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Comment le Venezuela en est venu à rationner ses habitants malgré sa richesse pétrolière
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Economie défaillante

Comment le Venezuela en est venu à rationner ses habitants malgré sa richesse pétrolière

Malgré de forts revenus pétroliers, principale source de recette dans la balance commerciale du pays, le Venezuela n'a pas su endiguer la pénurie alimentaire qui sévit depuis de nombreuses années, contribuant à alimenter une contrebande et une corruption extrêmement préoccupantes.

Paula Vasquez

Paula Vasquez

Paula Vasquez est chercheuse à l'EHESS en anthropologie politique. Ses recherches portent principalement sur l'Amérique du sud et sur le Venezuela.

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Atlantico : Le gouvernement vénézuélien a instauré un système de reconnaissance d'empreinte digitale a l'entrée des commerces pour contrôler la consommation des habitants, ceci afin de lutter contre la contre-bande. Comment en est-on arrive là, et quels sont les biens soumis à ce rationnement ?

Paula Vasquez : Cette mesure est cohérente avec la version officielle du gouvernement de Nicolas Maduro selon laquelle les déséquilibres et la situation gravissime de l’économie vénézuélienne sont dus à une "guerre économique" menée par l’opposition politique.

Mais ce système de reconnaissance n’est pas installé dans tous les magasins. Très peu de magasins en disposent d’ailleurs. Ce sont les magasins qui vendent en gros qui ont été équipés.

Le fond du problème ce sont les pénuries et les problèmes de distribution. Cela amène à la contrebande et à la vente à la sauvette dans les rues de produits rares. Le fond du problème est le démantèlement de l’économie productive vénézuélienne. Depuis 15 ans les entreprises vénézuéliennes sont soumises à toute une série de pressions et d’expropriations et l’Etat s’est placé aujourd’hui comme le principal producteur et propriétaire. C’est une économie étatique et improductive, complètement dépendante du revenu pétrolier. 

Les denrées alimentaires sont, dans une grande partie, importées. L’attribution des devises à des entreprises importatrices est un processus difficile, où il y a de la corruption également. Les importateurs honnêtes ne sont pas légion et des entreprises fantômes apparaissent sans cesse pour bénéficier des dollars attribués pour l’importation. C’est un système complexe. La comptabilité des entreprises est difficile à suivre, les entreprises gèrent des marchandises acquises avec deux ou trois taux d’échange différents. C’est une économie pleine de distorsions.

Quelles sont les autres réformes qui ont été mises en place précédemment en matière de lutte contre la corruption ?

La révolution bolivarienne, le régime crée par le président Chavez doit effectivement faire face à d'énormes problèmes de corruption. La mesure des empreintes digitales dans le magasin a en réalité été mise en place pour éviter les effets de la pénurie, ce n’est qu'indirectement qu'elle peut être considérée comme mesure contre la corruption. D’ailleurs, la contrebande la plus importante est celle de l’essence dans la frontière avec la Colombie et la Grade Nationale Bolivarienne vénézuélienne fait malheureusement partie de ce système délictueux. 

Quelles conséquences cette réforme pourra-t-elle avoir sur la consommation des habitants ?

La consommation, avec ou sans machine d’empreintes digitales, est fortement affectée depuis des années. Ce n’est pas nouveau ce phénomène de pénuries. La population est déjà affectée, en particulier la plus démunie, à cause du manque d’aliments protéinés comme le lait, la viande ou les légumes secs, la situation alimentaire vénézuélienne est très grave et c’est comme ça depuis des années.

En restreignant leur consommation, le gouvernement est il en train de se transformer en régime totalitaire comme Cuba, voire en Corée du Nord ?

C’est un régime difficile à caractériser. Ce n’est pas une démocratie libérale mais ce n’est pas une dictature non plus. Il y a des élections mais pas de séparation de pouvoirs. Les liens avec Cuba sont très étroits et c’est le modèle à suivre des autorités vénézuéliennes depuis des années.

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