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Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, et le président de l'OCDE, Mathias Cormann, lors d'une conférence de presse à Paris, le 18 novembre 2021.
Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, et le président de l'OCDE, Mathias Cormann, lors d'une conférence de presse à Paris, le 18 novembre 2021.
©ERIC PIERMONT / AFP

"Quoi qu'il en coûte" ?

Dépenses publiques françaises : l’OCDE s’inquiète

Le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, a présenté, jeudi dernier, la nouvelle étude économique de l’OCDE sur la France. L’OCDE appelle la France à prendre ses responsabilités sur la question des dépenses publiques et de la dette.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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Pour le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, tout avait plutôt bien commencé. « Cher Bruno », a déclaré en substance le secrétaire général de l’OCDE Mathias Cormann jeudi dernier, alors qu’il présentait(*) la nouvelle étude économique de l’OCDE sur la France, le soutien public français pendant la crise du Covid a été « impressionnant et très efficace » et le rebond induit par « l’accélération impressionnante » de la vaccination va permettre à la France de retrouver en 2021 son niveau d’activité de 2019.

Mais cela, c’était seulement pendant les trois premières minutes de la conférence, cette période rituelle de salutations et politesses diplomatiques qui n’engagent à rien.

Il est vrai que l’OCDE prévoit une croissance française de 6,8 % en 2021 et 4,2 % en 2022, soit plus que les hypothèses retenues par Bercy dans le Projet de loi de finances pour 2022 (6,25 % et 4 % respectivement), ce que Bruno Le Maire n’a pas manqué d’attribuer ensuite dans sa réponse à M. Cormann à l’excellence du courageux « quoi qu’il en coûte » mis en oeuvre par ses soins en 2020 :

« Merci à toi, cher Mathias, et à toutes tes équipes (…) pour la qualité du travail qui nous a été remis et pour ce rapport qui valide les choix de politique économique qui ont été faits par le Président de la République et par le gouvernement pendant cette crise. »

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Une bien curieuse réponse cependant, typique de la satisfaction inébranlable de Bruno Le Maire devant tout ce qu’il fait et dit, dans la mesure où, passé les compliments d’usage, mais sans altération de son ton affable et pondéré, M. Cormann amorça résolument un changement radical dans son discours : la France doit s’orienter vers un soutien budgétaire « plus ciblé ».

Difficile d’interpréter ce « plus ciblé » autrement que comme une mise en garde sévère contre la dérive quasi institutionnelle de nos dépenses publiques dont Emmanuel Macron vient de donner un magnifique exemple supplémentaire avec son arrosage pré-électoral tous azimuts sous forme de chèquesindemnités et contrats d’engagement en tous genres.

Car ensuite, M. Cormann, homme politique australien de sensibilité libérale qui fut longtemps ministre des Finances de son pays, évoque ce que Contrepoints, moi-même et d’autres ne nous lassons pas de rappeler régulièrement à nos lecteurs à ce sujet :

· La croissance française, que personnellement j’aime bien qualifier de poussive, « avait décéléré bien avant le début de la pandémie » a-t-il souligné. N’oublions pas d’ailleurs qu’en 2020, c’est-à-dire au plus fort des restrictions d’activité, le recul du PIB français en volume fut de -8 % contre -5,9 % en moyenne dans l’Union européenne et -4,6 % en Allemagne.

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· Sur les dix années qui ont précédé la crise – ce qui englobe donc deux ans et demi du mandat d’Emmanuel Macron – les gains de productivité annuels étaient « 20 % plus faibles en France que la moyenne de l’OCDE ».

· Le niveau exorbitant de nos dépenses publiques, 61,6 % du PIB à fin 2020, n’est pas seulement la conséquence de la crise du Covid. Il avait déjà « fortement augmenté » avant la pandémie, pour atteindre fin 2019 « le taux le plus élevé » des pays de l’OCDE, soit 55,4 % du PIB. On le savait, bien sûr, mais il n’est pas inutile que le constat soit fermement établi par une entité statistique extérieure à la vie politique française :

· On ne sera pas surpris non plus d’apprendre que « certaines de ces dépenses manquent d’efficacité ». Comme ces choses-là sont bien dites ! Le ton et la formulation restent très policés, mais le constat n’en est pas moins terrifiant. Exprimons-nous sans fard : il existe des milliers de pistes d’économies qui n’ont surtout pas été explorées, bien au contraire, et c’est pure chance que les taux bas aient permis de montrer une apparence de maîtrise des finances publiques !

Et Mathias Cormann de citer à titre d’exemple les résultats scolaires obtenus par les élèves français dans les tests internationaux tels que PISA : ainsi que j’ai déjà eu de multiples occasions de le dire, ils ont non seulement « baissé en général depuis 2003 mais ils sont de plus en plus inégalitaires » malgré des dépenses d’éducation très élevées.

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Dans ces conditions, difficile de s’étonner des grandes difficultés rencontrées par les jeunes Français par rapport à leurs pairs de l’OCDE pour s’insérer sur le marché du travail :

Autre exemple, le soutien public pour la R & D des entreprises représente 0,4 % du PIB, soit le double de la moyenne de l’OCDE et le quadruple de l’Allemagne, mais il se « traduit trop peu par les performances d’innovation » de la France : 

Quant à l’emploi public au regard de cette médiocre efficacité de la dépense publique, il est considérablement plus élevé qu’ailleurs dans l’OCDE (graphique ci-dessous à gauche) et fait la part trop belle, dans la santé par exemple (graphique de droite), aux dépenses administratives par rapport au service rendu aux citoyens :

Si Bruno Le Maire répète volontiers depuis la rentrée que « l’économie française se porte bien » comme en témoigneraient selon lui le fort rebond de l’économie en 2021 et 2022 et un chômage en baisse – mais qui restait quand même accroché à 8,1 % de la population active au 3ème trimestre 2021 malgré des prévisions plus flatteuses de l’INSEE -, il a une fâcheuse tendance à faire l’impasse sur le fait que tout ceci repose entièrement sur un creusement vertigineux des déficits publics et un accroissement dangereux de la dette publique française :

Un oubli gênant que ne commet évidemment pas Mathias Cormann. Dans la mesure où la dette publique a dépassé les 115 % du PIB à fin 2020 et dans la mesure où le vieillissement de la population va inéluctablement peser sur les dépenses futures à tel point qu’il sera très difficile de stabiliser la dette à un niveau de 120 % du PIB d’ici 2060 (projections de l’OCDE), il souligne à nouveau combien :

« il est urgent de s’assurer de l’efficacité des dépenses publiques et être certain qu’elles augmentent la productivité et le bien-être des générations actuelles et à venir. »

D’où la recommandation de « renforcer le cadre et les évaluations des finances publiques » dans le sens d’une plus grande transparence et de contrôles accrus afin de mieux affecter les dépenses de l’État ainsi que celles des multiples entités territoriales et « les réduire progressivement ».

Dans le même ordre d’idée, une réforme des retraites incluant un recul de l’âge légal de départ en cohérence avec l’espérance de vie est instamment préconisée. Il se trouve que les prestations de retraite représentent la moitié des dépenses sociales de la France et le quart des dépenses publiques totales (14 % du PIB en 2019) et il se trouve qu’aujourd’hui, l’âge effectif de sortie du marché du travail est le second plus bas de l’OCDE, ce qui nuit à la croissance potentielle, alors que dans le même temps, l’espérance de vie à 65 ans est la seconde plus élevée de l’OCDE : 

Bref, il semblerait bien qu’après les coups de semonce, voire les réquisitoires répétés d’année en année par la Commission européenne, le FMI, la Cour des Comptes et le Haut Conseil des Finances publiques, ce soit au tour de l’OCDE d’appeler une fois de plus la France à prendre ses responsabilités.

Mais Bruno Le Maire, imperturbable dans l’autosatisfaction déplacée, ne peut s’empêcher de reprendre en boucle sa ritournelle préférée, comme si c’était l’élément de langage imparable de Bercy d’ici avril 2022 :

« Les choix qui ont été faits par le gouvernement font que la France en sortie de crise gagne sur tous les tableaux : sur le tableau de la croissance, sur le tableau du pouvoir d’achat et sur le tableau de l’emploi. »

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Les dépenses, les déficits, la dette, dont Mathias Cormann vient de parler ? Rien ne presse ; d’autant que d’après le ministre, la majorité actuelle, celle pour laquelle il trône à Bercy, serait aussi celle« qui a rétabli les comptes publics » de la France depuis la crise financière de 2008 !

Oublions tout cela et regardons l’avenir, s’exclame alors Bruno Le Maire, qui aura passé à peu près 80 % de son temps de réponse à Mathias Cormann à expliquer que le premier objectif quand on est l’une des économies les plus décarbonées d’Europe, c’est de devenir le premier pays au monde à être totalement décarboné ! Ça promet.


(*) Présentation de la nouvelle étude économique de l’OCDE sur la France, Bercy, le 18 novembre 2021 (43′ 20″) :

Cet article a été initialement publié sur le blog de Nathalie MP : cliquez ICI

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