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En un an les dividendes versés dans le monde par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 11,7 %, pour un total de 426,8 milliards de dollars
En un an les dividendes versés dans le monde par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 11,7 %, pour un total de 426,8 milliards de dollars
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Lois du marché

Dividendes record des entreprises : la vraie explication (et, non, ça n’est pas le vice des patrons capitalistes)

En un an les dividendes versés dans le monde par les entreprises à leurs actionnaires ont augmenté de 11,7 %, pour un total de 426,8 milliards de dollars.

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I.

Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

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Atlantico : Selon des données publiées lundi 18 août par Henderson Global Investors, les dividendes versés par les entreprises cotées ont fortement progressé dans le monde au deuxième trimestre, de 11,7% par rapport à un an plus tôt, pour arriver à 426,8 milliards de dollars (environ 318 milliards d'euros). Comment analyser cette nouvelle progression ?

Gilles Saint-Paul : Ces données indiquent que l’économie mondiale se rétablit progressivement et témoignent de la bonne santé financière des grandes entreprises. Mais elles signifient également que les entreprises restent prudentes et peu optimistes puisqu’elles préfèrent distribuer leurs profits à leurs actionnaires plutôt que de les réinvestir. Elles considèrent donc les opportunités d’investissement comme relativement peu attirantes, ce qui explique aussi qu’elles détiennent des liquidités importantes bien que celles-ci soient peu rémunératrices.

Ces résultats sont-ils synonyme de bonne santé pour les entreprises françaises ? Que révèle cette tendance quant aux modes de financements privilégiés par les entreprises ces dernières années et à leur rapport au risque ?

Cela signifie effectivement que la santé des grandes entreprises françaises s’améliore, en particulier grâce à leur forte implication dans l’économie mondiale. Mais leur appétit pour le risque reste faible. De plus, les PME sont dans une situation nettement moins bonne, comme en témoignent les taux de marge historiquement bas.

Dans un entretien au quotidien Libération, le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Sapin, a demandé aux entreprises de prendre "leurs responsabilités" en déclarant : "Nous leur donnons des moyens pour investir, embaucher, innover. Elles doivent saisir cette chance". Leur donne-t-on vraiment les moyens d'investir ? Pourquoi ne le font-elles pas ?

Avec le pacte de responsabilité, le gouvernement a fait le pari d’un "contrat social" avec les entreprises. L’idée est celle d’ une logique donnant-donnant.  D’une part, l’Etat fait un geste en réduisant les charges sociales des employeurs (après avoir cependant augmenté le fardeau de la fiscalité tous azimuts pendant deux ans). D’autre part, les entreprises le récompensent en se montrant volontariste au niveau de l’embauche.

Le pacte repose sur l’analyse selon laquelle l’anémie de l’économie française n’est pas seulement due à des problèmes d’offre (coût du travail trop élevé, etc), mais aussi au fait que la demande est trop faible à cause d’un défaut de coordination dans les politiques d’embauches. Cette stratégie pourrait fonctionner mais les entreprises semblent très hésitantes à jouer le jeu. Elles savent que si le gouvernement ne parvient pas à mettre en place son plan d’économies, il sera obligé de revenir sur ses mesures fiscales. Or on vient de voir qu’il a fait machine arrière sur la fiscalité des ménages pour de simples raisons d’arithmétique politique. Par ailleurs, au niveau microéconomique, les embauches sont décidées sur la base de besoins clairement identifiés et une entreprise évitera toujours d’embaucher au-delà de ce niveau. Pour réduire le chômage de façon durable, il faut mettre en place un cadre réglementaire et fiscal durable, crédible et compétitif, et pour cela montrer une réelle capacité à réduire les dépenses publiques sur le long terme et à mettre en œuvre des réformes structurelles (par exemple en matière de retraites).

Les entreprises n'ont jamais autant détenu de cash. Quelle serait la réponse économique adaptée à cette préférence pour les liquidités ?

Ce cash est celui qui a été injecté dans l’économie par les banques centrales, d’abord quand elles ont pallié l’effondrement du crédit interbancaire, puis quand elles ont acheté des bons du trésor. Le fait que les entreprises et les banques détiennent ce cash plutôt que de tenter de s’en débarrasser explique pourquoi ces politiques monétaires ne se sont pas encore traduites par un regain d’inflation. On note cependant que le cours des actions a considérablement augmenté (le Dow Jones, par exemple, est à un niveau qui excède son pic précédent), et on peut craindre que ces injections de liquidité n’aient déjà alimenté une nouvelle bulle boursière. Bien que ces phénomènes  soient relativement mal compris, il se peut que le laxisme des politiques monétaires pendant la crise conduise à remplacer une bulle par une autre, préparant ainsi le prochain krach.

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