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Derrière l'opération apaisement de Merkel et Tsipras, les fissures de plus en plus visibles du dogme économique européen
©Reuters

Négociations au sommet

Derrière l'opération apaisement de Merkel et Tsipras, les fissures de plus en plus visibles du dogme économique européen

Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, était l'invité de la chancelière allemande Angela Merkel ce lundi 23 mars à Berlin dans un contexte ou « L’Union européenne n’est pas prête à garder la Grèce au sein de l’euro zone à n’importe quel prix », selon les mots du commissaire européen Pierre Moscovici.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Depuis la fin janvier et la victoire de Syriza aux élections législatives grecques, la tension n’avait cessé de progresser au cœur même de la zone euro. Entre une Allemagne soucieuse de ne pas céder un pouce de terrain à ces nouveaux agitateurs et une Grèce dynamitant les coutumes de négociations européennes, le dialogue évoluait de la provocation à l’ignorance pure et simple. C’est à l’initiative d’Angela Merkel qu’une tentative d’apaisement a été proposée, le 23 mars au soir, par l’invitation d’Alexis Tsipras à Berlin.

Car depuis deux mois, les négociations se sont déroulées principalement à travers deux hommes. Yanis Varoufakis, nouveau ministre des finances grec, mêlait alors une compétence macroéconomique réelle et peu commune dans le cercle de l’Eurogroupe et une capacité diplomatique plutôt douteuse, faite d’arrogance et d’irrévérence. A l’inverse, Wolfgang Schäuble n’ayant de cesse de marteler son orthodoxie budgétaire, parvenait à rallier l’intégralité des autres membres de la zone euro à sa cause, isolant totalement le nouveau parti grec.

L’improductive confrontation de ces deux "mâles alpha" aura eu le mérite de mettre fin à l’hypocrisie d’une situation. Désormais, il est clair que le centre de décision a bel et bien déménagé de Bruxelles à Berlin. Et à Berlin, c’est Angela Merkel qui passe pour une modérée. Alors que 59% des allemands souhaitent la sortie de la Grèce de la zone euro (sondage Yougov), l’ensemble des membres de la coalition gouvernementale campe sur une ligne dure vis-à-vis d’Athènes. Egalement à prendre en compte, le nouveau parti anti-euro, AfD (Alternative für Deutschland) qui est pour sa part favorable à une remise de la dette grecque concomitante à la sortie du pays de la zone euro. 

Pendant que les ministres des finances Schäuble et Varoufakis se font oublier quelques jours, ce sont les deux têtes de l’exécutif qui reprennent le flambeau de la discussion. La première flèche fut décochée par Alexis Tsipras, celui-ci indiquant, dans une lettre adressée la semaine passée à la Chancelière Merkel, le choix auquel il sera rapidement confronté : payer ses dettes au FMI et à ses autres créanciers ou payer les fonctionnaires de son pays. Et ce, dès la fin de ce mois. En d’autres termes, une nouvelle fois, le chiffon rouge du défaut de paiement est brandi. Le paiement des dettes étant considéré comme "impossible"par le nouveau premier ministre.

Un envoi de lettre qui coïncidait avec l’invitation d’Angela Merkel pour cette rencontre du 23 mars 2015 à Berlin. Si la Chancelière a répété à plusieurs reprises sa volonté de maintenir la Grèce au sein de la zone euro, cette "promesse" a ses limites. Limites énoncées le 18 mars dernier par Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques, "L’Union européenne n’est pas prête à garder la Grèce au sein de l’euro zone à n’importe quel prix".Les menaces sont aujourd’hui réelles et les échéances sont proches. Mais malgré une situation critique, les deux dirigeants ont surtout cherché à rassurer lors de la conférence de presse de ce jour. A Berlin, il ne s’est agi que de représentation, l’absence de décision concrète ayant été annoncée au préalable de la rencontre.

Si Alexis Tsipras est bien au pied du mur, son action a d’ores et déjà changé la donne au sein de la zone euro. Pendant que le grand hebdomadaire allemand, Der Spiegel s’interrogeait cette semaine sur l’existence d’un 4e Reich et sur le comportement actuel de l’Allemagne au sein de l’Union européenne, Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne, continue de faire face au blocus monétaire venant de Francfort. Alexis Tsipras n’est que la partie immergée d’un iceberg qui tente de remettre en cause le dogme économique européen. 

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