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Le pape François lors de sa première sortie.
Le pape François lors de sa première sortie.
©REUTERS/Osservatore Romano

Indiscrétions

Dans les coulisses du conclave : les secrets de l'élection du pape François

L'Argentin Jorge Mario Bergoglio, élu pape mercredi, est un jésuite austère, considéré comme modéré et de tendance réformiste. Dès lors comment a-t-il pu être élu ? Réponse ci-dessous.

Nicolas Diat

Nicolas Diat

Nicolas Diat est considéré comme un des meilleurs spécialistes du Vatican. 
 
"Un temps pour mourir" de Nicolas Diat
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Atlantico Le conclave a élu non pas un des favoris mais un troisième homme très peu cité comme éventuel pape. Dans votre dernière interview avec Atlantico, vous annonciez comme probable que cela soit une troisième voie. Comment expliquer un tel choix de la part des cardinaux ?

Nicolas Diat : Mon analyse consistait à dire qu’il y avait deux locomotives comme lancées l’une contre l’autre. D’un côté le cardinal Odilo Scherer, archevêque de São Paulo, dont on avait beaucoup, peut-être trop, entendu parler. Et de l’autre, le cardinal Angelo Scola, archevêque de Milan, qui était le grand favori des médias. Pour ma part, je considérais que ces deux blocs lancés l’un contre l’autre allaient se neutraliser et que les cardinaux voudraient rapidement sortir de cette impasse en faisant le choix d’un troisième homme.

Et c’est Bergoglio, celui sur lequel s’était porté un nombre certain de voix en 2005, qui s’est imposé. L’archevêque de Buenos Aires était en effet, malgré son âge et sa santé fragile, resté bien présent à l’esprit des cardinaux, notamment hispaniques. J’insiste par ailleurs sur un point : il est faux de dire qu’il était en 2005 l’adversaire du cardinal Ratzinger. Bien au contraire : il n’a à l’époque pas voulu lui faire barrage, et c’est pour cela que le conclave fut alors si bref.

Comment concrètement les choses se sont-elles passées ? Quels sont les cardinaux qui ont joué un rôle prédominant dans ce choix pendant le conclave ?

Ce sont trois cardinaux hispaniques, de sensibilités différentes, qui ont été les artisans de cette unanimité acquise en seulement cinq tours de scrutin. Le premier est le cardinal hondurien Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa, prélat charismatique et chaleureux, et d’un très grand courage. Engagé dans la lutte contre la pauvreté, président de Caritas Internationalis, il connaît depuis longtemps Jorge Maria Bergoglio.

Le deuxième est le cardinal de curie Antonio Cañizares Llovera. Préfet de la Congrégation pour le culte divin, c’est un proche de Benoît XVI – on l’appelle d’ailleurs le « petit Ratzinger ». C’est lui qui s’est chargé d’amener les cardinaux « ratzingeriens » à se positionner pour Bergoglio.

Le troisième est un diplomate du Saint Siège, ancien nonce apostolique à Buenos Aires, le cardinal Santos Abril y Castelló. Il est actuellement l’archiprêtre de la basilique Sainte-Marie-Majeure, où le pape François a décidé de réaliser son tout premier déplacement ce matin.

Par ailleurs, les cardinaux Hummes, ancien archevêque de Sao Paulo, et le cardinal Malcolm Rangith, archevêque de Columbo, ont joué également un rôle important.

Le parti des progressistes s’est réjoui de l’élection de Jorge Maria Bergoglio. A raison ? Il semble qu’il soit malgré tout très classique.

Il faut sortir des débats un peu stériles sur le sujet. En 2005, le parti des conservateurs s’était réjoui de l’élection de Joseph Ratzinger. Et Benoît XVI a été capable de gestes forts pour toute l’Eglise, pas seulement pour un seul camp. Comme lui, François n’est pas un idéologue. Et comme lui, il est avant tout dans l’humilité, en témoigne son double hommage à Saint François d’Assise et Saint François-Xavier.

François est le premier pape jésuite. Quelle influence cela peut-il avoir ?

Dans les années 1970-1980, il a parfois eu des relations compliquées avec la Compagnie de Jésus. En Amérique du Sud, certains de ses confrères ont pris des positions fortement influencées par les thèses marxistes. Homme pragmatique, il a toujours préféré les gestes concrets aux grands discours – on pense notamment à la vente de l’archevêché de Buenos Aires au profit des pauvres.

Bergoglio est un homme de terrain. C’est ainsi qu’il a marqué son empreinte à Buenos Aires. C’est un homme pragmatique, classique et en même temps de décision. Le cardinal Barbarin disait ce jeudi matin que ce n’était pas « un enfant de chœur ». C’est une formule choc mais qui résume bien qui il est : un homme qui sait diriger, notamment parce que son archevêché est l’un des plus grands du monde, un homme d’ordre qui n’aura pas de difficulté à se faire respecter par la curie.

Comment va-t-il réorganiser la curie ? De qui va-t-il s’entourer ?

Il est incontestable que son élection signe la défaite cuisante de toute la vieille curie et particulièrement des cardinaux Tarcisio Bertone, Giovanni Battista Re, Angelo Sodano, ces deux derniers étant très engagés derrière Odilo Scherer, et qui avaient tout fait pour que les débats avant le conclave soient les plus réduits possibles.

François va engager une profonde réforme de la curie pour la laver de son carriérisme et de son sens des combinaisons assez éhonté. Il va vouloir lui redonner une mission de service et non une mission d’ambition.

Dans quelle mesure François va-t-il s’inscrire dans la continuité de Benoît XVI. Sur quels points va-t-il s’en différencier ?

En tenant à parler à l’évêque émérite de Rome avant même d’apparaître au balcon puis en invitant dès hier soir à prier pour lui, il a eu deux premiers gestes symboliquement très forts. Benoît XVI s’était présenté à la foule comme «l’humble ouvrier dans la vigne du Seigneur ». François aurait pu lui aussi avoir cette parole. Il œuvrera, comme son prédécesseur, pour l’unité.

 Le nom de Benoît venait du nom du fondateur du monachisme occidental, et de l’ordre des bénédictins. Le nom de François vient lui du nom d’un autre grand fondateur, les franciscains. Il y a une forme de continuité « monacale » entre les deux. Ce sont aussi deux hommes de prière, deux hommes d’intériorité. En revanche, François est moins solitaire et timide que ne pouvait l’être Benoît XVI. Bien qu’il soit un homme simple, il émane de lui une forme d’autorité naturelle.

La continuité se trouve aussi avec Jean-Paul II qui était un pape qui avait une grande dévotion pour la Vierge Marie. Et ce matin, François est allé déposer un petit bouquet sur l’autel de la basilique Sainte-Marie Majeure en hommage à la Vierge. Comme Jean-Paul II et Benoît XVI, le nouveau pape n’a pas peur d’exprimer la nécessité d’une intervention de l’Eglise dans les débats sociétaux. Il n’a ainsi pas hésité à s’opposer fortement sur les réformes sociétales, à plusieurs reprises et de façon assez vive, à la famille Kirchner au pouvoir en Argentine.

Jeudi soir, lors de sa première messe avec les cardinaux à la chapelle Sixtine, il a déjà prononcé des paroles fortes en indiquant que l’Eglise n’était pas une simple ONG, mais qu’elle était l’épouse du Christ. Il a rejeté la mondanité qui est un abîme pour les chrétiens s’ils rejettent la croix. Enfin, il a résumé le programme de l’Eglise avec trois verbes : cheminer, édifier et confesser.

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