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Il possède une double identité : celle d’une personne normale et celle de super-héros.
Il possède une double identité : celle d’une personne normale et celle de super-héros.
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Qui est qui ?

A quoi reconnaît-on un vrai super-héros ?

Les histoires de super-héros tiennent des contes d'antan et des récits mythiques mais également de la littérature populaire apparue aux XIXe et XXe siècles. Objets sociologiques, elles nous informent sur les rêves et les tabous d'une société, sur notre rapport à la science et notre vision de l'individu dans la société contemporaine, c'est ce que développe Thierry Rogel dans "Sociologie des super-héros" (Extrait 2/2).

Thierry Rogel

Thierry Rogel

Titulaire d’une maitrise d’analyse économique, Thierry Rogel est professeur agrégé de sciences économiques et sociales au lycée Descartes de Tours (France) et intervenant dans l’enseignement supérieur (IUT de journalisme, Préparation aux concours administratifs, classes préparatoires aux grandes écoles de commerce).

Il s’est spécialisé dans la vulgarisation des sciences sociales en général et de la sociologie en particulier et est auteur de divers livres dont Le changement social contemporain (Bréal -2003) et Sociologie des super-héros (Editions Hermann).

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Le super-héros est d’abord un héros, « une personnalité exceptionnelle, à mi-chemin entre les hommes et les dieux[1]» ou, plus simplement, un homme capable d’exploits hors de portée du commun des hommes[2].

C’est ensuite un « surhomme » muni de capacités physiques ou intellectuelles largement au-dessus du commun des mortels, ces capacités étant généralement, mais pas toujours, portées par ce qu’on appelle des « super-pouvoirs ». Pour Régis Boyer, un acte « héroïque » étant dépendant des valeurs accordées aux choses, il n’y aurait pas de héros universel mais des héros propres à chaque aire culturelle qui ne seraient pas reconnus comme tels dans d’autres aires. Mais en ces temps de diffusion internationale des récits par le cinéma, la bande dessinée ou la littérature populaire, on peut se demander si l’image du héros s’uniformise ou si, à l’inverse, on assiste à des réinterprétations des images culturelles véhiculées et à un maintien voire un accroissement de la diversité culturelle[3].

Selon une définition communément acceptée[4], un super-héros possède au moins deux des trois caractéristiques suivantes :

1. Il a des capacités extraordinaires (force physique surhumaine, rapidité hors du commun, résistance à la douleur…) communément appelées super-pouvoirs.

2. Il possède une double identité : celle d’une personne normale et celle de super-héros.

3. Quand il effectue des actes héroïques, il porte un costume distinctif qu’il abandonne momentanément quand il reprend ses activités d’individu ordinaire.

Les Super-Héros se rattachent peu ou prou à ces caractéristiques. Ainsi, Superman, Spiderman ou Daredevil ont bien des super-pouvoirs : une force herculéenne pour Superman, des capacités empruntées à l’araignée pour Spider-Man, des sens exacerbés (autres que la vue) pour Daredevil.

Ils ont chacun une identité civile, Clark Kent, Peter Parker et Mike Murdock correspondant aux trois identités héroïques que sont Superman, Spider-Man et Daredevil.

Enfin ils ont chacun un costume bien connu même si ce costume peut changer au cours des années (celui de Daredevil, par exemple, est passé de jaune et noir à uniformément rouge).

Cependant, il existe des variantes autour de cette définition générale.

Il peut y avoir des super-héros sans identité cachée mais ceux-ci sont rares (on peut penser aux « Quatre Fantastiques »).

Les super-pouvoirs sont en général attachés à la personne elle-même mais ce n’est pas le cas de tous (pour Iron-Man, par exemple, les super-pouvoirs sont liés à son armure et non à lui-même). Les super-héros sans super-pouvoirs peuvent également exister : Batman est un des premiers et le plus célèbre d’entre eux. Celui-ci s’apparente plutôt à un détective masqué (en ce sens, il est proche de The Shadow et du Spirit ; seule la présence d’un costume spécifique le distingue du Spirit et permet de le classer parmi les super-héros). Apparu immédiatement après Superman, il est reconnu comme étant un des tout premiers super-héros de l’histoire des super-héros alors même que rien ne le différencie, par exemple, de Zorro, pas même la référence à un animal (un renard d’un côté, une chauve-souris de l’autre).

Bien des personnages ne sont traditionnellement pas classés dans les Super-Héros alors qu’ils en ont les caractéristiques principales : ainsi le « fantôme du Bengale » qui possède un costume distinctif et une identité secrète mais, tout comme Batman, pas de super-pouvoirs, ou Mandrake le magicien qui a d’incontestables super-pouvoirs et un costume distinctif (mais qu’il ne quitte jamais) mais pas d’identité secrète. On pourrait trouver de nombreux autres exemples dans la littérature des XIXe et XXe siècles : Fantomas, Judex,… et les spécialistes arrivent toujours à trouver un héros de tel ou tel roman populaire qui serait l’ancêtre des superhéros.

Pourquoi alors ne sont-ils pas des superhéros ? Sans doute parce qu’antérieurs à Superman et aux bouleversements qu’il a provoqués dans le monde de la bande dessinée, ils n’ont pas vraiment eu droit à cette appellation alors, qu’à l’inverse, on a eu tendance à qualifier de super-héros des personnages qui appartiennent à d’autres traditions : Nick Fury, par exemple, qui a bien un costume distinctif mais pas de superpouvoirs ni d’identité cachée appartient plutôt à la famille des « espions super-costauds » et des aventuriers du type « Doc Savage »[5] ; de même Ka-Zar, rescapé du continent perdu qui a certes le pouvoir de se faire comprendre des animaux sauvages, n’est jamais qu’une n-ième copie de Tarzan. Mais Fury comme Ka-Zar ont l’habitude de combattre aux côtés ou contre les superhéros et donc la fâcheuse habitude de se produire dans des revues consacrées aux super-héros.

Il faut alors admettre qu’une typologie fondée sur des « caractéristiques objectives » n’est jamais suffisante pour cerner un phénomène et qu’il faut retenir en sus une définition qu’on retrouve fréquemment (notamment en sociologie) : « Est super-héros celui qui est qualifié de super-héros » soit parce qu’il combat contre ou aux côtés de super-héros soit parce qu’il est publié dans des revues de super-héros.

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Extrait de Sociologie des super-héros, Hermann (19 mai 2012)


[1] Jacques Lacarrière : « Au coeur des mythologies », Folio Gallimard,1998.

[2] Régis Boyer, Brigitte Lion et et Patrice Lajoye : « Qu’est-ce qu’un héros ? » Conférence Zone Franche Mars 2011 : http://www.actusf.com/spip/article-10935.html

[3] Jean-Pierre Warnier : « La mondialisation de la culture », La Découverte, 2006.

[4] Wikipedia : article « Super-Héros ».

[5] Héros de romans populaires, créé dans les années 1930 par Lester Dent.

 

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