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Ce cruel manque de 
courage politique face à la crise
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Désir d'avenirs

Ce cruel manque de courage politique face à la crise

Règle d'or boudée par l'opposition, tabou de la sortie de l'euro, critique du capitalisme... Est-il encore possible de discuter de problèmes de fond ? Sophie de Menthon le voudrait, mais elle en doute.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Pour répondre ou compléter l'excellente analyse d'Alain Renaudin sur le double crack, il faut maintenant se poser la question du comment faire. Ce ne sont pas ceux par qui les problèmes arrivent qui sont en mesure de résoudre les difficultés qu’ils créent. Nos démocraties courent après les électeurs car c’est le propre d’une démocratie, ce sont eux qui ont le pouvoir.

Le résultat, c’est qu’on est atterré de voir qu'en France au moment où l’économie du monde bascule, nos "élites " politiques ne pensent qu’à accuser le camp d'en face : Sarkozy serait à l’origine de la dette et la seule réaction face à la proposition de voter l’inscription dans la constitution de l’obligation d’un budget équilibré (ce à quoi personne ne peut dignement s’opposer) est de dire que cela va " profiter" à Sarkozy ! On veut bien que ce soit bon pour la France mais uniquement si cela ne profite pas au Président sortant : c’est le sens de l’Etat à la française.

Oublions la technique financière un instant, au moment où les Français ont besoin d’une union nationale qui serait la fierté de la classe politique, on ratiocine sur les cadeaux fiscaux histoire de capitaliser sur la jalousie sociale et la désignation d’un bouc émissaire, c'est toujours payant ! Et pendant ce temps les  primaires socialistes continent d’agiter les esprits : beau challenge lorsque les révolutions se bousculent à nos portes, révolutions économiques, sociales, monétaires... Des socialistes mal à l'aise face à une crise dite du capitalisme : en effet comment revenir en arrière après avoir décrié des années durant les profits boursiers ? Comment faire semblant de s’inquiéter aujourd'hui  de voir toutes les bourses chuter ?

Alors on se frotte les mains : les puissances du mal capitalistique se sont déchainées : « on vous l’avait bien dit ». Aucune remise en question, aucun désir de consensus, un seul objectif de réappropriation de tout ce qui peut d’une façon ou d’une autre être utile électoralement ; aucune vision, aucun remord de s’être trompé, aucun désir de voir plus loin que le supermarché des programmes politiques ; un manque de hauteur très préoccupant. On aimerait pourtant qu’à droite comme à gauche on sache reconnaitre qu’une idée est bonne ou qu’une proposition mérite d’être testée quel qu’en soit son auteur. On ne sait plus réfléchir en dehors d’un schéma clanique, si tout le monde maintenant s'accorde à dire qu’il faut réduire de façon drastique l’endettement, on continue de promettre des sommes folles pour le budget de la culture, festival d’Avignon oblige... Et on ressort les vieilles lunes : le départ à la retraite  qu’on remettra plus tôt, les 35 heures sacrées, le droit au logement, les effectifs de la fonction publique à renforcer, etc.

Quid d'un débat non-partisan ?

Il n’y a plus de débat intellectuel et  non-partisan, et le peuple le sent. Les opinions publiques sont plus exaspérées par l’indigence des discours et l'absence de crédibilité des propos tenus, que par la dégradation de leur condition. Perdre la foi en ses élus c’est perdre la foi en son pays, en son avenir, et courir après ces opinions révoltées c’est la certitude de les révolter un peu plus.  L’Europe toute entière est concernée par ces petites lâchetés successives qui ont abouti à des mensonges d’Etat ; à force d’accuser l’Europe des contraintes qu’on n’avait pas le courage de justifier, on a fini par faire détester cette Europe qui n’a jamais moins existé  qu’aujourd’hui.

Le devoir de pédagogie de la situation que nous vivons, est pourtant un devoir d’Etat. Il faut dire les choses, reconnaitre les erreurs, sortir des clichés et des solutions éculées, dépasser les idéologies racoleuses.

Prenons l’Euro, ce tabou des élites. On ne peut en évoquer la sortie sans se faire snober et balayer d’un revers de main méprisant  par des experts qui pourtant vont d’erreurs en fausses prévisions présomptueuses. Si l’on envisage la question d’en sortir, on se fait  traiter de Lepéniste. On ne peut partager une idée sans être montré du doigt et catalogué comme appartenant à la secte de ceux qui défendent la même opinion.

On a vendu l’idée et le principe d'un Euro qui est devenu le cache sexe des dépenses publiques, ces dépenses publiques destinées à acheter une paix sociale à coup d'une redistribution mal gérée et exorbitante. L’Euro a masqué la nécessité de dévaluations qui auraient rétabli la compétitivité  et surtout qui auraient contraint ceux qui dévaluaient à expliquer pourquoi et à cesser de dépenser ! L’Euro a laissé croire aux peuples que lorsque les caisses étaient vides elles ne l’étaient pas vraiment. Bref, l’Euro a permis aux gouvernements de frimer ! Alors il va falloir revenir en arrière, Euro ou pas, et c'est ce qu’il y a de plus difficile. Expliquer qu’il faut travailler plus, que l’on ne peut pas entretenir tout le monde, que l'on a trop promis, que l'éducation fonctionne mal, que nos dépenses de santé doivent s’envisager autrement et par tous les acteurs et par tous les consommateurs, que les congés maladie ne sont pas un du, que les pays de cette Europe trop multiple ont des économies à des niveaux trop différents.

Il va falloir aussi donner l'exemple de la mesure et les grands patrons en premier, même si leurs renoncements ne feront pas gagner un euro de plus à leurs salariés, c’est une question de décence témoignant de la fin d’un  certain mépris indifférent.

A l'inverse, il va falloir laisser les gens s’enrichir sans leur mettre des bâtons dans les roues à tout propos. Les hommes politiques donneront l’exemple aussi, réduiront visiblement (important le « visiblement ») leur train de vie et celui de l’Etat au sens large. Les médias cesseront un peu de jouer la carte du misérabilisme et de la catastrophe qui fait vendre, on renoncera un peu à traiter de salauds ceux qui réussissent et à excuser ceux qui vivent au crochet des autres. Cela n’empêchera peut-être pas les banlieues de partir en guérilla comme en Angleterre, mais une responsabilité individuelle retrouvée, un peu d’honneur à la place des compromissions, des vocations sincères pour redresser d’abord la France puis l’Europe sans tout réduire à de la promotion électorale, voilà qui serait de bonne augure et qui pourrait à la longue changer la face du monde. C’est ce que tout le monde réclame en ce moment, non ?

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