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©DENIS CHARLET / AFP

Effet des mesures

Covid-19 : cet élément largement zappé des stratégies officielles et qui contribue pourtant puissamment à l’efficacité (ou non) des mesures de restriction sanitaire

Selon une étude de l'Université John Hopkins, il existe deux sortes de distanciation sociale : une obligatoire et une autre volontaire.

Alessandro Rebucci

Alessandro Rebucci

Alessandro Rebucci est professeur associé à la Johns Hopkins Carey Business School, CEPR et NBER. 

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Atlantico : Dans votre travail vous avez étudié la différence entre une distanciation sociale obligatoire et une autre qui est volontaire. Comment les décririez-vous ? Quel est leur rôle dans la transmission du virus COVID-19 ? 

Alessandro Rebucci : Par distanciation sociale obligatoire, nous entendons les restrictions sur les rassemblements et les interactions imposées par la réglementation gouvernementale. Par distanciation sociale volontaire, nous entendons le choix de l'individu d'éviter les rassemblements, les interactions et les contacts. Les deux formes de distanciation sociale réduisent les contacts et les interactions. Elles peuvent donc affecter la transmission du virus de la même manière. Cependant, comme nous le montrons dans notre travail, les individus doivent avoir une perception claire du risque et du coût de l'infection avant de commencer à s'isoler volontairement. C'est pourquoi la distanciation sociale obligatoire est si importante au début de l'épidémie, lorsque les cas et les décès n'ont pas encore effrayé la population.   

Atlantico : Vous soulignez le fait qu'il existe une différence significative entre les deux méthodes. Quelles sont-elles ? 

Alessandro Rebucci : La distanciation sociale obligatoire exige des individus qu'ils se conforment à de fortes sanctions en cas de non-conformité et à leur capacité de gérer les restrictions imposées. Cependant, elle peut être mise en œuvre rapidement sur la base de données et d'informations sur la biologie du virus. La distanciation sociale volontaire est spontanée, elle ne nécessite pas de contrôle ni de supervision. Mais elle peut ne se produire que lorsqu'il est trop tard, lorsque l'épidémie est si répandue et si grave que le système de santé perd sa capacité à la gérer. 

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Atlantico :  En France, les citoyens disposent d'un certificat pour voyager pendant les périodes de confinement. Vos travaux nous permettent-ils de conclure que ces méthodes n'ont pas été efficaces pour lutter contre la pandémie ?

Alessandro Rebucci : Notre travail n'entre pas dans les détails des politiques mises en œuvre dans des pays spécifiques. Ce que nous documentons et constatons, c'est qu'aucun pays n'a réussi à contenir et à éradiquer le COVID-19 sans distanciation sociale obligatoire. Cependant, nous montrons également que les incitations à se conformer aux mesures de distanciation adoptées ont également joué un rôle important dans la détermination des résultats finaux, ainsi que la prise de conscience par les gens que l'auto-isolement et l'utilisation d'équipements de protection tels que les masques étaient un mal nécessaire pour éviter le risque de contagion. 

Atlantico : Plus largement, vos conclusions signifient-elles que le confinement aurait pu être évité pour obtenir les mêmes résultats ?

Alessandro Rebucci : Malheureusement non. Les confinements sont un mal nécessaire, surtout au début de l'épidémie pour tenter d'éviter une contagion massive, un grand nombre de décès et l'engorgement du système de santé, comme cela s'est produit dans de nombreux pays depuis environ un an. 

Atlantico : Votre étude devrait-elle inciter les responsables politiques à faire davantage confiance à leurs citoyens pour qu'ils se comportent bien plutôt que de se laisser menacer par des sanctions collectives ? Les incitations sont-elles une meilleure motivation ?

Alessandro Rebucci : Ce n'est pas une question de confiance. Les individus ont besoin d'informations précises et fiables sur l'épidémie et de la capacité d'évaluer les risques avec précision. Il est bien connu que nous ne sommes pas câblés de cette façon. Les gouvernements peuvent toutefois influencer les comportements volontaires par des campagnes d'information sur les risques liés au fait de ne pas prendre de distance, de ne pas porter de masque et de ne pas se conformer aux directives du COVID-19. Bien sûr, des mesures d'incitation à la conformité seront très utiles, comme cela a été le cas. Le problème ici semble être que personne n'avait prévu une guerre avec le COVID- de deux ou trois ans. Les politiques gouvernementales sont donc constamment en train de rattraper le virus et sont toujours en retard sur la courbe.  

 

 

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