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Depuis plusieurs années, le pays est dans une épineuse phase de transition économique qui vise à réduire la dépendance aux exportations afin de développer une économie davantage tournée vers les services.
Depuis plusieurs années, le pays est dans une épineuse phase de transition économique qui vise à réduire la dépendance aux exportations afin de développer une économie davantage tournée vers les services.
©Reuters

Xi-xit

Comment l’arbre Brexit pourrait être en train de nous masquer la forêt du prochain ralentissement économique chinois

Alors que la Chine souhaite désormais développer économiquement ses services, le secteur manufacturier de l'empire du Milieu fait grise mine depuis plusieurs mois.

Christopher Dembik

Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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Atlantico : D'après la dernière étude PMI de Markit-Caixin, le secteur manufacturier chinois affiche sa plus forte baisse depuis quatre mois. Cette situation est-elle préoccupante ? Ne s'agit-il pas simplement de la conséquence du basculement chinois vers une économie de services ?

Christopher Dembik : On a certainement trop tendance à s’affoler à propos de la Chine. Depuis plusieurs années, le pays est dans une épineuse phase de transition économique qui vise à réduire la dépendance aux exportations afin de développer une économie davantage tournée vers les services, ce qui implique, au passage, la formation d’une vaste classe moyenne. C’est un exercice difficile mais le pays possède suffisamment de ressources, et notamment des ressources financières, pour réussir  sa transition. Le ralentissement observé dans le secteur manufacturier traduit ce mouvement de longue haleine et confirme qu’une croissance économique chinoise à deux chiffres n’est plus qu’un lointain souvenir. Il reflète aussi la volonté des autorités de réduire les surcapacités dans certains secteurs industriels, qui se sont accentuées depuis 2009, et qui nuisent à la bonne dynamique économique. Enfin, la tendance qu’on observe en Chine n’est pas isolée. C’est certainement le point le plus crucial. Au niveau mondial, le secteur manufacturier connait un ralentissement très marqué. Les derniers indicateurs qui ont été publiés montrent que le PMI manufacturier global était au niveau critique de 50 en mai. Vu la direction suivie, il devrait entrer en contraction cet été. Comme il s’agit d’un indicateur avancé permettant de juger de l’évolution future de la croissance, on peut conclure qu’une phase de ralentissement de l’activité au niveau mondial est en passe de se matérialiser dans les prochains mois. L’objectif de croissance mondiale du FMI qui est établie entre 3,1% et 3,2% cette année sera certainement revu à la baisse d’ici la fin du trimestre. Même avant le Brexit, le ralentissement était déjà acté.

La Corée du Sud semble aussi connaître un certain ralentissement de ce secteur. Doit-on s'attendre à voir émerger un phénomène de propagation et un ralentissement au niveau régional en Asie ? 

Tous les pays exportateurs en Asie connaissent la même dynamique que la Chine depuis le début de l’année. Il y a assez peu de chances qu’on puisse assister à une amélioration dans les mois à venir. Le ralentissement du secteur manufacturier en Asie fait écho directement à la mauvaise performance du commerce international en volumes qui reste proche de ses points bas.  C’est le signe que, contrairement à ce qu’on entend régulièrement, la sortie de crise n’est pas encore pour demain. L’une des solutions pour les pays exportateurs d’Asie serait de dévaluer leur monnaie. La Chine le fait mais à petits pas, avec un yuan chinois qui est à un plus bas niveau depuis décembre 2010 face au dollar américain. Toutefois, il n’y a pas pour le moment de dévaluation massive, comme ce fut le cas en août dernier lorsque la Chine avait opéré trois dévaluations successives majeures de sa monnaie. Aujourd’hui, le risque est d’assister de nouveau à un tel scénario qui aurait pour effet de créer une forte volatilité sur les marchés financiers. Face à un secteur manufacturier au ralenti, la Chine mais aussi le Japon sont les deux pays les plus susceptibles à court terme de dévaluer de manière importante leur monnaie. Pour les investisseurs, l’été ne sera certainement pas de tout repos. Ils font absolument qu’ils aient conscience que ce risque existe. Imaginons que la Chine accélère la dévaluation du yuan, cela aura des répercussions financières et économiques beaucoup plus massives que le Brexit. On le voit rapidement, du point de vue financier, le Brexit reste pour l’instant un évènement marginal car, finalement, ses implications exactes sont encore mal connues.

Alors que l'Europe entre actuellement dans une phrase d'incertitudes économiques avec le Brexit, un ralentissement de l'économie du tigre chinois pourrait-il fragiliser un peu plus les économies européennes, notamment en Allemagne qui reste le plus grand pays exportateur mondial ?

A l’ère de la mondialisation, toutes les économies sont dépendantes les unes des autres. Dans la foulée de la crise de 2007-2008, beaucoup d’économistes pensaient que l’Asie pourrait rester à l’écart de la tempête sévissant aux Etats-Unis et en Europe, devenant ainsi un relais de croyance. Ca ne s’est évidemment pas produit. C’est une chimère. Si l’Europe va mal, l’Asie également, et inversement. Le ralentissement chinois va simplement accentuer la mauvaise tendance observée en Europe. Le CEPR EuroCOIN, indicateur avancé pour juger de l’évolution de la croissance, confirme un ralentissement significatif pour la zone euro dans les trimestres à venir. Nous avons tous conscience de la problématique économique pour l’Union monétaire. L’erreur stratégique de la zone euro est de trop compter sur la politique monétaire et de négliger la politique fiscale. La chute des taux d’intérêt représente une opportunité historique pour investir, notamment dans les infrastructures et les nouvelles technologies qui permettront de créer des emplois dans les prochaines années. Dans le cas de l’Allemagne, seul pays à avoir des finances publiques saines, 80% des obligations souveraines sont en territoire négatif. Les investisseurs font une confiance aveugle au pays. Lorsqu’ils achètent des obligations souveraines allemandes, ils achètent un coffre-fort pour protéger leurs avoirs en cette période d’incertitude. Pourtant, le pays ne saisit pas cette opportunité et n’emprunte pas pour investir. C’est complètement aberrant. Ce serait pourtant le seul moyen de sortir de cette phase d’atonie de l’activité économique qui perdure depuis près de six ans.

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