Demo-2 de SpaceX : la mission habitée que la NASA souhaite mener... si le coronavirus le lui permet ! | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
Demo-2 de SpaceX : la mission habitée que la NASA souhaite mener... si le coronavirus le lui permet !
©DR / Pixabay

Projet risqué ?

Demo-2 de SpaceX : la mission habitée que la NASA souhaite mener... si le coronavirus le lui permet !

Alors que le monde est confiné pour faire face à l'épidémie de coronavirus, la NASA et SpaceX ont annoncé qu'ils ne retarderaient pas le lancement de leur premier vol habité dans l'espace, prévu pour ce mois de mai.

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

Voir la bio »

Atlantico.fr : Pourquoi ne pas avoir repoussé le lancement de ce premier vol habité ? Alors que les Jeux Olympiques, par exemple, ont été repoussés, le choix de la NASA ne paraît-il pas ici inconséquent ?

Olivier Sanguy : Une précision tout d’abord. Ce n’est pas un premier vol habité américain, mais le premier vol habité orbital américain depuis 2011, année d’arrêt des navettes spatiales. Ensuite, sur un plan général, n’oublions pas qu’on ne peut pas arrêter le spatial au risque de perdre une infrastructure dont notre civilisation a besoin (GPS, télécommunications, météo, etc.). La NASA a donc déjà mis en place un plan de réponse au coronavirus qui se traduit en partie par un recours massif au télétravail dans de nombreux centres. Le patron de l’agence américaine Jim Bridenstine a ainsi répété que «la sécurité de notre personnel est prioritaire». D’autres agences spatiales suivent d’ailleurs une conduite similaire qui consiste à garantir autant que possible la sécurité du personnel tout en assurant la continuité des missions en fonction de leur importance et la possibilité de reporter certaines opérations. On comprend aussi que les contrôleurs au sol chargés de la Station Spatiale Internationale (ISS) ne vont pas abandonner les astronautes en mission là-haut !

De toute façon, une telle attitude ne fait pas partie de la culture de ces professionnels, que ce soit aux États-Unis ou dans d’autres pays. Je rappelle que lorsque Houston fut frappé par de graves inondations en 2017 (ouragan Harvey), des volontaires sont restés pour assurer l’indispensable suivi depuis le Mission Control Center, se coupant de leur famille puisque tout retour à la maison était impossible. Les astronautes leur ont d’ailleurs à l’époque rendu un vibrant hommage. Plus récemment, et à propos cette fois du coronavirus, on notera que l’agence russe Roscosmos a procédé avec succès au décollage du Soyouz MS-16 le 9 avril dernier et qu’ainsi 3 astronautes ont rejoint la station afin d’assurer l'indispensable relève de l’équipage. Un renforcement des procédures de quarantaine médicale (qui en temps normal existent déjà) a été édicté en vue d’éviter d’amener le SARS-CoV-2 là-haut. Pour le vol Demo-2 conduit par SpaceX pour la NASA, et qui consiste à amener 2 astronautes américains vers l’ISS, je tiens à souligner que l’agence américaine n’a jamais prétendu qu’il aurait lieu coûte que coûte !

Il n’y a donc pas là d’inconséquence. La NASA a même indiqué que les recommandations de son propre service médical et celles du CDC (l'agence sanitaire américaine) seraient suivies, y compris si elles devaient impacter sur le planning ou restreindre l’accès des médias. Le message est clair : la situation par rapport au coronavirus est surveillée en permanence avec possibilité d’un report à plus tard si nécessaire. Bien évidemment, il y a un enjeu de prestige pour la Maison-Blanche puisque ce vol doit marquer le retour à l'indépendance pour les vols habités côté américain. On peut cependant espérer que cet impératif politique ne poussera pas à prendre des risques inutiles. Gardons aussi à l'esprit que la mission Demo-2 s'inscrit dans un autre enjeu plus général et qui ne concerne pas que les  États-Unis, à savoir enfin disposer d’un autre véhicule habité pour rejoindre l’ISS. Actuellement, seul le Soyouz russe est opérationnel pour une telle tâche, ce qui signifie qu’en cas de problème sur celui-ci, les 5 agences partenaires (dont l’ESA européenne) perdent leur accès à ce qui est un laboratoire sur orbite très performant.

La NASA et SpaceX ne font-ils pas courir des risques aux astronautes qui effectueront ce vol ainsi qu'à l'équipe qui assure la préparation du vol ?

En ce qui concerne les astronautes, il y a toujours eu des mesures de quarantaine médicale appliquées avant le décollage. Les contacts entre un équipage et le reste du personnel, mais aussi leurs proches, se font selon un protocole précis afin d’éviter que des astronautes décollent porteurs d’une maladie. Pour le personnel au sol, la NASA et SpaceX suivent des mesures de protection comme les autres métiers qui doivent continuer. Pour revenir à l’exemple russe du Soyouz MS-16 le 9 avril, les photos du lancement montrent que le port des masques était généralisé. Ce n’est probablement pas la seule mesure appliquée.

Quels autres risques courent la NASA et SpaceX en suivant le programme fixé avec l'épidémie ?

Le risque est que la situation sanitaire aux États-Unis ne force finalement à interrompre la préparation du lancement. Si l’évolution du COVID-19 aux États-Unis, et plus particulièrement en Floride d’où a lieu le lancement, fait que le personnel nécessaire ne sera plus disponible en nombre suffisant, je ne pense pas que la NASA et SpaceX continueront avec des moyens humains inadéquats. La Station Spatiale Internationale ne fonctionnera alors qu’avec 3 astronautes à bord (ils sont 6, mais bientôt plus que 3 dès le 17 avril), ce qui implique une baisse du nombre des expériences scientifiques pouvant être menées. Cette situation a déjà eu lieu et un équipage de 3 peut cependant très bien gérer la station avec le support des contrôleurs au sol.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !