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Conseil européen de l’énergie : l’étrange silence allemand sur les objectifs 2030 d’efficacité énergétique
©GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Feuille de route

Conseil européen de l’énergie : l’étrange silence allemand sur les objectifs 2030 d’efficacité énergétique

Les ministres européens de l'Energie se réunissent ce lundi pour finaliser les trois lois qui détermineront la politique énergétique de l'Union européenne jusqu'en 2030. Une seule inconnue : la position allemande.

Grégory Lamotte

Grégory Lamotte

Grégory Lamotte, fondateur de Comwatt, est un expert énergéticien régulièrement auditionné à l'Assemblée nationale sur les questions liées à la transition énergétique et à la décentralisation des moyens de production d’électricité renouvelable. Spécialiste des énergies renouvelables depuis plus de quinze ans, Grégory Lamotte a développé une offre unique basée sur l'autoproduction et l'autoconsommation grâce à l’internet de l’énergie.

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Atlantico : Les ministres européens de l'Energie vont se réunir et devraient adopter la nouvelle directive efficacité énergétique et finaliser les trois lois qui détermineront la politique énergétique et climatique de l'Europe jusqu'en 2030. Après avoir surmonté les difficultés avec la Bulgarie, il ne reste que l'Allemagne qui "n'est toujours pas sortie de sa cachette en matière d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique" a expliqué Roland Joebstl (responsable du Bureau européen de l'environnement). Comment peut-on expliquer cette absence de signe de la part de l'Allemagne selon vous ?

Gregory Lamotte : Aujourd'hui l'Allemagne a arrêté le nucléaire et le prochain grand projet est la sortie du charbon. L'Allemagne a lancé une concertation et les conclusions de ce rapport sont attendus fin 2018 et une date de sortie du charbon sera annoncée. 

Il y a donc de grandes négociations en cours en Allemagne avec des enjeux sur l'emploi. Rien que sur le charbon on peut compter 30 000 emplois dans le pays. Il y a donc des enjeux au niveau des landers allemands. Ces décisions rentrent dans le champ de compétence des lands et la sortie du charbon conditionne de manière immédiate le taux d'énergie renouvelable que les Allemands vont avoir dans les années qui viennent.

L'indépendance des lands en la matière pourra gêner l'Etat central et Angela Merkel car en fonction de la position allemande qui sera connue demain cela risque d'énerver les Lands et vu le contexte de fragilisation actuel qui marque la chancellerie il pourrait y avoir des conséquences sur le plan de la politique intérieure. C'est la première explication, politique, que l'on peut donner.

Cette hésitation reste quand même difficilement compréhensible au vu des progrès considérables réalisés en matière d'énergies renouvelables qu'a fait le pays sur ces 30 dernières années. Les objectifs européens à l'horizon 2030 restent assez facile à atteindre. L'explication politique ne serait peut-être pas suffisante.

L'explication pourrait-elle être également économique ? 

 Même si la part belle est faite aux énergies renouvelables, les engagements de sortie du nucléaire à l'horizon 2022 contraignent l'Allemagne temporairement à se tourner vers le charbon pour ajuster la demande en temps réel en fonction des besoins. Ils ont toujours besoin de ces moyens de production complémentaires car ils n'ont pas mis en place ce système de smartmeter comme en France avec Linky. Comme les Allemands n'ont pas d'intelligence au niveau du compteur ils ont toujours besoin de ces centrales à gaz et à charbon.

Au-delà de cela le contexte mondial de baisse du prix du pétrole. L'industrie automobile allemande est en retard sur les voitures électriques. Ils craignent les taxes sur le pétrole et si l'on met des taxes trop fortes il pourra y avoir aussi des conséquences. Il y a une dépendance au pétrole et aux énergies fossiles qui est réelle.

Prenons simplement l'exemple de l'eau chaude. En Allemagne, celle-ci est produite grâce au gaz au contraire de la France qui compte 15 millions de cumulus électriques. En France entre alimenter les cumulus avec de l'électricité produite grâce au nucléaire ou grâce aux éoliennes, cela ne fait pas une grande différence. Mais en Allemagne si la transition énergétique s'accélère, le coût des travaux pour passer d'un modèle alimenté au gaz au profit d'un modèle électrique, les travaux vont être énormes. Il n'y a donc pas uniquement la question de la production de l'énergie mais aussi de la cohérence du réseau de distribution.

Les Allemands ont mis la charrue avant les bœufs en investissant énormément dans les énergies renouvelables sans penser forcément aux problèmes d'équilibrage et à l'intégration dans le réseau. Il y a peut-être là une carte à jouer pour la France.

Est-ce que les Allemands ont bien intérêt à s'opposer in fine aux objectifs européens en la matière au vu de l'image dégradée de Berlin sur la scène européenne ces derniers mois ?

Ils n'ont pas vraiment le choix. Ils sont partis en premier sur les énergies renouvelables et l'Allemagne est le pays qui a le plus investi en la matière alors un blocage demain de l'Allemagne paraît hautement improbable. Ce serait renier un héritage de 20 ans. Ils sont aujourd'hui coincés dans le planning et soit ils fâchent l'Europe, soit ils fâchent les lands. Réponse dans la journée.

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