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Les mouvements régionalistes ont rarement eu un tel niveau électoral en France : 11% en Alsace (diluée dans la nouvelle région Nord-est) et presque 7% en Bretagne.
Les mouvements régionalistes ont rarement eu un tel niveau électoral en France : 11% en Alsace (diluée dans la nouvelle région Nord-est) et presque 7% en Bretagne.
©PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Régionalistes et indépendantistes unis

Corse, l’autonomiste Simeoni aux commandes : un vote porté par le fait régionaliste tout autant que par le rejet de la classe politique traditionnelle

Le maire de Bastia a été choisi pour présider le conseil exécutif. Son allié, l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, a pour sa part été élu président de l’Assemblée de Corse. Un tandem issu de la mouvance autonomiste s’installe donc aux commandes de la collectivité.

Vincent  Laborderie

Vincent Laborderie

Vincent Laborderie est chercheur à l'Université Catholique de Louvain, ses recherches sont particulièrement concentrées sur les conditions de reconnaissance d'un État, les processus menant à l'indépendance et l'évolution du fédéralisme belge. 

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Atlantico : En Corse, les indépendantistes ont eu des mots très durs au cours de la première assemblée suivant les régionales ? En quoi cette "violence nationaliste et indépendantiste" et le vote qui a amené les électeurs à voter pour ces indépendantistes s'explique par l'histoire corse? 

Vincent LaborderiePrécisons d'abord que la liste arrivée en tête au second tour des élections régionales résulte de la fusion de deux listes du premier tour dont la plus importante, dirigée par Gilles Siméoni, est régionaliste et non indépendantiste. Leur objectif affiché n'est pas l'indépendance de la Corse mais une plus grande autonomie.

Concernant ce vote, il faut mentionner que la Corse a toujours eu une identité particulière par rapport au reste de la France. Ce n'est pas tant lié à son histoire qu'à sa géographie avec deux éléments fondamentaux. D'abord l'insularité qui fait qu'elle est physiquement séparée de la France. L'activité économique est forcément impactée par cette situation. Ensuite le relief montagneux qui a forgé une société morcelée où la famille, le clan et le village ont un rôle fondamental. Ceci fait que nous ne sommes pas dans l'idéologie de l'individualisme républicain. Pour en revenir à l'histoire, la Corse a intégré la France relativement tard (fin XVIIIème siècle). Mais d'autres régions de France sont entrées plus tardivement encore (Savoie, Nice) sans qu'il y ai de mouvement nationaliste comparable.

Concernant l'explication du vote régionaliste, il faut aussi le voir comme un rejet de la classe politique traditionnelle Corse qui fonctionne sur un mode clientéliste, clanique avec une transmission des fiefs et mandats politiques de père en fils. Au-delà d'un vote simplement protestataire, il y a aussi l'espoir que les nationalistes agissent dans l'intérêt de l'ensemble des Corses.

Ces indépendantistes vont-ils jouer une stratégie plus politique, à la catalane, qu'une logique d'opposition qu'armée ?

La lutte armée n'est plus vraiment de mise en Corse. Si elle existe encore, c'est le fait de groupes isolés qui ne représentent rien politiquement. L'objectif des nationalistes est d'obtenir davantage d'autonomie. Si le gouvernement français refuse ces demandes - qui apparaitront tôt ou tard - on risque effectivement de se retrouver dans une situation poche de celle de la Catalogne où l'on assiste à une fuite en avant vers l'indépendantisme.

En quoi, les régionalismes ont augmenté en France lors des régionales ? Dans quelles régions cette hausse a été forte et comment expliquer ces scores ?

Les mouvements régionalistes ont rarement eu un tel niveau électoral en France : 11% en Alsace (diluée dans la nouvelle région Nord-est) et presque 7% en Bretagne. En Midi-Pyrénée-Languedic-Roussignon, leur poids exact est plus difficile à mesurer car la liste de M. Onesta intégrait également écologistes et Front de Gauche. Enfin n'oublions pas l'outre-mer : en Martinique la liste régionaliste est, comme en Corse, arrivée en tête au second tour et dirigera la région.

Concernant les explications possibles, laissons de côté la Martinique qui connait un contexte très spécifique. Pour la France métropolitaine, on peut avancer qu'il s'agit en partie d'un vote de défiance par rapport aux partis traditionnels qui sont manifestement en crise de légitimité. Certains électeurs seront tentés de voter pour le Front National, d'autres pour des partis régionaliste. Dans le cas de l'Alsace il est aussi probable que le bon score soit le résultat d'un mécontentement ou d'une crainte pas rapport à la fusion avec deux autres régions. On craint de perdre ce qui fait la spécificité de l'Alsace, en particulier la langue et certains statuts particuliers (concordat, sécurité sociale).

En quoi l'évolution progressive des mouvements indépendantistes en mouvements régionalistes est-elle favorable finalement à de meilleurs résultats aux élections ? 

A part dans quelques régions spécifiques d'Europe, la grande majorité des électeurs ne veulent pas l'indépendance. Celle-ci effraie car il s'agit tout de même d'un saut dans l'inconnu. Le régionalisme consiste à privilégier la région par rapport au reste du pays et à demander davantage de compétences exercées au niveau local. Dans un État français en crise et taxé d'inefficacité, l'idée que les choses seraient mieux gérées au niveau local est séduisante. 

Peut-on parler d'un mouvement de fond européen tendant à un renforcement électoral important des mouvements régionalistes ? Les raisons sont-elles communes ?
En effet, les mouvements et partis régionalistes ont le vent en poupe en Europe. Cela va bien au-delà des quelques cas dont les médias parlent souvent - Écosse, Flandre, Catalogne - qui sont d'ailleurs dans une logique indépendantiste. 
Les raisons sont toutes différentes et les contextes locaux et nationaux jouent énormément. Mais on peut tout de même dégager quelques constantes. D'abord le mouvement doit s'appuyer sur une certaine spécificité culturelle et/ou linguistique. Ensuite, il y a deux types de circonstances qui font progresser le vote régionaliste. Le premier, c'est une région plus riche que le reste du pays et qui ne veut plus payer ou, plus souvent, estime que l'argent est mal utilisé par l’État central. Le second, c'est une orientation politique structurellement différente entre la région et l’État auquel elle appartient. C'est par exemple le cas de l'Alsace qui vote toujours plus à droite que le reste de la France. Concernant la Corse, il s'agit de problématiques de politiques publiques fondamentalement différentes du fait de l'insularité et de la ruralité. Plus ces facteurs se combinent et plus le vote régionaliste peut se développer.

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