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Comment sauver le soldat médecin libéral ?
©LOIC VENANCE / AFP

Bonnes feuilles

Comment sauver le soldat médecin libéral ?

Jean-Paul Hamon et Daniel Rosenweg publient "Qui veut la peau de nos généralistes ? Comment ils tuent la médecine de proximité" aux éditions Albin Michel. La population augmente, vieillit, et le nombre de médecins pour la soigner s'effondre. Nos "élites" dégradent depuis trente ans la qualité de prise en charge du patient. La gestion de la Covid-19 illustre bien leur mépris des généralistes pourtant en première ligne. Extrait 2/2.

Jean-Paul Hamon

Jean-Paul Hamon

Jean-Paul Hamon est président de la Fédération des médecins de France.

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Daniel Rosenweg

Daniel Rosenweg

Daniel Rosenweg est grand reporter, spécialiste de l'économie de la santé, au Parisien-Aujourd'hui en France.

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Il n’y a pas de mots pour décrire ce qui nous attend. Essayons pourtant : une médecine saucissonnée, déshumanisée, sans confiance, sans suivi, sans contact.

Depuis trente ans, les gouvernements successifs savaient la catastrophe sanitaire qui se préparait. Mais, obsédés par l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale, ignorants des réalités du terrain tant ils sont confinés dans leurs ministères tours d’ivoire, ils n’ont rien fait, repassant la patate toujours plus chaude au ministre suivant.

La pandémie historique qui a frappé la France a modifié les mentalités, éclairé toutes les défaillances, les insuffisances de notre système de santé. Elle a permis de constater qu’une collaboration efficace entre la médecine libérale et hospitalière est possible. Elle a montré l’extraordinaire capacité d’adaptation, de réactivité et de créativité des médecins quand ils sont face à une nouvelle pathologie. Elle a montré ce qui pouvait être fait quand les médecins sont libérés du poids de l’administration, des règles et des normes superflues. Même l’assurance-maladie, dont ce n’est pas la qualité première, s’est montrée agile et pragmatique, décidant rapidement de rembourser à 100 % les téléconsultations. La pandémie a en réalité libéré l’ensemble de notre système de santé. Les conditions étaient donc enfin réunies pour réaliser la grande réforme attendue depuis plus de trente ans. Mais le Ségur de la santé, cette grand-messe qui devait refonder notre système de santé, n’a en fait que relancé la machine à creuser du déficit sans rien améliorer de la prise en charge des Français, sans même calmer l’hôpital. L’heure est plus que venue d’un vrai plan Marshall pour stopper la désertification libérale et fixer dans le marbre une véritable collaboration ville-hôpital au service de tous.

Voici les 10 actions nécessaires que je préconise.

1. Reconnaître la valeur de la médecine libérale

C’est LA grande urgence. La médecine de proximité a besoin de reconnaissance, de considération ; c’est fondamental pour lui redonner l’attractivité dont elle a besoin auprès des étudiants notamment. À quand remonte le dernier hommage aux médecins libéraux, à leur travail du quotidien, du soir, du week-end ? Qui les a félicités, remerciés pour les risques qu’ils ont pris quand la pandémie frappait ? Personne. Reconnaître leur valeur, c’est aussi les considérer au même niveau que leurs pairs hospitaliers, et donc donner à ces courageux médecins de premier recours, du front, les moyens de se protéger, de travailler en sécurité quand la pandémie menace.

Il faut également cesser la vente par appartements des compétences des médecins aux autres professionnels de santé. Le faire, c’est méconnaître l’importance et la complexité du rôle du médecin, c’est contribuer à dissuader un peu plus les vocations. Pourtant, l’offensive n’est pas terminée, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 réserve de nouvelles surprises en la matière. Selon un décret révélé en mars 2020 par la MACSF (Mutuelle d’assurances du corps de santé français), de nouveaux actes proprement médicaux vont être confiés aux infirmières et aux pharmaciens. Dans la liste, on relèvera l’examen clinique des fosses lombaires, destiné à déceler une pathologie rénale, mais aussi le droit de poser un diagnostic, de prescrire un antibiotique ou une analyse d’urine… le tout après une formation de quatre heures. Quatre heures pour prendre la place du médecin ! Hélas, on ne rêve pas. Jusqu’où va-t-on dégrader la qualité des soins ? L’indécence de nos gouvernants n’a pas de limites, preuve en est le dépôt en pleine pandémie de cet arrêté qui dépèce le métier des généralistes et ose les envoyer au front sans aucune protection.

A lire aussi : Covid-19 : la dernière injustice pour le personnel soignant

Extrait du livre de Jean-Paul Hamon et Daniel Rosenweg, "Qui veut la peau de nos généralistes ? Comment ils tuent la médecine de proximité", publié aux éditions Albin Michel (2020)

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