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Corée du Nord, Iran et Cie : petites leçons pour vivre et prospérer quand vous êtes un pilier de l’"axe du mal"
©Reuters

Survie en milieu hostile

Corée du Nord, Iran et Cie : petites leçons pour vivre et prospérer quand vous êtes un pilier de l’"axe du mal"

Après la Guerre Froide, la Corée du Nord a survécu parce que bien qu'étant réconciliée avec l'Occident depuis Nixon, la Chine a tenu à la conserver dans son giron.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan) ou bien encore La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Emmanuel Razavi, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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Atlantico : Comment ce type de régime, qui terrifie de grandes puissances comme les États-Unis, organisent-ils leur survie ? Pourquoi la Corée du Nord tient-elle toujours debout ?

Alexandre Del Valle : La Corée du Nord a longtemps bénéficié de l'appui du camp soviétique. Après la Guerre Froide, la Corée du Nord a survécu parce que bien qu'étant réconciliée avec l'Occident depuis Nixon, la Chine a tenu à la conserver dans son giron. La Corée du Nord bénéficie aussi du fait qu'elle est bien vue, et courtisée par tous ceux qui sont en opposition avec l'Occident, même si ceux-ci ne partagent pas ses valeurs comme la Russie, la Biélorussie, qui régulièrement collaborent avec elle. La Corée du Nord coopère également avec les Etats voyous à commencer par l'Iran : il y a eu plusieurs transferts de technologies dans le domaine de l'armement entre-eux.

Deuxièmement, depuis que son programme nucléaire est soupçonné d'être avancé, l'Occident lui-même a aidé la Corée du Nord, et les Américains ont fait un accord avec eux pour le développement du nucléaire pour le civile. Ces derniers n'ont bien évidemment pas tenu parole.

La Corée du Nord, enfin, aime jouer le rôle du fou : elle aime jouer celui qui s'oppose au fort. Même si vous êtes plus faible en matière nucléaire qu'un tiers comme les Etats-Unis, le simple fait de brandir la menace nucléaire calme les autres. Elle détient aussi des missiles balistiques de longue portée, et menace beaucoup de pays de la planète. Il monnaye donc son pouvoir de nuisance.

La Chine n'a pas intérêt aujourd'hui à délaisser la Corée du Nord, car elle demeure en confrontation, même si ce n'est pas de manière frontale, avec l'Occident. Elle ne veut pas leur déclarer la guerre parce qu'elle n'en a pas les moyens, mais en attendant elle utilise la Corée du Nord comme le chien enragé que l'on peut lâcher à tous moment. La Chine a comme objectif de libérer la mer de Chine, dont Taïwan. Elle considère donc les alliances militaires des Etats-Unis avec les pays riverains comme des alliances ennemies.

D'autres régimes comme l'Iran ont eux-aussi réussis à se maintenir malgré l'opprobre international. Existe-t-il des raisons communes qui expliquent qu'un régime dangereux réussisse à se maintenir ? Quelles sont les stratégies diplomatiques communes ?

Quand on est un régime dictatorial, il est déjà beaucoup plus aisé d'obliger une population à accepter un embargo que dans une démocratie.  A Cuba, en Afrique du Sud ou en Irak, les embargos n'ont pas été efficaces de ce point de vue. Une fois que le dictateur empêche toute libéralisation, il peut justement utiliser l'embargo pour nourrir la paranoïa d'Etat, l'idée que le pays est victime d'une agression extérieure. Et le peuple a tendance à suivre. Si le régime est très fermé, il peut empêcher la communication des personnes et des informations, et croire au discours officiel.

Contrairement à Saddam Hussein ou à Khadafi, la Corée du Nord a eu l'intelligence de ne pas attendre longtemps avant de lancer un programme de développement du nucléaire. On ne peut donc plus se permettre aujourd'hui de les bombarder. Quand les Etats-Unis ont adopté leur doctrine de destruction des Etats-voyous, il était déjà trop tard pour le cas de la Corée du Nord.

Dans cette perspective elle a collaboré avec l'Iran par exemple, pour accélérer l'enrichissement de plutonium.

L'Iran a beau être une dictature théocratique, il y a quand même des élections –certes les candidats sont plus ou moins présélectionnés. L'Iran est beaucoup plus démocratique que  d'autres pays arabes, et aussi démocratique que le Venezuela par exemple. La diaspora iranienne joue un grand rôle : il est impossible au dictateur iranien de faire croire que le reste du monde, c'est l'horreur, et que l'Iran, c'est parfait. En Corée du Nord en revanche, vu le degré d'autarcie du pays, c'est plus réalisable.

Peut-on imaginer qu'un jour, tout comme l'Iran actuellement, la Corée du Nord s'ouvre au monde sur le plan diplomatique et économique ? Quels sont les points communs entre les deux, et quelles sont les différences ?

Le problème de la Corée du Nord ressemble un peu au problème de l'Etat islamique : pour les deux entités, certains acteurs n'ont pas totalement intérêt à les voir disparaître. Ni l'Iran, ni la Turquie, ni l'Arabie saoudite ne veulent détruire complètement Daech car s'il est un ennemi réel, il est aussi un ennemi utile. C'est un peu la même chose avec la Corée du Nord. Le Japon n'a pas intérêt à ce que la Corée du Nord fusionne avec la Corée du Sud, car ils constitueraient un rival. La Russie, la Chine n'ont pas intérêt à ce que la Corée sorte du statu quo, ou tombe sous l'influence occidentale, ce qui accélérerait l'encerclement chinois. Les Américains eux-mêmes utilisent la Corée du Nord comme un prétexte en faveur de leur politique d'encerclement de la Chine, en disant officiellement qu'ils protègent le Japon, Taïwan, et la Corée du Sud. La Corée du Nord a donc peu de chances de se faire démanteler. Il y a un statu quo.

Si la Chine, un jour, souhaite se débarrasser du régime nord-coréen, ils peuvent activer leurs agents infiltrés pour faire abattre le dictateur et prendre le palais. Ce sont les seuls capables de renverser le régime nord-coréen. Je ne vois pas d'autres solutions, à moins qu'il ne s'autodétruise lui-même. L'empire soviétique s'est détruit parce qu'il ne pouvait plus assumer l'entretien des non-russes. La Corée du Nord ne croule pas sous l'entretien des colonies, mais à force de famine, avec des budgets spatiaux que même les grands pays n'ont pas, une armée qui happe les finances, peut-être que la caste au pouvoir ou le peuple lui-même modifient la nature du régime. 

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