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« Cri de Cœur » de Alan Lucien Øyen est à découvrir à l'Opéra de Paris.
« Cri de Cœur » de Alan Lucien Øyen est à découvrir à l'Opéra de Paris.
©Agathe Poupeney / OnP

Atlanti-Culture

« Cri de Cœur » de Alan Lucien Øyen : la danse-théâtre à l’Opéra de Paris, une expérience pléthorique et dramatique

Le spectacle « Cri de Cœur » de Alan Lucien Øyen est à retrouver à l'Opéra de Paris.

Callysta Croizer pour Culture-Tops

Callysta Croizer pour Culture-Tops

Callysta Croizer est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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« Cri de Cœur » de Alan Lucien Øyen

Palais Garnier,  Opéra de Paris,

La danse-théâtre à l’Opéra de Paris : une expérience pléthorique et dramatique

Chorégraphie : Alan Lucien Øyen

Décors : Alexander Eales

Dramaturgie : Andrew Wale

Du 20 septembre au 13 octobre 2022

Durée : 2h50 avec 1 entracte

INFOS & RÉSERVATION

Opéra de Paris – Palais Garnier

Place de l’Opéra

75009 PARIS

08 92 89 90 90

http://www.operadeparis.fr

Du 20 septembre au 13 octobre 2022

THÈME

Marion, une jeune femme consumée par la maladie ; Personne, son « ami » imaginaire ; sa mère, aliénée par des souvenirs de jeunesse ; le membres du Corps de ballet, à la fois danseurs et acteurs de leur représentation… Dans Cri de cœur, les personnages se mettent en scène, articulant discours et chorégraphie, matérialité du quotidien et imaginaire primitif. Avec un décor multidimensionnel, ils composent des situations aussi étonnantes que variées pour questionner la mort, le temps, la vérité, tandis que l’heure fatidique de Marion se rapproche. Création d’Alan Lucien Øyen pour l’Opéra de Paris, ce ballet en deux actes, où la danse-théâtre rencontre les possibles ouverts par l'audiovisuel, explore les frontières entre réel et fiction, vérité et mensonge, corps et voix.

POINTS FORTS

Le travail d’Alan Lucien Øyen est profondément imprégné du monde du théâtre, dans la lignée de l'œuvre de Pina Bausch. Tout comme la chorégraphe allemande, Øyen se sert du théâtre pour mettre la danse en scène. Dans Cri de cœur, il déplie l’espace en élaborant, avec Alexander Eales, une scénographie complexe, mobile et hybride : cloisons et mobilier en tout genre affluent sur le plateau pour reconstituer une chambre ou une salle d’attente, tandis que de grands tableaux viennent planter une forêt ou dresser une montagne. Les danseurs composent aussi avec de grands cadres, sur le modèle du diorama, qu’ils investissent et franchissent pour déployer des fresques dansées. Dans une atmosphère sonore joyeuse ou élégiaque, Øyen cherche à multiplier les points de vue, ce qui justifie le recours à la projection vidéo de séquences filmées sur scène ou en coulisses. De quoi désorienter le spectateur.

Si chez Pina Bausch, le théâtre constitue le cadre de création de la danse, chez Øyen, la chorégraphie se présente également au premier plan, puisqu’il compose un ballet en deux actes. En effet, dans Cri de cœur, c'est par la danse que l’essentiel se joue, à travers des solos et pas de deux qui animent les tableaux vivants et les changements de décor. Marion Barbeau (que l’on a pu découvrir comme actrice dans le film En corps de Cédric Klapisch) incarne avec intensité une danseuse dépressive, peu à peu envahie par la maladie, par ses gestes incisifs et enveloppants ; Laurène Lévy, Coryphée dans le Ballet de l’Opéra, se glisse dans la peau d’un reptile aux gestes fluides et impulsifs ; Héléna Pikon, illustre danseuse du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, livre une interprétation émouvante d’une figure maternelle mélancolique. Le chorégraphe norvégien met à profit les talents d’acteurs-danseurs de ces artistes pour exacerber les incohérences entre discours et gestuelle.

Fruit des récits, confessions et séances d’improvisation qui forment la base du travail d’Øyen, Cri de cœur est pétri de l’expérience personnelle des danseurs. Le ballet montre ainsi les peurs, angoisses et tabous qui pèsent sur leurs épaules : souffrance physique, solitude, sentiment d’être invisible ou prisonnier des codes… La danse-théâtre permet d’utiliser la chorégraphie comme une catharsis, où tous les gestes et tous les coups sont permis, y compris les coups de feu. C’est également l’occasion de lancer quelques pointes à la hiérarchie de l’Opéra : les personnages du Corps de ballet se lamentent devant une liste placardée au mur, tandis que les « Coryphées » doivent demander un micro pour se faire entendre, et que les Etoiles sont absentes du spectacle. Une touche d’ironie qui fait sourire mais finit par creuser le malaise.

QUELQUES RÉSERVES

À trop vouloir jouer avec les perspectives et les points de vue, Cri de cœur se retrouve pris à son propre jeu. Les changements de décor se perdent dans un foisonnement de mises en scène, qui se juxtaposent plus qu'elles ne s'enchaînent. La réflexion sur les frontières entre fiction et réalité manque ainsi de cohérence et de profondeur : avec des tableaux saturés de symboles, de références et de motifs rabattus, le script se noie dans un propos souvent confus. Il en ressort un ballet déséquilibré, où les chorégraphies d'ensemble font pâle figure malgré la trentaine de danseurs qui s'y déploie, et où la danse reste en retrait. De quoi laisser perplexe, voire carrément indigné (lors de la première, à la fin de l’Acte 1, un spectateur s’est ainsi exclamé : « On peut remercier Aurélie Dupont pour ce spectacle de merde ! »).

ENCORE UN MOT...

Victime de la pandémie, il aura fallu attendre deux ans et demi pour que la création d’Alan Lucien Øyen soit dévoilée sur la scène du Palais Garnier. Mêlant danse, théâtre et cinéma, Cri de cœur propose un ballet où les corps prennent voix mais se perdent en chemin.

UNE PHRASE

« Je suis très préoccupé par le concept de fictionnalisation. Comment nous créons une "fiction" sur nous-mêmes et notre réalité les uns pour les autres. À travers nos histoires, à travers la façon dont nous nous présentons. J'y reviens sans cesse dans toutes mes œuvres, et je pense que c'est peut-être lié à la dissimulation. C'est effrayant d'être vu. Exposé – la vérité est si absolue. Si finie. » - Alan Lucien Øyen

« J'ai demandé à Alex Eales une série de "lieux". Un décor qui ressemble plus à une scène sonore qu'à un théâtre – où différentes réalités peuvent se produire. Un monde jouant sur la réalité et la théâtralité. Où la réalité est mise en scène sous nos yeux. Différentes configurations se frôlent et se juxtaposent : un sol carrelé en damier à côté d'une parcelle d'herbe. Une toile de fond devient un écran de cinéma. Un cadre devient une fenêtre. » - Alan Lucien Øyen

L'AUTEUR

Né à Bergen en Norvège, Alan Lucien Øyen baigne dans le monde du spectacle depuis l’enfance. A 7 ans, il assiste déjà aux pièces classiques et contemporaines données au Den Nationale Scene, théâtre connu pour avoir été dirigé par le dramaturge Henrik Ibsen. Ce bagage culturel lui inspire à son tour une carrière d’artiste : élève du maître de ballet Peter Tornev pendant quatre ans, il complète sa formation de danseur à la State School of Art d’Oslo, dont il sort diplômé en 2001. Il intègre alors la Norwegian National Contemporary Dance Company - Carte Blanche, où il compose ses premières chorégraphies, puis rejoint en 2005 Pretty Ugly, la troupe d’Amanda Miller basée en Allemagne. Un an plus tard, Øyen crée sa propre compagnie multidisciplinaire, Winter Guests, qui rassemble danseurs, acteurs, dramaturges, metteurs en scène et techniciens dans des créations théâtrales et chorégraphiques en langue anglaise. Lauréat de nombreux prix, il est également invité à travailler dans de grandes institutions, telles que l’Oslo Opera House (depuis 2013), le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch (2018), ou l’Opéra national de Paris (2020).

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