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La démocratie serait elle en danger au sein du pays qui a déclenché le « printemps arabe » ?

Une révolution pour rien

Crépuscule du printemps arabe : la démocratie est-elle menacée en Tunisie ?

70 intellectuels tunisiens ont lancé un appel public dans lequel ils s’inquiètent du recul des libertés dans leur pays, à l'origine du "printemps arabe".

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui est directeur général du cabinet de communication d'influence Guepard Group.

Il est l'auteur du livre Intelligence Economique et guerres secrètes au Maroc (Editions Koutoubia, Paris).

 

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Parmi les signataires de ce manifeste repris par les principaux titres de la presse internationale, l’on retrouve un chapelet  impressionnant de tout ce qui compose « la Tunisie qui pense ». Cet engagement de figures contemporaines emblématiques semble indiquer qu’une cassure irrémédiable est en train de se creuser entre les islamistes du parti d’Ennahda et les élites du pays, qui craignent que le gouvernement « vert »- à défaut de pouvoir offrir des solutions au marasme économique qui touche le pays- ne s’engage sur la voie du populisme pour calmer les attentes sociales. Pour les intellectuels tunisiens, les islamistes d’Ennahda seraient tout simplement en train de dérouler un « agenda caché », qui prendrait la forme d’un « 6ème Califat » qui menacerait le modèle de société du pays dans son ensemble.

En caressant certains instincts de l’opinion à travers la promotion de mesures inspirées par  la Charia,  et en « cherchant à introduire la norme religieuse au cas par cas », les auteurs du manifeste croient savoir que les islamistes veulent  mettre en œuvre une « autre stratégie », après l’échec de leur tentative d’inscrire la loi islamique comme source de loi dans la constitution à l’automne dernier. Cette mesure avortée, de l’avis de tous, aurait eu un impact catastrophique sur le code du statut personnel tunisien et l’égalité hommes-femmes. Or, ces avancées sociétales majeures, voulues par le père de la nation Habib Bourguiba et jamais remises en cause, avaient fait de la Tunisie l’un des pays les plus avancés du monde arabe dans les questions de lutte contre les discriminations liées au genre.

Pour autant, la toute récente « démocratie » tunisienne est-elle véritablement en danger, comme semblent le croire les signataires du manifeste, ou bien assiste-t-on à une phase de « réglage » nécessaire, durant laquelle les islamistes tentent de pousser leur avantage ?

La réponse se trouve probablement quelque part au milieu de ces deux hypothèses, car l’on ne peut exclure aujourd’hui qu’Ennahda ne soit en train de montrer son véritable visage. Ce dernier prendrait la forme d’un parti islamiste qui a pour objectif  de mettre en place une « contre-réforme » aux relents salafistes, qui s’exprimerait à travers une domination du champ politique en étouffant les voix dissonantes. De plus, l’inexpérience d’Ennahda en matière de gestion des affaires de l’Etat semble plaider en faveur de l’hypothèse d’un bouleversement du calendrier de réformes du gouvernement tunisien. Ce dernier privilégierait désormais les mesures symboliques et populistes à court terme, au détriment des réformes profondes qui s’inscrivent dans des temps politiques plus longs et qui sont moins rémunératrices en termes d’image.

Néanmoins, cette stratégie poursuivie par les islamistes tunisiens semble avoir déclenché les signaux d’alarmes d’une société qui souhaite réaffirmer son attachement à des valeurs de liberté et de tolérance profondément enracinées.

Souvent, les intellectuels agissent comme des « éclaireurs » des sentiments profonds des opinions publiques, et le cas tunisien ne devrait pas déroger à la règle. L’on peut donc estimer que le compte à rebours a commencé pour les islamistes d’Ennahda, qui devront très rapidement faire la preuve de leur capacité à créer à la fois de la croissance économique et de la cohérence sociale, sous peine de se faire déborder par une « révolution dans la révolution ».

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