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Dépendance, tout n'est pas
qu'une affaire d'argent
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Personnes âgées

Dépendance, tout n'est pas qu'une affaire d'argent

Une fois n'est pas coutume : le PS, embrayant le pas à... Nicolas Sarkozy, réclame la création d'une cinquième branche de la Sécurité sociale pour prendre en charge la dépendance des personnes âgées. Consensus sur le problème, mais pas sur les solutions. Le secrétaire général des petits frères des Pauvres, association regroupant plus de 8500 bénévoles qui accompagnent 30 0000 personnes chaque année, propose de faire appel... au don du temps.

Jean-François Serres

Jean-François Serres

Jean-François Serres est Secrétaire Général des petits frères des Pauvres, qu'il a rejoint en 2003, après avoir été administrateur de la SA HLM Emmaüs.

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L’importance du nombre de personnes âgées en situation d’isolement, et le risque d’épuisement des aidants familiaux, invitent à reconnaître et renforcer le rôle et la place d’un bénévolat d’accompagnement.

La politique publique qui sera adoptée à l’issue de ce débat devra obligatoirement contribuer à maintenir et même à renforcer les liens de la personne dépendante avec ses proches et à stabiliser dans le temps la capacité d’accompagnement de son entourage. Il n’y a pas en effet  d’opposition entre aide publique et maintien des solidarités privées. Au contraire, les deux se renforcent : les pays où l’aide publique est la plus importante envers les familles sont aussi ceux où l’on observe une plus grande implication des proches avec les personnes âgées dépendantes.

Le rôle des familles est  fondamental, or un nombre important de personnes âgées ne bénéficie pas d’un entourage familial en capacité de les accompagner. 16 % des plus de 75 ans et 25 % des plus de 75 ans souffrant d’un handicap invalidant sont en situation d’isolement objectif (c'est-à-dire déclarant avoir des relations personnelles moins de deux à trois fois par an ou jamais). D’autre part, les risques d’isolement liés à la dépendance sont aggravés par la précarité. Les personnes en situation de dépendance ayant des revenus inférieurs à 1 000 euros sont deux fois plus exposées à l’isolement que celles ayant des revenus supérieurs à 2 500 euros.

Une personne dépendante sur quatre est donc entièrement seule, et cette personne a de fortes « chances » d’être une personne pauvre !

Pour pallier l’absence d’autres réseaux (familiaux, amicaux) ces personnes isolées tentent de nouer des liens « d’intimité » avec des aides soignantes ou des aides ménagères qu’elles n’ont pas choisies et qui sont soumises à des contraintes et des postures professionnelles peu propices à la mise en place d’une relation humaine réciproque et gratuite. Cette dépendance affective à l’égard des intervenants à domicile est insatisfaisante et difficile à vivre des deux côtés.

Dans ces situations, un bénévolat d’accompagnement peut se substituer à l’entourage familial quand il n’existe pas pour créer avec la personne âgée seule une relation d’alter ego dans la confiance et la durée permettant de resituer les intervenants professionnels dans une relation juste et complémentaire.  Le bénévolat est très souvent indispensable également pour soutenir les familles et éviter leur épuisement. 

Le rôle et la place d’un bénévolat d’accompagnement est donc un sujet majeur dans le débat sociétal qui s’engage.

 

Il pourrait être légitimé dans la loi  à l’instar du bénévolat d’accompagnement dans le champ des soins palliatifs. Ce cadre posé faciliterait l’intervention des acteurs.  

Cette complémentarité indispensable entre l’entourage et les professionnels autour d’une personne fragile doit être animée pour assurer une reconnaissance réciproque de ce qui distingue et spécifie chacun dans son rôle. 

Face à la réalité de l’isolement, au défi de la longévité et au risque d’épuisement des aidants familiaux, un programme de développement d’équipes de bénévoles d’accompagnement organisées dans la proximité des personnes en perte de mobilité, dans leur quartier, leur ville ou village ou au sein des maisons de retraite ou des services hospitaliers est une urgence sociale. C’est en soutenant un vaste mouvement de solidarité citoyen que l’on pourra reconstruire des entourages pour les personnes fragiles leur permettant de vivre des relations amicales, de voisinage sécurisé par un fonctionnement associatif de qualité.

 

C’est finalement une chance pour chacun, comme une chance pour notre société toute entière, de prendre soin des plus fragiles. Ce sont eux sûrement qui vont nous inspirer pour mettre au cœur de notre société de la sollicitude, de la fraternité, plus d’humanité. 

Ils nous obligent à nous arrêter. A nous consacrer à ceux qui sont aux extrémités de la vie, passeurs des mystères de l’origine et de la mort. Sans eux, serions-nous des femmes et des hommes, des fils et des frères, des mères, des amis ?

Oui, sûrement c’est une chance d’avoir à prendre soin des personnes âgées dépendantes car pour nous, témoins quotidiens, la question n’est pas seulement « qui va payer ? » mais plus largement qui va prendre soin d’eux, les entourer et finalement « va-t-on les aimer ?».

 

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