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Covid : pourquoi nous serions bien inspirés de conserver les masques en intérieur dans les lieux collectifs
©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Hausse des hospitalisations

Covid : pourquoi nous serions bien inspirés de conserver les masques en intérieur dans les lieux collectifs

Alors que les hospitalisations repartent à la hausse dans de nombreux pays d'Europe et que l'heure est à la levée des restrictions sanitaires, le port du masque demeure l'une des meilleures protections pour réduire le risque de contamination en lieux clos

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Les hospitalisations pour Covid repartent de nouveau à la hausse en Angleterre, soit une augmentation de +16% sur une semaine. En France, depuis quelques jours le nombre de nouveaux cas positifs poursuit sa très légère remontée, un peu au-dessus de 50 000 cas par jour. Observons-nous les prémices d’un rebond épidémique ?

Antoine Flahault : La décrue épidémique qui a eu une pente très favorable en Europe de l’ouest depuis la fin janvier est stoppée nette au Royaume-Uni depuis le 21 février et en France depuis ces derniers jours. On observe la même dynamique en Allemagne, en Autriche et en Italie. Aux Pays-Bas, en Suisse, et en Finlande le rebond est même encore plus avéré, puisque depuis la fin février on y observe un taux de reproduction qui dépasse 1,10, signant la reprise d’une croissance exponentielle assez rapide de la courbe de contaminations. Il est difficile cependant de présumer si ce rebond sera général sur le sous-continent et s’il est annonciateur d’une nouvelle vague pandémique ou seulement d’une prolongation de quelques jours ou semaines de la vague actuelle liée au variant Omicron. Pour que l’on assiste à une nouvelle vague pandémique, il faudrait qu’elle soit liée à l’émergence d’un sous-variant qui échapperait à l’immunité acquise par la population, au moins en termes de transmission du virus. Les données rapportées indiquent que le sous-variant BA.2 d’Omicron, plus transmissible que son cousin BA.1 (responsable du pic de janvier en France), tenterait désormais de dominer le paysage épidémiologique en Europe de l’ouest. C’est le scénario qui s’est produit au Danemark ces dernières semaines sans qu’il n’ait entraîné de nouvelle vague mais plutôt une prolongation de leur cinquième vague. Le pic de contaminations au sous-variant BA.2 a été atteint à la fin janvier au Danemark qui n’observe pas de nouveau rebond depuis. Le Danemark avait prévu, en l’absence de BA.2 que son pic aurait dû être atteint le 15 janvier. Si la dynamique européenne suivait celle du Danemark, on pourrait donc s’attendre à un rebond atteignant son maximum dans une quinzaine de jours en France. La mortalité COVID atteint cependant un niveau préoccupant au Danemark puisqu’elle n’a jamais été aussi élevée depuis le début de la pandémie et continue encore de croître, plus d’un mois après le pic de contaminations. Le Danemark a actuellement une mortalité rapportée par habitant plus de trois fois plus élevée que celle de la France (qui enregistre encore près de 150 décès par jour).

Aurions-nous, dans ce contexte, tout intérêt à continuer de porter les masques en intérieur dans les lieux collectifs même si l’obligation n’est plus en vigueur ? Et plus largement à maintenir à titre individuel les gestes barrières ?

Le ministre français de la santé avait déclaré il y a quelques semaines que la levée des mesures reposerait sur des indicateurs sanitaires qu’il avait détaillés. Il semble que les tenants du calendrier l’ait emporté au gouvernement ! C’est dommage, car le virus n’obéit évidemment pas à des dates mais bien à une dynamique de transmission qui n’est pas en passe de se rapprocher le 14 mars prochain des seuils indiqués par Olivier Véran. Le ministre avait mentionné un seuil de 1500 hospitalisations en soins critiques, or le 8 mars, le pays en rapportait encore 2000. Il avait aussi proposé un niveau d’incidence inférieur à 300, ce qui reste un assez haut niveau de circulation virale, mais nous prédisons pour le 14 mars une incidence qui sera supérieure à 500 (https://renkulab.shinyapps.io/COVID-19-Epidemic-Forecasting/_w_8ffde725/_w_7543d0d8/_w_e40bc9a8/_w_5ae68ba0/_w_6ed22d08/_w_c0cf4f3a/?tab=jhu_pred&country=France).

Le masque reste l’une des meilleures protections pour réduire le risque de contamination en lieux clos, mal ventilés qui reçoivent du public. Le masque n’a évidemment plus beaucoup d’intérêt si le niveau de circulation du virus dans la communauté est bas, mais lorsqu’il dépasse les 500 cas pour 100 000 habitants sur 7 jours, c’est-à-dire les 50 000 cas quotidiens, dont il faut souligner que ce ne sont que les cas détectés alors que l’on teste beaucoup moins qu’au mois de janvier dernier, on peut se dire qu’il ne sera pas très prudent pour les personnes à risque de se promener dans ces lieux clos en France. Certes le port d’un masque FFP2 permet de protéger la personne mais cette protection est beaucoup plus efficace si les autres portent aussi le masque. On peut comprendre que tout le monde en ait un peu assez de ces masques, mais dans la période actuelle, il me semble encore prématuré de baisser le masque. Le masque nous protège et protège les autres, notamment les plus vulnérables d’entre nous et ceux qui sont en contact avec eux. 


Au vu de notre expérience avec Omicron et le variant BA.2 peut-on envisager de vivre avec le virus sans risquer une submersion hospitalière ? Dans cette optique, les précautions individuelles sont-elles d’autant plus importantes ?

Le sous-variant BA.2 d’Omicron n’a rien d’un virus inoffensif. Au contraire il fait actuellement des ravages à Hong-Kong, où s’entassent les brancards des malades aux urgences et où les morgues sont saturées. Jamais la mortalité n’avait été aussi haute dans ce territoire très développé mais aussi très densément peuplé de Chine. Il se trouve qu’une fraction importante de la population âgée n’est pas vaccinée à Hong-Kong et peut-être les vaccins chinois sont-ils aussi moins performants que les vaccins occidentaux. La menace que fait peser le sous-variant BA.2 sur la population de Chine continentale est considérable aujourd’hui. La Nouvelle-Zélande observe aussi une forte épidémie due au sous-variant BA.2, au cœur de son été, l’incidence devrait franchir les 4000 nouveaux cas pour 100 000 habitants la semaine prochaine. En revanche, la mortalité reste très faible sur l’archipel très bien vacciné par le vaccin à ARN messager de BioNTech/Pfizer. Les données ne sont pas partout complètement homogènes, j’ai évoqué plus haut la surmortalité observée au Danemark, également fortement vacciné par les vaccins occidentaux. La prudence doit donc rester de mise, et moins le virus circulera sur le territoire, plus nous limiterons les risques de submersion hospitalière que vous évoquez. Il n’y a aucune raison de croire que ces risques sont derrière nous et ne se reproduiront plus. Il reste des personnes non vaccinées à risque, à commencer par les enfants, notamment en France où les 5-11 ans sont dangereusement peu couverts par la protection vaccinale. Il y a de nombreuses personnes immunodéprimées ou des personnes âgées souffrant d’immunosénescence (c’est la perte de l’immunité liée à l’âge). Ces personnes, même vaccinées restent à très haut risque de complications graves conduisant à l’hospitalisation.

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