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Emmanuel Macron de plus en plus président mais de moins en moins proche de leurs préoccupations aux yeux des Français
©AFP

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Emmanuel Macron de plus en plus président mais de moins en moins proche de leurs préoccupations aux yeux des Français

Selon un sondage exclusif de l'IFOP pour Atlantico, 60% des Français estiment qu'Emmanuel Macron a la stature d'un président de la République mais seuls 36% le jugent proche de leurs préoccupations.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Quels sont les principaux enseignements que nous pouvons tirer de ce sondage ?

Jérôme Fourquet : Ces chiffres font ressortir une image assez nette qui est en train de se constituer autour d'Emmanuel Macron. Un tiers de nos concitoyens considèrent qu'il a de l'autorité. On peut penser que le clash avec le général de Villiers, le choix de la méthode d'ordonnances pour réformer le marché du travail ou encore le fait qu'il ne soit pas revenu sur un certain nombre de ses déclarations ont installé dans l'opinion l'idée d'une présidence jupitérienne. Cela semble fonctionner puisqu'un peu moins de 60% des français considèrent qu'il a la stature d'un président de la République. La première phase de son quinquennat a été marquée par cette réussite sur cet aspect régalien ou sur cette présidentialisation du personnage. On peut ajouter que 56% de nos concitoyens estiment qu'il défend les intérêts de la France au niveau diplomatique. Nous sommes donc sur deux niveaux toujours élevés, il sait où il va, il a un cap, c'est une dimension centrale qui s'apparente toujours à de la présidentialité.

On peut voir aussi que 56% le considèrent capable et compétent pour réformer le pays, 55% considèrent qu'il a une vision, des indicateurs positifs. On peut penser que ce premier été avec la mise sur orbite de la réforme du travail ait contribué à la création de cette image d'un président qui dirige et qui ne dévie pas de son cap.

Ensuite nous sommes sur des scores plus faibles : la sincérité (45%) et également sur la proximité des procurations des français (36%). C'est peut être aussi ce qui est souhaité de la part du gouvernement, de montrer une certaine distance qui est permise entre autre par son fil de communication. Mais il y a quand même un point de vigilance sur la proximité avec nos concitoyens. Des décisions comme celles sur les APL ou la CSG ont pu contribuer à creuser cette distance et donner l'image d'un président pas forcément à l'écoute.

Son élection et ses premiers mois de présidence ont permis de lui conférer cette stature présidentielle qu'il n'avait pas nécessairement avant le début de son mandat. On reprochait d'ailleurs à son prédécesseur de n'être jamais vraiment parvenu à rentrer dans le costume présidentiel, manifestement ce défi a été accompli par Emmanuel Macron. Idem sur la capacité à réformer le pays, 49% estimaient qu'il en avait la capacité avant son élection contre 56% aujourd'hui.

On a un élément d'alerte tout de même sur la dimension inquiétante du personnage que partagent 57% des français. Il n'est pas forcément aisé de décrypter cela, il est déterminé à mener son agenda de réforme c'est ce qui peut influer sur ce chiffre, ou encore la façon dont il a traité le général de Villiers. Tout cela donne l'image d'un président assez raide et autoritaire.

Quand on regarde sa popularité aujourd'hui et qu'on la compare avec notre sondage de mars 2013, on peut comparer quels sont les éléments déterminants de la popularité de Macron contre celle de François Hollande (cette comparaison est à prendre avec des pincettes car la période n'est pas la même) on voit que sur la dimension d'autorité, il y a un gouffre entre l'image de Macron et celle de Hollande au début de son quinquennat;

Peut-être que ce contraste joue dans ces chiffres (50 points d'écarts). Il serait intéressant de refaire un pont sur cette question en avril prochain afin d'obtenir une comparaison plus précise.

Comment expliquer le paradoxe entre l'autorité que les Français lui reconnaissent (66%) et la forte opposition à sa réforme de la loi travail ? N'y a-t-il pas un risque à se satisfaire de la "forme" alors que le fond semble diviser assez largement les Français ? En quoi le niveau d'inquiétude (57%) des Français est-il un révélateur de ce paradoxe ? 

Il faudra voir à l'usage ce qu'il en est. J'attire votre attention sur le fait qu'un certain nombre de réformes qu'il a en tête ne seront pas forcément aussi impopulaires que celle du marché du travail. Pour le moment il a surtout été jugé sur la forme et maintenant il va être de plus en plus jugé sur le fond car son bilan va continuer de se dessiner et de se remplir.  

En dehors des électeurs En Marche, Emmanuel Macron présente un niveau particulièrement faible concernant l'item "Il est proche des préoccupations des Français". Que cela révèle-t-il ? Cette rupture est-elle réversible, ou cette perception est-elle en train de se cristalliser au sein de l'opinion ?

C'est un vrai sujet. On a pu observer par le passé notamment au début du quinquennat Sarkozy ou Hollande que c'est dans les premiers mois que se cristallise l'image d'un président et son action. Là nous avons toute une série d'indicateurs très positifs néanmoins on a cette interrogation sur la proximité aux Français. On peut penser que un certain nombre d'annonces sur les APL, la CSG qui touche finalement 60% des retraités, la polémique autour des "fainéants"… peut contribuer à dessiner l'image d'un président qui s'adresserait d'abord pour les Français qui réussissent, qui gagnent et qui prennent des risques et qu'il soit décroché des préoccupations du plus grand nombre. On a surtout les items, la même structure dans les résultats. Un point haut dans l'électorat En Marche, un niveau intermédiaire dans l'électorat du PS et des Républicains et les plus critiques chez les extrêmes; on est passé d'une géométrie gauche-droite à une géométrie un peu centre-périphérique. Macron a, par son élection, recomposé la vie politique française en faisant émerger "En Marche !" au centre de l'échiquier politique et également en menant un politique qui est soutenue par une partie du PS et des Républicains et qui mécontente autant les Insoumis que le FN.

Sur la capacité à réformer, on observe 63% au PS et 61% chez les Républicains. Le PS peut très bien dire qu'il a la capacité de ces réformes sans que celles-ci ne leur conviennent. De même, si Macron continue sur un agenda de réformes libérales, il y aura toujours une partie importante de l'électorat LR qui trouvera ce qui est mené satisfaisant. 

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