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COVID-19 : la pandémie est à la porte des grands pays pauvres, Brésil ou Inde, tandis que la finance regarde les États-Unis
©EVARISTO SA / AFP

Impact de l'épidémie

COVID-19 : la pandémie est à la porte des grands pays pauvres, Brésil ou Inde, tandis que la finance regarde les États-Unis

Jean-Paul Betbeze évoque l'impact du coronavirus au Brésil, en Inde et aux Etats-Unis et décrypte les répercussions sur les principales valeurs financières.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Bientôt 10 millions de cas et 500 000 morts. La pandémie avance toujours et se déploie sur deux fronts :

  • celui des grands pays pauvres, le Brésil avec 1,3 millions de cas (pour 212 millions d’habitants) et l’Inde avec 510 000 (1 379 millions d’habitants), en attendant le Mexique (210 000 cas, 130 millions d’habitants) et le Pakistan (199 000 cas, 221 millions d’habitants),
  • celui des pays touchés en premier, les pays industrialisés, avec 2,5 millions de cas aux États-Unis, sur 330 millions d’habitants. Les pays industrialisés, États-Unis et zone euro surtout, pensent avoir stabilisé la première vague de la pandémie, la vague directe. Ils pensent, par leurs politiques monétaires et budgétaires, en atténuer les effets et préparer le rebond, tout en surveillant ou fermant leurs frontières. L’Europe le fait pour les États-Unis, mais les ouvrant à la Chine !

Le risque est donc double : humain toujours, économique et financier de plus en plus, les deux se renforçant. Il vient avec la question suivante : en cas de propagation continue et, pire, de deuxième vague dans les pays industrialisés, comment résister à une crise mondiale plus importante encore ? Le FMI est clair dans son rapport de juin : « selon les projections, le PIB mondial devrait se contracter de 4,9% en 2020, c’est-à-dire de 1,9 points de pourcentage de plus que ce qui était prévu dans les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) d’avril 2020 » et toutes les grandes régions du monde sont, ensemble, en récession. C’est ce qui inquiète un autre rapport du FMI de juin, sur la stabilité financière. Certes, «les prix des actifs à risque ont rebondi après leur chute précipitée de ce début d’année, tandis que les taux d’intérêt de référence ont baissé… grâce aux mesures rapides et audacieuses que les banques centrales ont prises… (mais) un décalage apparaît entre les marchés financiers et l’évolution de l'économie réelle ».

1 – Regarder les deux types de vagues : pays pauvres et pays industrialisés

L’Amérique Latine paraît la plus atteinte, si on prend en compte les nombres de cas, annonciateurs de décès plus importants encore, ce qui ne pourra avoir que des effets négatifs sur la croissance, l’emploi et la stabilité financière de ces pays. Plus menaçant est le cas de l’Inde, pays pauvre immensément peuplé, où les chiffres montrent toujours une accélération de la maladie, avec plus de 18 000 cas (officiels) par jour.

A côté viennent les pays industrialisés qui développent le plus de moyens possible, pour arrêter la chute (c’est fait) et plus encore alimenter la reprise chez eux. Les budgets et les banques centrales y sont, ensemble, à la manœuvre, avec des creusements des déficits d’un côté et, de l’autre, une remontée sans grande limite des achats de bons du trésor, plus des obligations d’entreprises de plus en plus risquées, en attendant les actions ! Le modèle japonais est-il ce qui nous attend ?


2 – Le Nasdaq, gagnant boursier d’une économie post COVID-19

Les « gagnants » et les « perdants » de la bourse demeurent. Les gagnants sont les GAFAM, au NASDAQ. Les perdants sont les entreprises plus classiques, dans la distribution, les industries, les banques et le pétrole, qu’on retrouvera au Cac 40. La refonte du capitalisme mondial se voit ainsi en vraie grandeur, sachant que le Nikkei et l’indice de Shanghai bénéficient des aides, soutiens, appuis, voire achats de leurs propres banques centrales, pour des raisons économiques et politiques (Chine).

3 – Les Banques Centrales, encore et toujours dans les pays industrialisés, le FMI pour les autres

Evidemment les Banques Centrales sont toujours là, surtout pour les pays industrialisés. Merci BCE doit dire l’économie française, avec un taux d’emprunt réel moyen négatif, alors qu’elle emprunte de plus en plus. Et ce n’est pas fini, puisque la FED (la Banque Centrale Américaine), même si elle achète de plus en plus de bons du trésor, faisant ainsi baisser les rendements nominaux, est à sa limite, compte-tenu de son déficit. En fait, le plus vraisemblable, est qu’elle cherche à obtenir un tel résultat : un quantitive easing important certes, mais pas au point de faire passer en territoire négatif la rémunération réelle de ses achats de bons du trésor. Ceci enverrait un signal par trop noir. Evidemment aussi, dans le cas italien, la BCE fait tout ce qu’elle peut, avec l’aide à venir de l’Union Européenne et du programme qu’elle amène. Mais l’Italie a une croissance négative et un rendement réel de sa dette de 1,5%, ce qui ne peut que détériorer encore sa situation.

Bref, la pandémie pèse sur la croissance et l’inflation dans les pays industrialisés. Les Banques Centrales et les budgets évitent des chutes profondes d’activité, mais ne permettent pas de miracle. La faiblesse italienne est manifeste, la crainte d’une rechute est partout, surtout aux Etats-Unis où elle semble avoir commencé.

4 – L’or, encore

Pas de surprise donc si l’or seul avance, valeur refuge en cas de nouvelle vague de la pandémie, tandis que les prix des matières premières sont tous à la baisse. Outre le signe déflationniste qu’ils envoient, c’est celui accrue de la crise des pays émergents. Ils sont largement tributaires des exportations de matières premières, plus de la chute des réceptions d’épargne des travailleurs expatriés dans les pays avancés.

5 – Le dollar toujours, mais l’inquiétude est là, avec le franc suisse (comme avec l’or)

Le dollar est toujours fort. Le franc suisse est toujours l’abri préféré, même si la Banque Centrale Suisse essaie toujours de freiner sa progression par rapport au dollar. La livre sterling souffre de la chute de l’activité, addition de la pandémie qui la frappe et du Brexit qui pourrait très mal finir. Le récent message inquiétant d’Angela Merkel en ce sens, disant que tout repose désormais sur le Royaume-Uni, n’est pas innocent. Dans les pays émergents, la double peine devient triple : récession plus pandémie font chuter les changes. C’est le cas pour le real brésilien qui a perdu presque le tiers de sa valeur depuis janvier et désormais pour la roupie indienne (-6,7%). C’est elle qu’il faudra suivre.

La pandémie s’étend et s’aggrave au plan sanitaire. Elle touche les grands pays pauvres, tandis que la situation américaine est loin de s’améliorer. Le FMI avertit, plus nettement que de coutume.

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