Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Santé
Un membre du personnel médical soigne un patient infecté par la Covid-19 dans l'unité de soins intensifs Covid-19 de l'hôpital Georges Pompidou, à Paris, le 6 avril 2021.
Un membre du personnel médical soigne un patient infecté par la Covid-19 dans l'unité de soins intensifs Covid-19 de l'hôpital Georges Pompidou, à Paris, le 6 avril 2021.
©Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Leçons de la pandémie

Covid-19 : mais pourquoi ne tirons-nous pas les conclusions de ce que nous savons désormais de la contamination par aérosols ? 

L’OMS vient de confirmer dans l’indifférence générale que la contamination par le virus du Sars-Cov-2 ne se fait pas selon les critères retenus par les politiques sanitaires depuis le début de la pandémie. Malgré l’accumulation de données, les différentes autorités scientifiques et politiques ont été très lentes à se rendre à la réalité.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

Voir la bio »

Atlantico : Près d’un an après que l’OMS ait déclaré que le monde entier était sous la menace d’une pandémie, notre connaissance de sa transmission a évoluée. L’institution a d’ailleurs révisé sa page sur la question : Comment se transmet le virus ? L’OMS met désormais en avant le rôle des gouttelettes respiratoires. De même, sur le site des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), la phrase « Les données disponibles indiquent qu’il est beaucoup plus courant que le virus se propage par contact étroit avec une personne atteinte du Covid-19 que par transmission aérienne » a récemment disparu. Pour quelle raison les gouttelettes respiratoires sont-elles le vecteur principal de propagation du virus ? Depuis quand les scientifiques le savent-ils ? 

Antoine Flahault : Il est difficile et parfois long de bien comprendre les mécanismes de transmission d’un agent infectieux. On peut réaliser des expériences de contamination, à l’aide de modèles animaux, mais elles ne sont pas toujours transposables à l’homme. Par exemple, on a fait évoluer des hamsters dans des cages où des surfaces étaient contaminées par le coronavirus et les hamsters se sont contaminés, donc les chercheurs en ont conclu que les surfaces étaient contaminantes. Certes, mais les hamsters reniflent avec leur truffe ces surfaces à l’intérieur des cages et ce qui n’est pas exactement la façon dont nous utilisons nos smartphones par exemple… Lorsque ces mêmes hamsters ont été mis dans des cages séparées en fonction de leur statut infectieux, sans aucun contact direct entre eux, les hamsters bien portants ont été contaminés par les malades, apportant la preuve d’une contamination possible par voie aérosol. Ensuite les faits ont progressivement plaidé pour affirmer que la voie aérosol était une voie majeure de transmission. Ainsi, on ne peut pas expliquer autrement que par une contamination par voie aérosol les chaînes de super-contaminations se propageant au cours d’une chorale à partir d’une personne contaminée, lorsque les autres choristes ne se sont pas rencontrés autrement que lors de leurs exercices de chant. De la même façon des contaminations dans un bus concernant des personnes placées à des sièges distants ont pu être expliquées par la seule voie aérosol. Idem dans des restaurants, ou la ventilation a même permis de reconstituer le trajet des aérosols dans la pièce et d’expliquer la chaîne de propagation. On a évoqué assez tôt depuis le début de la pandémie la voie aérosol de contamination du coronarivus. Tout d’abord, elle était reconnue pour d’autres coronavirus, celui du SRAS en 2003 notamment, qui avait aussi entraîné des événements de super-propagation durant lesquels la voie aérosol avait été fortement soupçonnée. Le 26 janvier 2020, j’ai tweeté une courte vidéo transmise par un collègue de Wuhan qui expliquait à ses compatriotes qui étaient à court de masques, comment en fabriquer soi-même, avec un mètre de papier toilette et deux élastiques. Nous savions que nous allions manquer de masques de protection et nous étions plusieurs à penser qu’il pourrait être utile de savoir fabriquer des masques de fortune, car contre le coronavirus du SRAS plusieurs travaux avaient montré que les personnels soignants qui avaient porté un masque de protection avaient été beaucoup moins souvent atteints que ceux qui ne s’étaient pas protégés. Or le masque protège essentiellement des contaminations par voie aérosol. A ce propos, une remarque importante : ce n’est pas le virus qui s’aérosolise dans le cas du coronavirus. Le virus est contenu dans les postillons qui sortent de nos voies respiratoires supérieures, et ce sont ces postillons lorsqu’ils font moins de cent microns que l’on appelle aérosols, parce qu’ils peuvent flotter dans l’air durant plusieurs minutes, voire plusieurs heures si la pièce est mal ventilée. Les plus gros postillons (plus de cent microns) retombent rapidement, par la gravité, vers le sol dans un rayon de 1 mètre à 1,5 mètre de la source émettrice.

Pourquoi n’a-t-on pas voulu voir pendant aussi longtemps que la transmission se faisait principalement par aérosol ? Quelles ont été les conséquences dans notre réaction face au virus ? 

Le monde des experts est constitué de communautés aux cultures scientifiques différentes qui influencent les décideurs politiques. Un bon nombre de médecins hygiénistes hospitaliers faisait partie des tout premiers groupes d’experts et leur culture est celle du monde des bactéries qui à l’hôpital se propagent souvent de façon redoutable sur les surfaces, notamment les instruments de chirurgie ou les endoscopes. Ces experts-là ont en quelque sorte un peu confondu le staphylocoque doré avec le coronavirus dont ils n’étaient probablement pas très familiers. Les experts en aérosols quant à eux sonnaient de la trompette depuis un certain temps, mais n’ont pas été écoutés ni par l’OMS ni par les agences de sécurité sanitaire, au début. L’histoire se répète un peu malheureusement car pour la tuberculose, on a aussi longtemps cru que le bacille de Koch se propageait par les surfaces ou par voie directe jusqu’à ce que l’on réalise qu’il se transmettait quasi-exclusivement par voie aérosol. On est en train de tirer à peu près les mêmes conclusions avec ce coronavirus. Rappelez-vous au début, parce que l’on retrouvait du virus dans la salive, on craignait que le virus du Sida (le VIH), puisse se transmettre par le baiser, jusqu’à ce que l’on se rende compte que ce n’était pas le cas. De même, ce n’est pas parce que l’on retrouve du coronavirus vivant sur des surfaces de notre environnement que l’on se contamine aisément de cette façon. Pour se contaminer avec le SARS-CoV-2 il faut une charge virale suffisamment forte que l’on ne retrouve pas le plus souvent sur la surface contaminée d’une poignée de porte ou d’un clavier d’ordinateur. De même, la contamination par voie directe suppose que vous vous trouvez bien en face de quelqu’un de contaminé qui vous postillonne en pleine figure – sans masque de part et d’autre et à très faible distance - et qu’il atteigne avec ses postillons suffisamment infectés des cibles très étroites que sont vos conjonctives oculaires, vos narines ou votre bouche (ouverte). Ce sont des circonstances rares dans la vie courante, même si elles ne sont pas en théorie totalement exclues.

À Lire Aussi

Coronavirus : ce que l’on sait sur l’efficacité du port du masque… et ce que l’on ne sait pas

Les dernières campagnes de prévention du virus font toujours la promotion d’un bon lavage des mains ou du port de masque mais peu de l’importance de l’aération comme la nécessité d’une bonne ouverture des fenêtres. Maintenant que l'aérosolisation est officiellement reconnue par les plus grandes instances internationales, devrions-nous changer nos méthodes ou adapter les modalités du déconfinement ? Les politiques publiques sont-elles assez réactives face aux découvertes de la science ?  

La promotion du lavage des mains est une bonne pratique d’hygiène de base et nous l’avions peut-être un peu trop négligée ces dernières décennies, donc personne ne se plaindra de les avoir remises au goût du jour à l’occasion de cette pandémie. Elle n’aura peut-être pas pu éviter beaucoup de cas de Covid-19, mais au moins elle aura permis de ne pas voir un bon nombre de pathologies transmises par voie manuportée, notamment les gastro-entérites qui ont quasiment disparu depuis deux hivers.

Le port du masque, outre son utilité pour contrer la voie directe que j’évoquais tout à l’heure lorsque la distance physique n’était pas assurée, est hautement recommandé en lieux clos, quelle que soit la distance physique, pour réduire le risque de transmission par les particules fines que représentent les microgouttelettes de notre respiration, parole ou chant et aussi les plus grosses gouttelettes de postillons qui évitent ainsi d’atteindre des cibles humaines.

Mais le port du masque n’est pas suffisant pour réduire suffisamment le risque de transmission par voie aérosol si l’on doit rester longtemps dans une pièce mal ventilée. Car dans une telle pièce, un nuage d’aérosols contaminés peut subsister plusieurs heures augmentant les risques de contamination. En plus du port du masque il faut ajouter plusieurs mesures de prévention très importantes qui toutes s’additionnent pour réduire le risque. Il faut tout d’abord ventiler, c’est-à-dire aérer la pièce de façon efficace. Cela peut se faire en ouvrant les fenêtres ou en disposant d’une ventilation mécanique contrôlée efficace. Comme il est très difficile d’évaluer, en entrant dans une pièce, si la ventilation est  efficace, le mieux est d’équiper les endroits clos de capteurs de CO2 qui mesurent la qualité de l’aération d’une pièce. Lorsque la concentration de CO2 est inférieure à 800 ppm, le capteur (souvent muni d’une diode tricolore) est au vert, cela signifie que la salle est correctement ventilée. Si le capteur vire à l’orange, il faut aérer la pièce, ouvrir grand les fenêtres, et s’il passe au rouge (plus de 1000 ppm) il faut évacuer – calmement et sans urgence - la pièce et n’y revenir que lorsqu’il est à nouveau passé au vert. Si un local ne peut pas être suffisamment aéré (parce que les fenêtres ne s’ouvrent pas ou que la ventilation mécanique n’est pas assez puissante) on peut alors installer des purificateurs d’air qui filtrent (avec des filtres normalisés HEPA) les particules fines et donc les microgouttelettes éventuellement contaminées par le coronavirus.

À Lire Aussi

Voilà comment savoir si le système de ventilation d'un immeuble est de taille à affronter une pandémie (et voilà ce qu'il faut faire pour y parvenir)

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !