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Les principaux membres du parti Les Républicains lors d'un rassemblement au siège du parti.
Les principaux membres du parti Les Républicains lors d'un rassemblement au siège du parti.
©JULIEN DE ROSA / AFP

Reconstruction

Ces pièges qui se cachent sur le chemin d’une refondation de la droite

L’élection pour la présidence du parti Les Républicains pourrait bien être le théâtre d’une nouvelle guerre dont la droite a le secret. Laurent Wauquiez a annoncé qu’il ne briguerait pas la présidence LR.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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La droite française face à un moment machiavélien

Atlantico : Même si Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand ne s’affronteront pas pour la présidence de LR, l’élection à la tête du parti pourrait bien voir se déployer une nouvelle guerre dont la droite a le secret par combattant interposé. Indépendamment des rivalités de personnes, sur le fond, quels pièges majeurs menacent la droite dans sa reconstruction ?

Christophe De Voogd : J’avoue n’être pas très spécialiste de la politique de parti et je m’aventurerai d’autant moins sur l’élection du prochain patron de LR que la liste des candidats n’est pas connue à ce jour et que l’élection a encore été reportée. Il est clair en tout cas que le choix fait par Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand est assez logique, vu leur notoriété nationale et leur puissante assise régionale : que leur apporterait la direction de LR, surtout pour le premier qui l’a déjà exercée et s’y est brûlé les doigts ? Il leur suffira de s’assurer des positions fortes dans la direction pour veiller à ce que ce poste, qui demeure important pour la désignation du futur candidat de la droite à la présidentielle demeure sous leur contrôle. La situation est évidemment très différente pour des figures moins connues et l’on comprend par exemple qu’un Aurélien Pradié, déjà n°2 du Parti, lorgne à l’évidence sur la première place. Voilà qui augure d’une bataille serrée mais qui exclut la répétition du duel fratricide Copé/Fillon, puisque les « cadors » - sauf déclaration de noms importants de la droite dans les semaines qui viennent (Michel Barnier ? Eric Ciotti ? David Lisnard ? Bruno Retailleau ?) - ne seront pas en course. Bref, à ce stade, on peut s’attendre à une bataille pied à pied, mais qui sera sans doute une bataille de coulisses.

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Toutefois l’essentiel est ailleurs : quelles que soient les décisions des uns ou des autres, un fait majeur demeure. Nous sommes dans un « moment machiavélien », ce que seul Emmanuel Macron a compris, en bon spécialiste de l’auteur florentin auquel il a consacré un mémoire dans sa jeunesse : la victoire ira au plus audacieux, celui qui saura saisir sa chance. Je souris un peu devant les échéanciers électoraux des commentaires et des calculs politiques : comme si l’on était encore dans un temps « normal », alors que, l’état du monde et celui de notre pays démontrent que rien n’est assuré. Une dissolution de l’Assemblée, par exemple, est-elle vraiment à exclure ? Ou une révision constitutionnelle sur le mandat présidentiel ? Autrement dit, se fier au calendrier prévu (2024, 2026, 2027…), c’est, paradoxalement, « faire des plans sur la comète ».

Les deux piliers historiques des partis de droite que sont le libéralisme et le conservatisme risquent-ils d’être à nouveau les grands oubliés de ces tentatives de refondation comme ils l’ont souvent été dans l’histoire des droites françaises ?

C’est la question importante car elle concerne le fond idéologique de la droite française qui s’est largement diluée dans l’eau tiède du chiraquisme, au point que son électorat est largement parti, soit vers Emmanuel Macron soit vers le Marine Le Pen et/ou Eric Zemmour. Autrement dit, le nom du prochain président de LR est secondaire par rapport à cet enjeu, dans les deux sens du terme : il est accessoire par rapport à celui-ci et il en dépend étroitement. Or, ce travail idéologique n’a pas même commencé au sein de LR, qui se contente depuis des années de naviguer au fil de l’eau en donnant des gages au discours politico-médiatique dominant qui reste de gauche.  Il en est de même du programme de Valérie Pécresse, qui reposait sur des constats vrais et comportait d’excellentes mesures (on s’en aperçoit aujourd’hui, mais un peu tard) : mais il n’avait pas de fondement intellectuel puissant, tournait au catalogue et sacrifiait là encore à la bien-pensance : Il est symptomatique à cet égard que la présidente de « Libres ! » se soit fait voler le thème de la liberté par Marine Le Pen.

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Refonder les idées libérales et conservatrices, tout en les articulant étroitement aux enjeux quotidiens des Français, est donc LA tâche urgente. Ou, plus exactement, refonder ces idées EN les traduisant en termes contemporains. Nous en sommes encore très loin, tant le ronron confortable d’un parti d’élus et la position stratégique du groupe LR au sein de la nouvelle assemblée – là encore paradoxalement - n’invitent guère au courage des idées. A ma connaissance, seul David Lisnard et son parti « Nouvelle Energie » ont effectué un tel travail (donc hors LR) : déclaration de valeurs, « état des lieux » du pays, et propositions opérationnelles qui en découlent.

Selon moi, il faudrait que la droite française surmonte justement - et enfin - le clivage entre ses deux inspirations, libérale et conservatrice, clivage qui lui a causé tant de torts dans le passé comme aujourd’hui. La condition de ce travail est évidemment un minimum de connaissances sur ces deux courants, connaissances qui ne me semblent pas acquises chez tous : je pense à l’ineptie de la comparaison de Jacques Chirac entre communisme et libéralisme et aux sottises que l’on entend encore chez LR sur ce dernier. Heureusement, une nouvelle génération arrive de jeunes intellectuels et de nouveaux politiques, mieux informés, mais qui sont encore trop rares et qui se heurtent au scepticisme de la droite madrée des notables vis à vis des « idées ».

Cette refondation idéologique ne peut s’opérer pour le libéral que je suis que par la mise à jour du « logiciel » qui va de Montesquieu à Aron et Revel en passant par Tocqueville et Arendt, au point de rencontre entre ce que j’appellerai le « libéralisme classique » et le « conservatisme éclairé » qui se situe autour de deux idées : la responsabilité individuelle et la préservation collective. Cette double idée constitue la rupture philosophique avec la gauche radicale, fondée sur la culpabilité de la société et sur le mot d’ordre : « du passé faisons table rase » (idées centrales que l’on peut suivre « d’un Rousseau l’autre », de Jean-Jacques à Sandrine). Or cette synthèse du libéralisme et du conservatisme a été réalisée en leur temps par Reagan et Thatcher. En France, le Sarkozy de 2007 s’en est approché, avant de retomber dans les travers de notre étatisme chéri et de la correction politique. Si l’on veut bien faire cet effort, l’on s’apercevra que les enjeux chers à notre temps, du sociétal à l’écologie, peuvent avoir une réponse aussi argumentée que productive à droite.

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La question du front républicain et de l’attitude vis-à-vis du RN vous paraît-elle aujourd’hui essentielle, marginale voire dépassée ?

Cette notion de « front républicain » m’a toujours paru peu pertinente et ce, pour trois raisons : d’abord, l’incapacité de ses avocats à définir ce qu’est « la République » ou « les valeurs républicaines ». Je m’étonne toujours que personne ne demande à qui les met en avant ce qu’il veut dire par ces mots. Or, l’historien que je suis connaît leur extrême relativité aux mutations politiques et culturelles. De plus, pourquoi pas de « front républicain » – a fortiori depuis le départ de l’inacceptable Jean-Marie Le Pen – face à une extrême gauche qui est explicitement hostile à notre culture, à nos institutions et à nos libertés ? La dissymétrie de notre débat public et l’usage tactique de ce « front républicain » pour handicaper la droite ne sont que trop évidents.  

Enfin, et surtout, parce que cette dernière n’a aucunement à se définir par rapport à l’extrême droite (ou ce qui en tient lieu). Elle doit affirmer ses propres principes sur les bases que j’ai évoquées. L’on s’apercevra alors très vite que le RN, socialo-étatiste, en est très éloigné...

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