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D'après un récent sondage, 80% des Cubains veulent que leur système économique actuel se libéralise...
D'après un récent sondage, 80% des Cubains veulent que leur système économique actuel se libéralise...
©Reuters

Hasta la victoria (siempre)

Cuba est-elle en train d’en finir avec l'emprise mentale du communisme ?

D'après un récent sondage, 80% des Cubains veulent que leur système économique actuel se libéralise, mais seuls 69 % d'entre eux souhaitent des changements politiques.

Jacobo Machover

Jacobo Machover

Jacobo Machover est un écrivain cubain exilé en France. Il a publié en 2019 aux éditions Buchet Castel Mon oncle David. D'Auschwitz à Cuba, une famille dans les tourments de l'Histoire. Il est également l'auteur de : La face cachée du Che (Armand Colin), Castro est mort ! Cuba libre !? (Éditions François Bourin) et Cuba de Batista à Castro - Une contre histoire (éditions Buchet - Chastel).

 

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Il existe des pays où les sondages doivent être réalisés clandestinement. Difficile d’imaginer cela alors qu’ailleurs nous en sommes quotidiennement bombardés. C’est pourtant le cas de Cuba, l’un des derniers États communistes au monde, où les dirigeants, Fidel et Raúl Castro, sont systématiquement plébiscités au cours d’ « élections » périodiques avec des scores de l’ordre de 98 ou 99 % des voix. Mais il ne s’agit pas ici d’opposer à ces leaders, qui sont au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle, un quelconque adversaire politique - comment pourraient-ils en avoir, puisque toute la population leur manifeste sa confiance ? - pour mesurer ses chances de victoire. Non : il s’agit simplement de savoir si les Cubains (ceux qui restent dans l’île, les autres, des millions, ayant déjà voté avec leurs pieds) voudraient davantage de libertés économiques et politiques.

Depuis octobre 2007, l’International Republican Institute, un organisme américain créé au cours des années 1980, mène des enquêtes auprès d’échantillons limités de la population. L’idée initiale consistait à analyser les désirs de changement et d’évolution des habitants suite à la transmission des pouvoirs, en juillet 2006, à Raúl par son frère aîné et Líder Máximo Fidel, pour cause de maladie.

Cette fois-ci, le questionnaire, qui a eu lieu dans l’ensemble de l’île, entre le 29 février et le 14 mars 2012, avait pour but d’évaluer le degré d’attente face aux réformes annoncées, qui tendent à une plus grande libéralisation économique, par l’introduction de mesures destinées à encourager l’apparition de « nouvelles » professions (plombiers, coiffeurs, cireurs de chaussures ou encore éplucheurs de fruits ou couples de danseurs pour touristes) et à un désengorgement du secteur étatique (par le licenciement progressif d’un demi-million à un million et demi d’employés). Les principales questions posées à 787 personnes, qui risquaient leur liberté en osant y répondre, furent, entre autres, les suivantes :

- « Si vous pouviez voter pour que Cuba modifie son système économique actuel et se transforme en une économie de marché, avec des libertés économiques, la propriété privée et la possibilité pour les Cubains d’avoir leurs propres entreprises, voteriez-vous pour ou contre ces changements économiques ? »

- « Si vous pouviez voter pour que Cuba modifie son système politique actuel et devienne une réelle démocratie, avec des élections libres, plusieurs partis politiques, liberté de la presse et liberté d’expression, voteriez-vous pour ou contre ces changements politiques ? »

A la question sur les changements économiques, 80 % ont répondu positivement, tandis que 69 % seulement ont exprimé leur aspiration à des changements politiques.Les différences entre le niveau des réponses à ces deux interrogations peuvent s’expliquer par la peur : en effet, il est plus facile de justifier, en cas d’interrogatoire, non par des sondeurs mais par les sbires de la police politique - la Sécurité de l’État -, une opinion propre en faveur d’une ouverture, mais qui n’est pas, théoriquement, en opposition avec celle qui est défendue par les plus hautes autorités de l’État, à savoir Raúl Castro lui-même, que de préconiser le pluripartisme, qualifié autrefois par Fidel de « pluri-cochonnerie », et qui n’est guère à l’ordre du jour alors que la répression contre les dissidents se poursuit violemment.

En fin de compte, les Cubains, ou du moins ceux qui ont osé répondre au questionnaire - anonyme, bien sûr, mais qui peut vraiment demeurer anonyme dans une société où les mouchards de toutes sortes pullulent au sein des Comités de Défense de la Révolution (CDR), des entreprises, des écoles, des universités et partout ailleurs ? - appellent de leurs vœux le capitalisme. Quoi d’étonnant après plus de 50 ans de socialisme réel, que tant d’hommes et de femmes, surtout des jeunes, cherchent à fuir par tous les moyens ?

Ils ne sont pas très corrects, finalement, ces gens-là. Ils ne sont guère dans l’air du temps. Ils n’ont que faire de la crise du capitalisme ni du bonheur annoncé par les camarades et les « indignés » de tous les autres pays. L’écrivain Reinaldo Arenas, mort en exil à New York en 1990 après avoir connu la répression communiste sous toutes ses formes (censure, ostracisme, camps de travail, prison) disait en substance : « On ne nous comprend pas parce que nous venons du futur. » Il parlait des exilés qui ont fui ce futur radieux que les communistes, reconvertis ou non dans des mouvements et partis plus radicaux les uns que les autres, continuent à proposer à des citoyens naïfs qui, eux, ont encore la chance de pouvoir s’exprimer, à travers des sondages envahissants mais, surtout, au moyen d’élections libres. Ceux-ci se présentent en pourfendeurs d’un système qu’ils aimeraient substituer par une utopie aux contours flous mais le plus souvent sanguinaire, ce régime que le dissident Guillermo Fariñas, prix Sakharov pour les droits de l’homme décerné par le Parlement européen en 2010, a qualifié de « communisme sauvage », envieux d’un modèle honni auquel il essaye aujourd’hui de ressembler, après avoir tenté par tous les moyens de le faire disparaître.

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