout état de cause, c’est quand même Dame Nature qui décidera de l’endroit le plus opportun.

Malgré ses incontestables inconvénients, l’éolien fera partie intégrante du futur mix énergétique arc-en-ciel. Il devrait fournir à terme une quinzaine de pourcents de l’électricité française. Nous renvoyons donc dos à dos les antiéoliens et les khmers verts promoteurs d’un mix chimérique 100% renouvelable. Leurs visions purement idéologiques soucieuses de soutenir des causes partisanes aux dépends de l’intérêt général ne feront en rien progresser la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Philippe Charlez

Expert en Questions Energétiques à l’Institut Sapiens

 


[1] Source des données : BP Statistical Review 2020

[2] On appelle facteur de charge le pourcentage annuel de production pleine puissance

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