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Le chômage atteint des sommets en France.
Le chômage atteint des sommets en France.
©Reuters

Courrier de dé-motivation

Chômage : ce qu’il y a vraiment à retenir des chiffres des pays qu’on nous cite en modèle

Les chiffres du chômage publiés ce mardi par Pôle emploi font état d'une hausse de 0,6% en février, soit 18 400 demandeurs d'emploi de plus. Au total, le nombre de chômeurs frôle le record atteint en 1997.

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I.

Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

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Atlantico : Alors que les chiffres du chômage sont publiés ce mardi par Pôle emploi, quels sont les pays qui sont parvenus à sortir de la spirale du chômage ? Comment ont-ils fait ?

Gilles Saint-Paul : Deux catégories de pays sont parvenues à sortir de la spirale du chômage. Tout d'abord, les pays anglo-saxons, notamment le Royaume-Uni qui, dans les années 1980, a déréglementé le marché du travail et s'est attaqué au pouvoir des syndicats. Dans ces économies, l'indemnisation du chômage est nettement moins généreuse et moins longue ce qui a un effet sur la recherche d'emploi des chômeurs, la durée et le niveau du chômage dans sa globalité.

Enfin, les pays où le processus de négociation salarial est tel que les salaires sont bien plus réactifs à la conjoncture économique. Il s'agit de la Suède, du Danemark et, dans une moindre mesure, l'Autriche ou l'Allemagne où les négociations sont davantage centralisées et où les syndicats représentent une plus grande partie des employés. Cela permet d'avoir de la modération salariale lorsqu'on en a besoin et d'éviter des dérives du chômage.

Une autre caractéristique des pays scandinaves est de dépenser beaucoup d'argent dans des politiques actives du marché du travail qui ne sont d'ailleurs pas forcément très rentables et qui ont tendance à réduire le chômage de manière un peu mécanique puisque les personnes inscrites dans des programmes de formation ne sont plus comptabilisés comme chômeurs. Ces politiques ont cependant le mérite d'éviter que des personnes deviennent des chômeurs de longue durée et, à termes, soient exclus du marché du travail.

Comment expliquer que certains pays soient parvenus à enrayer le chômage en s'attaquant aux syndicats et en flexibilisant, là ou d'autres ont au contraire renforcé le rôle des partenaires sociaux et accru la sécurité de l'emploi ?

Dans les deux facteurs les plus importants sont :

  • un mécanisme de formation des salaires qui empêche des dérives (comme des entreprises en difficulté qui ne pourraient pas négocier des salaires inférieurs aux salaires de branche)  et qui rend les salaires réactifs aux conditions réelles du marché du travail. Cela permettrait d'éviter que des entreprises en mauvaises postures licencient plutôt que de baisser les salaires.
  • une assurance chômage incitative pour que les chômeurs soient actifs dans leurs démarches. Au Danemark ou en Suède, l'indmnisation chômage est certes généreuse, mais les organismes équivalents à Pôle emploi suivent de près et régulièrement les demandeurs d'emplois.

Les négociations salariales dans les pays scandinaves sont moins centralisées que par le passé pour prendre davantage en compte les cas individuels de différentes entreprises. Malgré tout, les syndicats restent bien plus représentatifs qu'en France. Ainsi, il a été décidé lors de la réforme des retraites en Suède qu'en cas de conjoncture économique difficile, ce serait les retraites qui diminueraient et non les cotisations qui augmenteraient afin de ne pas augmenter le coût du travail.

Les mesures prises dans ces pays sont-elles adaptables et transposables en France ?

Je ne pense pas que les mesures qui ont permis d'enrayer le chômage dans ces deux catégories de pays soient transposables en France car il n'y a pas de culture coopérative entre les entreprises et les syndicats d'une part, et les entreprises et l'administration d'autre partLes pays scandinaves sont assez consensuels et il n'y a pas les clivages que nous observons en France entre syndicats et patronat ou entre syndicats eux-mêmes 'lorsque la CGT représente les travailleurs du secteur public et la CFDT ceux du secteur privé par exemple).

Les pays anglo-saxons ont pour leur part une grande flexibilité qui leur permet de passer outre ces relations et de négocier au cas par cas, plus rapidement. Les entreprises hésitent moins à embaucher. Mais la France n'est pas prête à cette flexibilité.

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