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Emmanuel Macron avec Bernard Arnault.
Emmanuel Macron avec Bernard Arnault.
©MICHEL EULER / POOL / AFP

Atlantico Business

Emmanuel Macron prêt à tout pour protéger une reprise de 6 % de croissance cette année

Le président de la République a donc durci les conditions sanitaires pour protéger la relance de l’économie à 6%, ce qui paraitra ambitieux mais nécessaire. 

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ceux qui n‘ont pas compris que le président de la République allait tout faire pour protéger une perspective de croissance économique à 6 %, n’ont rien compris au scénario écrit par Emmanuel Macron pour la prochaine présidentielle.

Emmanuel Macron est certes préoccupé par les questions de justice, de sécurité, d’immigration, d’Islam, de puissance historique ou jupitérienne et de géopolitique, mais ce qu’il l’obsède avant toute chose, c’est la puissance économique. Qui a la puissance économique a le vrai pouvoir. C’est vrai pour les entreprises, d’où son admiration pour les gagneurs, les Bolloré en dépit ou grâce à des agacements réciproques, les Bernard Arnault en dépit ou grâce à son indépendance, les Pinault - en dépit ou grâce à leur fidélité à Jacques Chirac, etc. d’où son intérêt aussi pour les champions du digital, de l’agro-alimentaire, les licornes françaises. D’où sa gourmandise de fréquenter les stars. La construction de la Startup nation est beaucoup plus qu’un fantasme. Un moyen de résistance au monde. Emmanuel Macron fait partie de ces hommes qui pensent que le succès et l’argent n’arrivent jamais par hasard et qu’il y a forcément du talent.

C’est sans doute le premier président de la République française, depuis Georges Pompidou, à considérer que l’avenir dépend autant du dynamisme économique et financier.

Parce que l’argent permet tout, et d'abord de satisfaire l’intérêt général. Le marché. Le sacro-saint marché. Et les entrepreneurs ont besoin d’un écosystème prospère avec une opinion publique sereine : Mais la réciproque est vraie.

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Il est arrivé au pouvoir avec l’ambition de réveiller la France endormie sur un système social généreux mais anesthésiant. D’où son programme de réformer en profondeur.

Les intérêts politiques complexes et croisés, et surtout son inexpérience de la chose publique, l’ont freiné dans ses projets, l'arrivée de la Covid 19 l'a complètement bloqué. Mais ses certitudes sont restées intactes. Il savait dès le départ que la crise était avant tout sanitaire, qu’il fallait protéger les vies humaines comme dans tous les pays du monde ... mais il savait aussi qu’il fallait mettre à l’abri de la tempête tout le système économique, les entreprises, les chefs d’entreprise et les salariés. On a cru, à un moment, que la crise sanitaire allait provoquer une catastrophe économique. Elle aurait pu, sauf que la réaction au virus a mis sous cloche les activités économiques et son « quoi qu’il en coute » a tout protégé.

Aujourd’hui, alors que le virus a perdu de sa virulence, mais surtout alors que la science a découvert le vaccin, l’appareil de production a pu redémarrer. Emmanuel Macron est revenu à son logiciel de départ : tout faire pour retrouver de la puissance économique, donc tout faire pour vacciner le maximum de la population. 100 % vaccinés pour 0% confinés.

Tout son discours actuel a été construit sur cet objectif.

Il a démarré sur un diagnostic de la situation économique en reprenant la prévision de croissance 6 %, qui est partagée par la plupart des centres d’analyses et de recherche, la Banque de France, l’Insee, la BCE, et même l’OCDE. Chiffre arrondi parce que le dernier donné par Bercy il y a deux semaines tablait sur 5,9 %.... Donc il est dans le consensus puisque tous les pays développés dans le monde sont sur des prévisions de croissance très fortes :

La France est à 6%

Mais l’Union européenne est à 4,3%

L’Allemagne est à 3,5 %

La Chine est à 8 ,4 %

Les USA sont à 6,8 %

La prévision française n’est pas aberrante, d’autant que l’Etat français est un de ceux qui a le plus soutenu l’économie.

Tous les indicateurs sont au vert. C’est à dire la consommation, l’investissement, l’emploi, le pouvoir d’achat, le commerce extérieur et même la bourse qui n’a d’ailleurs jamais flanché. Tous les moteurs de la croissance sont allumés. Ils se sont rallumés dès qu’on a senti que la pandémie pouvait être battue en brèche.

C’est bien la preuve que le problème n’était pas économique, mais il était dans la crise sanitaire. Du coup, dès la sortie des confinements, on a senti le rebond et la reprise de l‘activité. Mais le problème est de tout faire pour que cette perspective soit tenable et solide, parce qu’il y a quand même des secteurs qui ont souffert et des incertitudes sur les variants qui persistent.

Donc l’objectif paraitra arrogant, mais :

Premièrement, la reprise. On revient aussi de tellement loin. En 2020, on avait reculé de plus de 9 % et tous les pays ont reculé.

Deuxièmement, ça repart, mais on aura quand même du mal à la fin de cette année à retrouver le niveau d’avant la crise et donc à rattraper tout ce qu’on a perdu.

Troisièmement, il est à noter aussi qu’on a beaucoup emprunté pour soutenir l’activité, il faudra continuer de la soutenir parce qu’il y a effectivement des secteurs qui ont du mal, il y a des mutations à financer. Le digital, l’écologie ou la réindustrialisation vont demander des moyens. Enfin, il ne faut pas se raconter d’histoires : on a besoin d’une croissance forte pour rembourser la dette.

Cette croissance forte de 6 % est nécessaire pour sortir durablement de la crise. C’est la raison pour laquelle l’apparition d’une nouvelle vague épidémique a aussi fortement inquiété les chefs d’entreprises et les gouvernements.

Emmanuel Macron s’est aperçu, sans doute un peu tard, qu’il était en risque d‘être obligé de confiner si on ne vaccinait pas toute la population. Les mesures renforcées sur l’obligation vaccinale et sur le pass sanitaire sont apparues comme les seuls et les derniers moyens pour limiter la casse épidémique et permettre à l’économie de tourner.

On a besoin des 6% pour retrouver une vie normale, on a besoin des 6% de croissance pour rembourser les dettes, on a besoin des 6 % pour retrouver cette puissance économique qui permet tout. J’ajouterai que le président lui-même a besoin des 6% pour se présenter à la présidentielle. L’activité économique et sociale va rester un facteur clef parce que c’est l’activité économique qui permet de régler les questions de sécurité, de politique migratoire, de réformes de structures, d’école ou de santé...

 

 

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