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L'ancien ministre Bérégovoy
L'ancien ministre Bérégovoy
©Reuters

Dangereux parallèles

De Jean Germain à Robert Boulin en passant par Pierre Bérégovoy : gare aux rapprochements simplistes

Après le suicide de l'ex-maire PS de Tours, d'autres morts tragiques, celles de Robert Boulin et de Pierre Bérégovoy resurgissent. Entre fantasmes et réalités. A l'inverse de l'ancien Premier ministre de François Mitterrand, Jean Germain n'a fait l'objet d'aucun acharnement médiatique.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Hier, Roger Salengro. Il y a plus de 35 ans, Robert Boulin. Il y a plus de 20 ans, Pierre Bérégovoy. A peu près à la même époque, le jeune maire de Saint-Sébastien-sur-Loire Yves Laurent. Aujourd’hui, Jean Germain. Tous ces élus ont un point commun : ils se sont suicidés, parce qu'empêtrés dans des affaires plus ou moins graves - sauf Salengro, victime d’une campagne ignoble - dont ils avaient le sentiment qu’ils ne réchapperaient pas sur le plan politique. Tous ont eu le sentiment d’être victimes d’une injustice. Tous ont eu peur pour leur honneur et celui de leur famille. Autant de raisons qui paraissent évidentes, encore que le suicide demeure souvent inexplicable, imprévisible prenant toujours de cours les proches.

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Le suicide, expliquent les psychiatres est souvent la goutte d’eau, comme on dit, qui a fait déborder le vase. Peut-être est-ce le cas pour l’ancien maire PS de Tours, Jean Germain, qui s’est donné la mort, ce mardi 7 avril, le jour même où il devait comparaître devant le tribunal correctionnel de Tours, la ville dont il avait été le maire pendant 19 ans. Motif : complicité de prise illégale d’intérêt et complicité de détournement de fonds publics. L’ex-édile se voyait reprocher d’avoir confié l’organisation de ces fameux mariages romantiques à une businesswoman très entreprenante, d’origine taïwanaise, Lise Han. Une mission qui avait permis à cette dame de gagner environ 800 000 euros. Cela en faisant fi des règles de droit. Voilà ce que les juges d’instruction reprochaient à Jean Germain. Ce dernier ne supportait pas de devoir s’expliquer devant un tribunal. Il estimait n’avoir commis aucune faute, s’estimant victime d’une manipulation. Sous-entendu : celle de Lise Han.

La veille du procès, l’ancien édile de Tours, qui "allait très très mal", selon son avocat Dominique Tricaud, a laissé une lettre dans laquelle il explique son geste de désespoir. La classe politique, comme à chaque fois, en pareille circonstance est abasourdie. C’est le ministre du Travail François Rebsamen qui parle de "l’intégrité" du maire de Tours… C’est Manuel Valls qui, bouleversé, déclare avoir "perdu un ami".

Inévitablement, à travers la mort tragique de Jean Germain, qui n’a pas été victime d’un acharnement de la presse, mais simplement fait l’objet d’une enquête judicaire, on pense à celle de Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation de Valéry Giscard d’Estaing que l’on retrouvera noyé dans un étang de la forêt de Rambouillet. Officiellement, comme en attestent des lettres laissées par Boulin, ce dernier se serait suicidé, parce que pris dans un piège, celui des fameux de terrains de Ramatuelle qu’il aurait achetés à un prix défiant toute concurrence. Aussi, allait-il être interrogé par un jeune juge d’instruction de Caen , appelé à connaître une grande notoriété Renaud Van Ruymbeke. Au fil des ans, une autre thèse a été évoquée : celle de l’assassinat par des membres d’un clan gaulliste hostile à Boulin, qui voyait d’un très mauvais œil sa possible nomination à Matignon, par la grâce de Giscard. Plus de 35 ans après cette affaire qui suscité télé-films, livres et points de vue souvent opposés, le mystère Boulin demeure. Entier. Encore qu’un ancien ministre du général de Gaulle, Jean Charbonnel avait fait savoir qu’il connaissait la vérité sur la mort de Boulin… Seulement voilà : il est décédé en 2014. Pas sûr qu’un jour, on ne connaisse enfin la vérité sur ce qui reste comme l’une des plus emblématiques et mystérieuses affaires de la Vème République. Elle n’est évidemment pas la seule.

Avec la mort de Jean Germain rejaillit, même si les deux cas sont de nature différente, celle de Pierre Bérégovoy, retrouvé mort le 1er mai 1993, sur la berge du canal de la Jonction, non loin de Nevers. Suicide, tel a été la thèse officielle de la mort. A cause de qui ? C’est François Mitterrand, qui le jour des obsèques aura cette phrase terrible qui résonne encore dans toutes les salles de rédaction : "Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs, aux lois fondamentales de la République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacune d’entre nous." Une phrase qui visait évidemment la presse qui avait consacré de longs développements au fameux prêt qu’avait accordé Roger-Patrice Pelat - l’ami de François Mitterrand - à Pierre Bérégovoy… Mais on ne peut oublier aussi qu’en mai 1993, Bérégovoy avait été très affecté par la défaite du PS aux législatives, défaite dont certains hiérarques du PS jugeaient responsable le Premier ministre sortant. Un peu moins de deux ans plus tôt, le 13 septembre 1991, le jeune maire PS de Saint- Sébastien-sur Loire, Yves Laurent, dont le nom était cité dans la presse pour une affaire de commission perçue à l’occasion d’implantation de grandes surfaces et instruit par Van Ruymbeke s’était lui aussi donné la mort. Terribles années que celles de 1990 : les affaires étaient partout. A gauche. A droite. La presse en parlait abondamment. Des élus s’apprêtaient à rendre des comptes à la justice. Les faits étaient parfois graves. Mais aucun cas, ils ne pouvaient justifier un suicide…

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