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Corse : à quoi joue le nationaliste Jean-Guy Talamoni ?
©PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Jeu dangereux

Corse : à quoi joue le nationaliste Jean-Guy Talamoni ?

Prétexte d’un match de football entre Bastia et Reims, des incidents sévères ont éclaté dans la capitale champenoise et en Corse. D'autres sont à redouter. Le nouveau président de l’Assemblée de l’île, Jean-Guy Talamoni, ne fait rien pour apaiser le climat. Les forces de l’ordre, lors des manifestations du dimanche 14 février, à Bastia, n’ont interpellé personne. Le gouvernement ferait bien de se méfier.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Ca va très mal en Corse. Depuis le début de l’année, les incidents succèdent aux incidents. Tantôt, c’est un racisme anti-arabe qui se manifeste, tantôt c’est le feu à cause d’un match de football. Oui, depuis le début de l’année, la Corse est en ébullition : témoin, la Gendarmerie de Corte qui a été attaquée dans la soirée de lundi 15 février…Quant aux pouvoirs publics, ils semblent sinon impuissants, tout du moins un tantinet passifs. Comme si au niveau de Matignon ou de la place Beauvau, on avait suffisamment à faire avec les agriculteurs bretons, la jungle de Calais ou l’affaire de l’aéroport de Notre-Dame des Landes… En tout cas, les faits sont là, têtus : aucune interpellation n’a eu lieu dimanche lors des graves incidents qui ont secoué la ville de Bastia.

Certes, la vie d’un préfet en Corse est sans doute moins douillette qu’en Lozère ou en Corrèze... Mais pourquoi, lui, le responsable de l’ordre public n’a-t-il procédé à aucune interpellation ce dimanche soir 14 février ? Alors que son  collègue de la Marne a fait procéder à neuf interpellationsaprès les incidents qui ont éclaté lors du match Bastia-Reims, gagné 1 à 0 par les Corses. (7 personnes seront poursuivies.) Pourquoi encore, le président de l’Assemblée de Corse, le nationaliste Jean-Guy Talamoni a-t-il joué les provocateurs lors de la soirée très agitée à Reims le samedi soir, en faisant croire que  certains membres forces de l’ordre locales - les BAC de la capitale champenoise auraient tenu des propos peu amènes à son égard ?

En lui reprochant par exemple d’avoir  fait son discours en langue corse lors de son investiture à la tête de l’assemblée régionale… Rien, ne semble plus faux. Et pour cause : un témoin, policier, nous a affirmé que pas un d’entre eux ne connaissait le nom de Talamoni. De même, sur la perte de l’œil d’un jeune supporter de Bastia dû à un tir de flashball d’un policier, là aussi, on semble en pleine manpulation. Il semble qu’en réalité, le dit jeune homme, coursé par la police, soit tombé sur les rails d’un tramway. C’est, ce qu’a affirmé lundi matin 15 février, Fabrice Bélargent le procureur de Reims qui a ouvert une information judiciaire, confiée à un juge d’instruction sur ces émeutes de samedi. Donc, au saura très vite la vérité sur ce drame…

Retour surces 48 heures qui, une nouvelle fois, ont ébranlé l’ile de Beauté et où l’avocat Jean-Guy Talamoni, toujours aussi bouillant, ne semble pas voir fait grand'chose pour apaiser les esprits.

Samedi 13 février en début de soirée à Reims. Le match Bastia –Reims va commencer dans mois d’une heure. Le préfet de la Marne, sait que la rencontre est à hauts risques. Aussi a-t-il mobilisé  les forces de l’ordre pour juguler tout débordement. Bien vu. Très vite, une vingtaine de supporters de club corse s’en prennent à la police en lançant des engins incendiaires. Avec en prime des slogans qui rappellent de tristes évènements. C’est ainsi qu’on entend des insultes proférées à l’égard du préfet Claude Erignac assassiné le 6 février 1998 à Ajaccio : «  Le préfet, on l’a buté ; il y en aura d’autres. On va vous niquer batards de Français ! Au Bataclan, les Kouachi vous ont niqués, gros enc.. de flics » Tels sont les propos qu’a entendus un commandant de police cité par le procureur de Reims. Après le match, les supporters bastiais sont remontés dans le bus, tandis qu’une dizaine d’irréductibles s’en prenaient une nouvelle fois aux forces de l’ordre  en lançant des fumigènes. Les affrontements se sont poursuivis dans le centre- ville, où un manifestant de 22 ans, qui dégradait un véhicule de police,  poursuivi par  un groupe de la BAC est lourdement tombé sur un des poteaux situé le long de la ligne de tramway. Il s’est blessé gravement à l’œil.Immédiatement, la rumeur se répand. Il a été victime d’un tir de flash ball. « Attendons l’expertise, a dit le procureur de Reims. »

Avec le retour des Bastiais, l’atmosphère se détend à Reims. Mais c’est pour exploser à nouveau à Bastia le lendemain dimanche 14 février. Dès 20 heures, des cocktails sont lancés dans une station-service tandis que des manifestants, en guise de soutien aux sept supporteurs poursuivis à Reims- ils vont être jugés  en comparution immédiate - s’en prennent au commissariat de police de Bastia. Des étudiants de Corte soutiennent également les supporters du club de foot. Ambiance surchauffée.

D’autant que Jean-Guy Talamoni dénonce un racisme anti -corse qui a, une nouvelle fois, resurgi lors des événements de Reims, samedi 13 février : « Plusieurs de nos jeunes ont été victimes à Reims de violences déterminées de la part des forces dites de l’ordre. D’après les éléments portés à notre connaissance, l’un d’entre eux devrait conserver de graves séquelles de l’agression dont il a été victime. Ces violences ont été accompagnées de propos peu équivoques sur leur caractère raciste » De son côté, Gilles Siméoni, président de l’exécutif  de la collectivité territoriale de Corse, dont les relations se seraient refroidies avec Talamoni, a jugé les évènements de Reims « suffisamment graves pour qu’une enquête impartiale » soit ouverte. Certains optimistes pensaient que la situation allait enfin s’apaiser en Corse. Eh bien non. Déjà, en octobre dernier, une quarantaine de personnes, après un match perdu contre le PSG avaient incendié deux agences bancaires à Furiani (Haute-Corse). Lundi soir, la gendarmerie de Corte a été prise d’assaut. Mais là, à l’inverse des incidents de la veille à Bastia, un manifestant a été interpellé. Ce n’est sans doute pas un étudiant : il est âgé de 74 ans…

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