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596 mariages homosexuels ont été célébrés dans les grandes villes françaises
596 mariages homosexuels ont été célébrés dans les grandes villes françaises
©Reuters

Beaucoup de bruit pour rien

Environ 1% des mariages cet été : les unions homosexuelles n'ont pas mis les mariages en sursaut

Depuis l'adoption de la loi, 596 mariages homosexuels ont eu lieu dans les grandes villes françaises. Ces 596 mariages n'ont pas fait scandale : ils sont considérés avec indifférence, comme déjà entrés dans les mœurs. Une placidité de l'opinion qui montre le le caractère purement idéologique du mouvement anti-mariage pour tous.

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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Depuis le vote de la loi Taubira, 596 mariages homosexuels ont eu lieu dans les grandes villes françaises. Statistiquement, ce chiffre n'est pas très impressionnant puisqu'il représente 1% de l'ensemble répertorié. Il atteste que les couples homosexuels constituent une infime minorité. Le fait notable est qu'aucun incident, aucune tentative d'obstruction n'ait été signalé. Ces 596 mariages n'ont pas fait scandale : ils sont considérés avec indifférence, comme déjà entrés dans les mœurs. Le consentement de la société était prévisible et anticipé. On assiste en vérité à la chronique d'une banalisation annoncée. Si en 2004 le mariage de Bègles avait fait scandale, la cause n'en était pas tant le mariage homosexuel en tant que tel que le fait de voir un maire violer délibérément la loi, de même qu'aujourd'hui ce ne sont pas les 596 mariages qui font événement, mais les quelques maires qui, ici ou là, choisissent de s'opposer à la loi au nom de l'objection de leur conscience.

La placidité de l'opinion devant les implications concrètes de la loi tranche avec la véhémence de l'opposition que celle-ci avait suscitée. Elle révèle rétrospectivement le caractère somme toute factice, car purement idéologique, du mouvement anti-mariage pour tous. Celui-ci était certes fondé sur des convictions sincères, et l'ampleur comme l'intensité de la mobilisation a pu surprendre plus d'un observateur. Mais le combat était non seulement sans issue, dans la mesure où les droits et les intérêts des personnes qui manifestaient n'était pas engagés par la loi, mais aussi sans objet réel. Les manifestations avaient pour objet de sauvegarder une certaine idée du couple et de la famille fondée sur le droit naturel. En effet, au regard de la doctrine du droit naturel, défendue aujourd'hui encore par l'Eglise, le couple homosexuel n'est pas un couple. Dans la réalité cependant, il existe des couples homosexuels, reconnus comme tels par leurs familles, leurs amis et leur milieu social. Cette reconnaissance du couple homosexuel est récente mais elle est profonde et irréversible. Elle n'a pas été fabriquée de toute pièce par un lobby ou par une loi et ne constitue assurément pas une illusion idéologique. Il n'y a pas d'argument pour ou contre la réalité de l'homosexualité, pour ou contre la réalité des sentiments et des liens qui unissent deux personnes. Sur le plan historique, la reconnaissance de ces réalités constitue le phénomène de fond, et leur refus idéologique une crise passagère et superficielle.

Une chose est l'amour, autre chose le mariage expliquaient doctement les adversaires du mariage homosexuel. Là encore, ils feignaient de ne pas voir la réalité : à l'heure où plus de la moitié des enfants naissent hors mariage, celui-ci a cessé d'avoir pour fonction de fonder une famille. Il n'est plus que le symbole et la sanction de l'amour, le témoignage d'une volonté d'engagement durable. Si l'on peut affirmer que le mariage homosexuel sera aisément accepté et entrera rapidement dans les mœurs c'est que, dans l'opinion publique, l'amour fait autorité et neutralise les différences d'orientation sexuelle. Cette autorité s'impose même aux adversaires du mariage pour tous : la virulence de leur opposition à l'idée du mariage homosexuel ne les a manifestement pas conduit à venir perturber les 596 mariages homosexuels factuels. Le bon sens, le respect des personnes, de leurs sentiments et de leurs droits se sont au final imposés.

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