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On ne peut pas réduire la performance actuelle d'Alain Juppé au seul réflexe de l'anti-sarkozysme. Celui-ci peut lui apporter le soutien d'une partie de l'électorat de la droite, mais aussi du centre.
On ne peut pas réduire la performance actuelle d'Alain Juppé au seul réflexe de l'anti-sarkozysme. Celui-ci peut lui apporter le soutien d'une partie de l'électorat de la droite, mais aussi du centre.
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Cible privilégiée

Débat de la primaire de droite : Alain Juppé pourrait-il servir de punching-ball pour la majorité de ses concurrents ?

Ce soir aura lieu le premier débat télévisé entre les différents candidats à la primaire de la droite et du centre. L'occasion, peut-être, pour certains outsiders comme François Fillon ou Bruno Le Maire, de faire entendre leurs voix, soit par la proposition d'idées de rupture à l'instar d'Arnaud Montebourg en 2011, soit en s'attaquant à Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : François Bayrou déclarait qu'Alain Juppé était le candidat de "l'anti-sarkozysme", éloignant ainsi le maire de Bordeaux de la candidature d'adhésion (que pourrait incarner Nicolas Sarkozy). En quoi ce profil caractéristique d'Alain Juppé pourrait inciter les autres candidats à le prendre pour cible lors du débat prévu ce 13 octobre ? 

Jérôme FourquetEn raison de sa stature d'homme d'État, d'un certain nombre de propositions qu'il a pu faire, et du contraste qu'offre son parcours par rapport à ce qu'ont pu être les présidences Hollande et Sarkozy, l'image personnelle d'Alain Juppé joue en sa faveur. Les Français aspirent sans doute à plus de rigueur et de sérieux, ce qu'incarne le maire de Bordeaux par rapport à Nicolas Sarkozy aux yeux des électeurs. A côté de cela joue également en sa faveur un phénomène d'anti-sarkozysme depuis l'entrée en campagne de l'ancien président de la République il y a quelques semaines, ce que l'on peut constater dans les sondages. Néanmoins, on ne peut pas réduire la performance actuelle d'Alain Juppé au seul réflexe de l'anti-sarkozysme.

Celui-ci peut lui apporter le soutien d'une partie de l'électorat de la droite, mais aussi du centre. Il faut rappeler que François Bayrou a tenu à occuper le créneau de l'anti-sarkozysme pendant plusieurs années. Le fait qu'il soutienne aujourd'hui Alain Juppé s'explique par le fait que tous deux partagent des valeurs communes, mais aussi parce qu'ils partagent le même diagnostic critique de la présidence Sarkozy. On remarque cela également chez toute une partie des centristes de l'Udi qui ont annoncé hier un ralliement massif à Alain Juppé. On retrouve également cet anti-sarkozysme chez une partie de l'électorat de gauche, très minoritaire, mais qui peut être stratégique dans la mesure où il pourrait aller voter à la primaire des Républicains pour faire barrage à Nicolas Sarkozy.

Une fois ces éléments rappelés, je ne suis pas convaincu par le fait de dire qu'Alain Juppé pourrait être le punching-ball des autres candidats lors du débat de ce soir. 

Parmi les candidats pouvant prétendre à incarner la position d'Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste de 2011 - parmi lesquels Bruno Le Maire, François Fillon, ou Nathalie Kosciusko-Morizet -  l'option la plus rationnelle, en terme électoral, n'est-elle pas, pour eux, de s'en prendre à Alain Juppé en considérant qu'il y aurait peu à gagner - en raison de leurs profils politiques respectifs - à viser Nicolas Sarkozy ? L'électorat de Nicolas Sarkozy est-il moins volatile que celui d'Alain Juppé ? 

D'une part, un certain nombre de candidats, comme Jean-François Coppé ou François Fillon, ont un passif à régler avec Nicolas Sarkozy. D'autre part, ces deux mêmes candidats, mais encore plus sans doute Bruno Le Maire, peuvent raisonner de manière très tactique dans leur manière d'aborder le débat de ce soir en se disant notamment que le paysage est caractérisé par un duel au somment Sarkozy-Juppé ; mais également que la dynamique de campagne, en termes de ralliement, semble tourner à la faveur d'Alain Juppé qui progresse encore. A l'inverse, Nicolas Sarkozy connaîtrait des difficultés dont on ne sait pas encore si elles seraient passagères. Ainsi, l'intérêt de ces candidats qui souhaitent s'inviter sur la feuille de match n'est pas de cibler le candidat en tête, mais plutôt celui qui est déjà affaibli, pour ainsi essayer de s'intercaler. C'est, je pense, tout le cœur de la réflexion de l'équipe de Fillon aujourd'hui ou de Bruno Le Maire. L'affaiblissement actuel de Nicolas Sarkozy pourrait ainsi constituer pour ces candidats une fenêtre d'opportunités. De ce fait, une surprise pourrait se produire : l'émergence d'un outsider défiant Juppé, qui pourrait être Le Maire ou Fillon.

Concernant l'électorat de Nicolas Sarkozy, ce qui est sûr, c'est qu'il est plus homogène politiquement et plus solide en termes de motivation. L'anti-juppéisme existe probablement dans l'électorat de Nicolas Sarkozy, mais celui-ci se mobilise d'abord en pour plutôt qu'en contre, par adhésion à l'image et au discours de Nicolas Sarkozy. A ces caractéristiques s'ajoute le fait que l'électorat de Nicolas Sarkozy est plus limité.

L'électorat d'Alain Juppé est plus hétérogène, avec des segments qui proviennent du rejet de la candidature de Nicolas Sarkozy. Malgré cela, le socle électoral d'Alain Juppé n'a pas connu d'érosion majeure, y compris depuis l'entrée en campagne officielle de Nicolas Sarkozy dont les lieutenants espéraient qu'elle produirait un effet de "blast" sur l'ensemble du paysage politique à droite. Or cet effet n'a pas eu lieu. 

Un tel débat peut-il réellement avoir un impact sur les électeurs ? Au regard de celui tenu lors des primaires socialistes de 2011, le débat de ce soir peut-il "changer la donne" de la primaire de la droite et du centre ? 

Le débat de ce soir va être relativement formaté, notamment sur le temps de parole. L'exercice ne sera donc pas forcément totalement débridé, donnant l'occasion à certains de déployer tout leurs talents. Toutefois, on se souvient que c'est à l'occasion des débats télévisés rythmant la primaire socialiste en 2011 que le phénomène Montebourg s'était produitalors que le duel principal opposait Hollande à Aubry, Montebourg faisant alors figure d'outsider. Lors de ces débats, il a pu faire entendre sa voix, ainsi qu'un certain nombre de concepts qu'il avait forgés au cours de sa réflexion menée lors de la préparation de la campagne, comme la "démondialisation". Ceci lui avait permis de monter dans les sondages, lui faisant alors atteindre la troisième position avec un score de 17%.

L'audience du débat de ce soir permettra d'avoir une mesure de l'engouement suscité par cette initiative auprès de l'opinion. Dans les performances des uns et des autres, il faudra voir si certains candidats comme François Coppé ou Bruno Le Maire – avertis du précédent Montebourg – vont prendre un certain nombre de risques pour essayer de s'imposer dans le débat et faire entendre leurs voix. Cela pourrait passer par le développement d'une idée "décoiffante", plutôt en rupture; ou bien par la prise à partie d'un des deux principaux candidats afin de les déstabiliser. Dans le cadre de cette deuxième possibilité, ce serait plutôt Nicolas Sarkozy qui serait la cible de ces candidats de milieu de tableau. 

Propos recueillis par Thomas Sila

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