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La natalité française reste en dessous du seuil de renouvellement de population.
La natalité française reste en dessous du seuil de renouvellement de population.
©LOIC VENANCE / AFP

Natalité

Démographie : mais pourquoi les Occidentaux ne veulent-ils plus d’enfants (tout en ayant peur d’un grand remplacement) ?

Alors que Marine Le Pen est en visite en Hongrie, la relance de la natalité est l’une des grandes ambitions de Viktor Orban.

Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico : Marine Le Pen se rend demain en Hongrie et fera une conférence conjointe avec Viktor Orban. Le président hongrois a fait de la natalité un de ses chevaux de bataille. La situation de la France n’est pas aussi critique que celle de la Hongrie, mais la natalité reste en dessous du seuil de renouvellement de population. Quelles politiques ont été instaurées pour inciter les femmes à avoir plus d’enfants dans les deux pays  ? Avec quel succès ?

Charles Reviens : La visite de Marine Le Pen à Budapest et sa rencontre avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban a lieu un mois après le 4ème sommet démographique dans la même ville, sommet auquel avaient participé Marion Maréchal et Eric Zemmour fin septembre, personnalités politiques qui semblent d’ailleurs idéologiquement plus proches de la ligne conservatrice et libérale du dirigeant hongrois.

L’enjeu de la démographie et la question de la natalité constituent un point majeur des orientations de l’exécutif hongrois. La Hongrie a de fait perdu en 40 ans 1 million d’habitants et 10 % de sa population (9,7 millions en 2020 contre 10,7 en 1981). Le taux de fécondité est passé de 2,09 de 1980 à 1.29 en 2005 (baisse de près de 40 %) pour remonter à 1.56 en 2021. Toutefois, et c’est une différence essentielle avec la France, la Hongrie a choisi de ne pas recourir à l’immigration pour faire face à ce choc démographique, avec en outre une immigration aux deux tiers d’origine européenne provenant notamment du voisin ukrainien. La situation est donc quasiment orthogonale à celle de la France qui a une croissance démographique provenant pour près de moitié de l’immigration comme analysé dans un article récent du Figaro.

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Face à cette situation démographique et au refus de toute compensation par l’immigration, le gouvernement de Viktor Orban a véritablement mis le paquet sur la promotion de la famille et le renforcement de la natalité. La Constitution indique que « La Hongrie défend l’institution du mariage en tant qu’union de vie fondée sur un engagement volontaire entre un homme et une femme, ainsi que la famille comme base de la survie de la nation » et que « La Hongrie soutient la natalité ». Les budgets à l’aide de la famille sont passés en dix ans de 3.5% à 4.6% du PIB alors que Viktor Orban, qui préfère le « workfare » au « welfare » est réticent au développement inconsidéré à la française de tous les autres axes de la protection sociale. Ces moyens sont mis au service de multiples mesures d’une Hongrie « amie des familles ».

Outre de multiples mesures d’aide, on note d’ailleurs l’importance de mesure favorables au mariage et limitant le nombre de divorces, nombre dont la baisse est un indicateur suivant par les pouvoirs publics.

La politique publique pro famille et pro natalité hongroise ne doit pas faire oublier le fait que la France, qui a vécu un hiver démographique tout au long du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle, a été précurseur en la matière et a institué une politique familiale puissante dès l’entre-deux-guerres, avec la mise en place de sursalaires familiaux (ancêtre des allocations familiales) dans la loi Landry du 11 mars 1932 et la création du quotient familial de l’impôt sur le revenu dans la loi de finances pour 1946. La France a comme on sait connu un renouveau de sa vitalité démographique après 1945 et ce pour plusieurs décennies.

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La politique familiale est l’une des quatre branches historiques de la sécurité sociale (maladie, accidents du travail, vieillesse, famille) mais a constitué pendant plusieurs décennies la variable d’ajustement des autres composantes de la protection sociale, via un rabot structurel pour pallier la place croissante prise par de multiples dispositifs de protection sociale hors du champ de la famille : récupération des excédents financiers de la branche famille, apparition de fait d’une nouvelle branche autour de la pauvreté et du logement.

Différentes mesures prises par les gouvernements de gauche ont ensuite remis en cause son caractère universel initial de la politique familiales : la mise sous conditions de ressources des allocations familiales annoncée par Lionel Jospin dès 1997 a finalement été mise en place en 2014 durant le quinquennat Hollande, tandis que le quotient familial a été raboté sous le gouvernement Jospin puis le quinquennat Hollande. On peut enfin noter que la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu ouvre la voie à une individualisation de cet impôt pouvant conduire à terme à l’affaiblissement de fait du cadre institutionnel de la famille.

Un sondage indiquait récemment que 67 % des Français étaient inquiets à l’idée d’un grand remplacement. Cette question a partie liée avec celle de la démographie et de la natalité. Pour autant, ce sujet est-il présent dans le discours politique français à l’approche de 2022 ?

Il faut d’abord rappeler la genèse de ce concept dont la paternité est généralement reconnue à Renaud Camus dans un ouvrage de 2010. Il est faible de dire que la grand remplacement a fait l’objet de critiques rageuses et il suffit pour s’en convaincre de lire sa fiche wikipedia : « Le grand remplacement est une théorie complotiste d'extrême droite, raciste et xénophobe selon laquelle il existe un processus, délibéré, de substitution de la population française et européenne par une population non européenne, originaire en premier lieu d'Afrique noire et du Maghreb. Ce changement de population impliquerait un changement de civilisation et ce processus serait soutenu par l'élite politique, intellectuelle et médiatique mondiale, par idéologie ou par intérêt économique ». La question qui fâche tient au caractère planifié et intentionnel du grand remplacement, puisque des commentateurs modérés comme Dominique Reynié certes ne reprennent pas l'expression de « grand remplacement » mais évoquent au vu d’une dynamique démographique inéluctable une « recomposition ethnoculturelle » de la France notamment documentée par Jérôme Fourquet dans son ouvrage L'Archipel français.

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Le grand remplacement est donc passé d’un objet idéologique radioactif à un objet quasiment « mainstream « ; comme l’atteste le récent sondage Harris pour la présidentielle : 61 % des Français interrogés considèrent qu’il va se produire et les deux tiers des français en sont inquiets.

La personnalité politique qui soutient le plus directement la pertinence du conteste est clairement Eric Zemmour via sa thématique du changement civilisationnel et sa mention à satiété de la structure des naissances en France sur la base de l’étude de France Stratégie de juin 2020 reprise dans un article de Causeur d’aout 2021. Le Rassemblement National et Marine Le Pen font davantage un pas de deux sur le concept en déplorant l’évolution démographique en cours sans lui donner un caractère intentionnel. Les parties de gauche et notamment la France Insoumise scintillent entre le refus ou la diabolisation du concept et la « créolisation », version optimiste et heureuse du grand remplacement, en opposition totale avec la vision tragique du conservateur britannique Enoch Powell et son discours sur les « rivières de sang » de la fin des années 1960.

De toute façon le maintien d’un niveau élevé d’immigration et l’existence de différentiel de taux de natalité conduit à la transformation ethnoculturelle évoquée par Dominique Reynié et il semble que les Français en aient bien conscience.

La France pourrait-elle et devrait-elle s’inspirer de la politique hongroise sur le sujet ?

La question de fond concernant l’articulation entre la politique d’immigration et la protection sociale. Le paradigme hongrois couple une opposition forte à une immigration incontrôlée et une politique familiale puissante : le renouveau démographique du pays passe par l’augmentation de la population autochtone et non les flux migratoires, ce qui est totalement orthogonal aux orientations de la France sur les cinquante dernières années.

On note sur les programme de droite depuis quelques années l’articulation entre une politique familiale ambitieuse et la suppression de l’accès aux prestations sociale pour les étrangers. C’était inscrit dans le programme Fillon de 2017 (deux ans de présence légale pour l’accès aux prestations sociales), c’est le cas dans les propositions d’Éric Zemmour (exclusion des étrangers des prestations de solidarité) tandis que Valérie Pécresse veut renouer avec une grande politique familiale.

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