Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Santé
©

Années folles ?

Cette frénésie sexuelle qui pointe son nez à la levée des restrictions sanitaires

C'est en tous cas ce que suggèrent le boom des ventes de préservatifs enregistré en Chine à la sortie des confinements de l'année 2020.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

Voir la bio »

Atlantico : Quel impact a eu le confinement sur les pratiques sexuelles ? Y aura-t-il des effets sur le long terme ?

Michelle Boiron : Si l’on reprend la phrase de Fréderic Dard « Le sexe de l’homme  est ce qu’il y a de plus léger au monde une simple pensée le soulève ».

Je vous laisse imaginer l’influence de l’annonce du coronavirus ! 

Un véritable Tsunami a déferlé sur nos vies en informations, en paroles, en images, en actes, en privations de libertés, de distances physiques . 

À Lire Aussi

Le coronavirus ne devrait pas tuer la libido, mais les gestes barrières découragent très certainement les exercices amoureux

Il impacté toute notre vie, touché notre travail, nos loisirs, nos plaisirs et bien évidemment notre sexualité favorisant l’isolement et le virtuel . 

Ce perturbateur de désir nous a obligé à nous adapter et trouver des trésors d’ingéniosités pour maintenir le désir et contourner l’angoisse de la maladie et la mort  qui rôdait lors du 1er confinement.  Pulsion de vie contre pulsion de mort quel programme !

2 catégories d’individus sont apparues : 

Ceux dont l’activité sexuelle a toujours été forte  le virus n’a pas modifié leur appétence pour le sexe, ils ont juste dû s’adapter, modifier leurs habitudes et même créer un nouveau terrain de jeu.     

Entre sexualité virtuelle ou avec son partenaire cela s’est organisé. 

Par contre  ceux dont la libido n’était pas très en forme, l’angoisse a pris le dessus et la libido s’est parfois effondrée. Le désir et l’excitation n’a pu prendre le dessus sur l’angoisse de la contagion.

Force est de constater que ceux qui étaient en couple étaient mieux placés pour continuer leurs activités sexuelles avec leur partenaire. Ils étaient confinés sous le même toit souvent dans le même lit, en revanche ceux qui ont vécu le confinement seul sans partenaire attitré devaient se contenter de relation virtuelle  ou de leur fantasme sous fond de masturbation en solo. Les sites de rencontres promettaient une rencontre quelque peu retardée….

L’impact des conduites pendant le confinement a pu dans un premier temps redonner de la valeur aux couples existants. Quand d’aucun n’aurait quitté le navire pendant le confinement alors que d’autres rêvaient de lever les voiles pour voguer vers d’autres horizons, d’autres sirènes. 

Dans un deuxième temps les pulsions de vie risquent de l’emporter pour tous ceux dont la frustration a été insupportable et dont l’excitation de la liberté va l’emporter sur toutes les bonnes résolutions de qualité plutôt que de qualité. La consommation de tous les produits va l’emporter dès les interdictions levées dans tous les domaines.

 

Après des mois de privations, la levée des restrictions entraînera t-elle une frénésie sexuelle « dans la vraie vie » qui serait bienvenue ?

On ne peut se réjouir après toutes ses privations que nous puissions accéder à toutes nos libertés et que refonctionnent  nos cinq sens (sans oublié ceux qui ont perdu l’odorat et le goût dans certaines formes de Covid) dans la vraie vie. Le « rapport sexuel » retrouverait enfin ses lettres de noblesses dans ses dimensions instinctuelle et archaïque qui semblait déjà être oubliées avant le Covid. 

 La pornographie retournerait à sa place de compensation de la solitude et ne prendrait plus le devant de la scène comme ce que l’on constate depuis tant d’années dans nos cabinets de sexologie : La masturbation comme palliatif à un manque mais pas le centre de la sexualité. La masturbation n’a jamais rendu sourd mais par contre dans les excès de consommation  elle a rendu nombre de jeunes hommes anorgasmiques dans un premier temps jusqu’à parfois la perte de l’érection liée à une consommation excessive de porno qui provoque une escalade dans le contenus. L’excitation trop intense est difficilement éprouvée dans la vraie vie avec une partenaire réelle.

Alors une sorte frénésie sexuelle comme un retour au charnel avec des retrouvailles de la relation sexuelle dans le corps à corps  on peut le souhaiter. Laissez reposer la machine virtuelle qui a un peu trop « chauffée » ces derniers temps ! Séduction et plaisirs démodées comme le clame la chanson d’Aznavour serait un bon programme !

  

Ce retour soudain à une sexualité plus accessible peut il provoquer des excès ? Quelles précautions convient-il de prendre ?

L’homme tend à jouir d’avantage de la quantité que de la qualité au détriment d’un plaisir pensé, différé, attendu. Le plaisir de la chair s’est transformé en plaisir solo devant un écran. L’excès, là comme ailleurs fait retomber l’être humain dans son état de nature. L’homme risque d’être asservi par ses instincts et retomber sous la domination de ses pulsions avec une sexualité débridées. La frustration ressentie par toutes ces injonctions de privation de liberté au cours cette année risque de produire un effet de chute abyssale.  

Pour que la sexualité reste un plaisir et pas seulement un besoin pour assouvir nos instincts. Alors de quoi s’agit-il ? 

Je prendrai volontiers la comparaison avec la nourriture : absorber pour se nourrir, pour se faire plaisir ou pour se remplir ? Certains patients le décrivent bien la notion de creux à l’intérieur comme un vide sans fond, que rien ne pourra combler, ce vide qui engendre les excès de la boulimie, de l’’alcool,  de drogue, de sexe mais aussi de pornographies…. Il y a alors une escalade sans fin difficilement contrôlable. 

Alors oui ce ne sera pas facile de contenir tout ce trop, plein de frustrations !

La relation sexuelle par excellence reste un plaisir partagé entre deux partenaires et nous en avons cruellement manquée. Renouons avec cet acte là où le plaisir de l’un se renforce et se sublime dans le plaisir de l’autre.

La précaution à prendre pour ne pas tomber dans la frénésie totale c’est la même que pour la nourriture le choix entre la nourriture et la sexualité ?

Le Gourmand sait se « régaler des deux » ! C’est un exploit dans ce monde où le Fast food est à la gourmandise ce que la pornographie  est à la sexualité.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !