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Comment les diplômes paient moins qu’il y a 20 ans (et même drastiquement moins pour certains)
©FRED DUFOUR / AFP

Formez vous, reformez-vous qu’ils disaient...

Comment les diplômes paient moins qu’il y a 20 ans (et même drastiquement moins pour certains)

Dans une étude publiée par le Céreq « 20 ans d’évolution des salaires en début de vie active », il apparaît que les plus diplômés ne profitent pas de l’amélioration générale des salaires, subissant l’effet ciseau d’un plus grand nombre de tels diplômes et d’une conjoncture économique défavorable.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Dans quelle mesure le diplôme comme facteur positif d’ascension sociale s’est transformé en une sécurité – « défensive » - pour accéder à l’emploi au cours des 20 dernières années ?

Michel Ruimy : Le diplôme demeure une arme essentielle dans l’univers professionnel, que ce soit pour entrer sur le marché du travail ou pour y progresser ensuite. Il reste aussi un bon rempart contre le chômage. En 2017 par exemple, le taux de chômage des non-diplômés était près de 4 fois plus élevé que celui des personnes qui disposaient d’un diplôme supérieur à « bac + 2 », et 3 fois plus élevé que le taux de ceux qui avaient un diplôme de niveau « bac + 2 ». La situation est ainsi très difficile pour ceux qui sortent du système scolaire sans qualifications dans une société qui survalorise le diplôme au détriment de l’expérience personnelle.
Par ailleurs, en quelques décennies, la massification de l’accès à l’enseignement supérieur a été couronnée par un taux de diplômés sans précédent. Les niveaux d’études à la sortie du système éducatif se sont, en effet, considérablement élevés. Un peu moins de 50% des jeunes arrivent maintenant sur le marché du travail avec un diplôme de l’enseignement supérieur en poche. Ils n’étaient qu’environ 30% dans ce cas en 1990. 
De plus, en parallèle, les cursus de l’enseignement supérieur se sont professionnalisés au cours des quinze dernières années. La création de la licence professionnelle en 1999, la mise en place du LMD à partir de 2002, le développement de l’apprentissage dans le supérieur ont, à la fois, multiplié les diplômes et créé de nouvelles opportunités de poursuite d’études pour des publics qui en étaient, autrefois, écartés.
Cette montée en qualification suscite, dès lors, des attentes légitimes en matière d’intégration dans l’emploi et de reconnaissance salariale. La corrélation entre niveau de salaire et niveau de diplôme est positive et se vérifie tout au long de la hiérarchie scolaire. Mais, elle se double d’une hiérarchie entre diplômés de grandes écoles et universitaires de mêmes niveaux d’études, les seconds percevant des rémunérations significativement inférieures aux premiers. Le bonus salarial moyen des étudiants de grandes écoles par rapport aux diplômés universitaires est le signe que ces établissements restent plus abrités de l’afflux massif de nouveaux arrivants dans le supérieur, compte tenu du système sélectif à l’entrée (passage par les Classes préparatoires), pourtant assoupli par le développement de voies d’admission parallèles.
Mais, ces attentes se heurtent néanmoins à un environnement économique plus dégradé ces dernières années qu’une décennie auparavant. Cette dégradation de la conjoncture a particulièrement affecté les jeunes sur le marché du travail, comme en témoigne la hausse de 2 à 3 points du taux de chômage des 15-24 ans depuis environ 5 ans. Pour les plus diplômés, la conjoncture économique atone dans laquelle s’insère la dernière génération est peu propice aux envolées salariales, tandis que s’accroît le décalage entre la masse de diplômés et le volume d’emplois qualifiés disponibles, contribuant à affaiblir le signal de « capacité » ou de « qualité » transmis par la détention d’un diplôme du supérieur. En d’autres termes, le diplôme s’est banalisé et n’est pas la garantie de l’excellence du détenteur. 
Il en résulte, pour de nombreux diplômés du supérieur, un déclassement professionnel initial - c’est à dire le fait d’occuper un poste dont le niveau de qualification est en deçà de celui que permet d’espérer le diplôme obtenu - qui pèse sur leur niveau de rémunération. Les moins qualifiés, à l’inverse, ont pu profiter, de manière paradoxale, du relèvement régulier du SMIC dont les revalorisations, à l’exception des années 2010 et 2011, dépassent l’inflation depuis les années 1990. 
Tous ces éléments contribuent ainsi à créer un « mouvement de ciseaux » sur les salaires.
Selon les données fournies par le ministère de l’enseignement supérieur, les taux d’emplois, les salaires, ou le nombre de personnes bénéficiant d'un emploi stable varient de façon importante selon les filières choisies. 

Quelles sont ces filières ont les « promesses » attendues du diplôme ne sont pas remplies ?

Il faut savoir qu’un jeune non diplômé fait face à un taux de chômage de près de 40 ! Ce chiffre décroît rapidement lorsqu’on grimpe les échelons des qualifications : de 25% pour les titulaires de CAP ou BEP, il tombe à 19% pour les bacheliers et à 14% pour les « bac + 2 ». Le taux de chômage serait donc bien corrélé au niveau de diplôme. 
Mais, selon une enquête de l’INSEE de 2005, la tendance ne se vérifie plus au-delà du « bac+2 » : 16% des « bac + 3 et plus » ne trouvent pas d’emploi, un chiffre de 2 points supérieur à celui des « bac + 2 ».
En fait, il semble qu’il y ait un décalage entre les formations et les besoins des entreprises. La course au diplôme devrait être moins payante dans les années à venir car l’enseignement supérieur est devenu l’antichambre du marché du travail. Une bonne stratégie ne consisterait plus forcément à viser une formation « bac + 5 » voire « bac + 8 » mais peut-être un diplôme à « bac + 2 » ou « bac + 3 » apportant une compétence reconnue sur le marché du travail et des perspectives de carrière. Déjà, 90% des étudiants en filières courtes « professionnalisantes » de type IUT - BTS sont confiants quant à leur avenir professionnel. Ce chiffre tombe à 80% pour les étudiants des universités de Droit ou d’économie, et dans une moindre mesure, pour ceux des facultés de sciences - mathématiques, physique, biologie… - alors qu’on atteint moins de 60% pour les étudiants des universités de lettres et de sciences humaines.
Ainsi, l’avenir dans le monde du travail dépend du type de filière choisie.

Quelles seraient les conditions permettant une réelle revalorisation des diplômes permettant, outre l’insertion, une réelle possibilité d’avancée des salaires, contrairement à la tendance connue sur ces 20 dernières années pour les plus diplômés ?

Le salaire perçu à l’entrée dans la vie active constitue un des critères de qualité d’emploi et de positionnement sur le marché du travail. Il est fortement corrélé au niveau d’études. Il permet, en outre, au jeune de se situer par rapport à ses pairs. Il donne, en quelque sorte, une mesure à court terme du retour sur investissement dans l’éducation. 
Ces dernières années, la hausse du chômage à la suite de la crise financière a freiné les salaires. S’il s’est, par la suite, replié aux États-Unis, soutenant les salaires, il est resté, en France, à un niveau élevé, continuant de peser sur les revenus d’activité. Toutefois, le principal déterminant de l’évolution des salaires reste la productivité. En France, comme aux États-Unis, il ne faut pas oublier que c’est le profil de gains de productivité qui guide principalement les évolutions salariales depuis la crise. Mais à mesure que l’économie se rapproche du plein-emploi et que les candidats à l’embauche se font plus rares, les employeurs sont plus enclins à accepter les revalorisations salariales, aussi bien pour recruter que pour retenir leurs salariés. 
Au final, le taux de chômage n’est pas sans influer sur le rapport de force entre employeurs et salariés. Mais, en même temps, l’insertion professionnelle des jeunes reste marquée par de fortes inégalités, selon les diplômes mais aussi selon les origines sociales et de genre. Même aux niveaux les plus élevés de l’enseignement supérieur (M2, grandes écoles et doctorat), les enfants de cadres ont plus de chances de s’inscrire dans les trajectoires d’accès durable à l’emploi.

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