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Dieudonné.
Dieudonné.
©Reuters

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Dieudonné, externalité négative de la tentative de réélection d'un président socialiste en 2017

Alors que la polémique autour de "la quenelle" ne cesse d'enfler et que Dieudonné a porté plainte à la suite de menaces reçues, le gouvernement passe une fois encore à côté du débat en l'abordant de manière manichéenne dans une logique électoraliste.

Louis Lanher

Louis Lanher

Louis Lanher est né en 1976. Avocat de formation, il est aujourd’hui réalisateur de documentaires et scénariste pour la télévision. Dernier roman paru : Trois jours à tuer, aux éditions du Diable vauvert.

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Dans la collection bibliothèque rose socialiste « Martine va à la plage contre les méchants », vous avez aimé le Mariage pour tous, et son débat finement anglé « pour ou contre l’homophobie », vous avez adoré le projet de loi pénalisant les clients de prostituées et son choix cornélien « pour ou contre la traite humaine », vous avez plébiscité le retentissement national de la Une de Minute consacrée à Christiane Taubira et  son douloureux dilemme « pour ou contre le racisme » ; alors vous allez être comblé par la nouvelle superproduction présidentielle, mobilisant tous les maquisards du pays, la chaussette Jean Moulin chevillée au corps : j’ai nommé le combat contre Dieudonné et ses quenellistes, qui sévissent, c’est dire le danger, jusqu’au cœur du Parc Astérix. Et la mobilisation de toutes les bonnes âmes est sans faille, de Laurent Joffrin à ma stagiaire de 15 ans pro-Christophe Maé et qui n’aime pas les gens chelous. L’appel au sursaut national est massif afin d’ouvrir un débat où il sera comme souvent difficile de trancher : « pour ou contre l’antisémitisme ».  Mince, c’est presque aussi tendu que « pour ou contre tuer des enfants ».

Allez, je me lance, je choisi le camp « contre l’antisémitisme ». Je sais, c’est carrément courageux, et ça me permet surtout de mener une riposte préventive pour le cas où une photo de moi en train de faire une quenelle avec Dieudonné, la mine ravie, ressortait des tréfonds d’Instagram (mais non, cette photo n’existe pas, allons !). Car me voici paré des pleins pouvoirs nucléaires contre les forces du mal. Et je vous parle des vrais pleins pouvoirs, ceux de l’article 16 de la constitution, que voici : « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire, ou la réélection de François Hollande, sont menacés, d’une manière grave et immédiate, le président de la République prend les mesures exigées par les circonstances, après consultation de Manuel Valls et du calendrier des représentations au théâtre du Rond-Point ». Des pleins pouvoirs, modèle printemps 1956 contre le FLN, qui m’octroient maintenant les mêmes droits que le général Massu, celui d’anéantir sans débat mon adversaire, et de « courageusement » :

- Dénoncer les quenellistes à leur employeur afin de les faire virer

- Fouiller dans les archives de l’Équipe TV pour retrouver toutes les vidéos de sportifs faisant la quenelle après une victoire, afin de les faire sanctionner par la ministre du Droit des sports Valérie Fourneyron.

- Ratisser Facebook et Instagram à la recherche du « quenelliste anonyme » (de trop) pour arracher ce salopard à sa vie calme et tranquille.

- Et, si je m’enhardis vraiment – ce qui serait mon droit, ratonner les quenellistes à la sortie des discothèques lyonnaises et les enfermer dans un coffre de voiture.

Mon courageux combat de « résistant de masse » m’apportera quelques récompenses personnelles (nombreux « like » sur Facebook) et le privilège d’un port de tête altier dans les diners en ville, signe d’une pensée épurante et sainement délatrice. Mais je participerai aussi, ne m’en déplaise, à une victoire à l’arrachée (ou à une courte défaite) d’un président socialiste en 2017, dans un second tour face à Marine Le Pen. Dans un pays de grognards peu enclins aux shoots de moraline, obliger la société à se scinder entre bons et méchants, faire du Front national le dernier rempart fantasmé de la liberté d’expression, c’est lui assurer une place au second tour des élections. Mais cette fois, face à la bête immonde, le représentant des gentils frôlera plus les 50,01% que les 82,21% chiraquiens. C’est ce qui s’appelle « prendre son risque ».

Valls et/ou Hollande sont joueurs, et pour (tenter) de se faire (ré)élire, avec un 7 et un 2 dépareillés, leur martingale est vite vue : mieux vaut enfiler comme des perles les débats gagnés d’avance, que de se confronter à une réalité perdue depuis longtemps. Et ni le chômage, ni les fermetures d’usine, ni les hausses d’impôts, n’auront droit de citer dans ce combat entre les forces du bien et les afficionados de spécialités lyonnaises à base de pâte à choux.

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