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Edouard Brunet, héros méconnu de la Résistance
Edouard Brunet, héros méconnu de la Résistance
©wikipédia

Bonnes feuilles

Ces héros méconnus de la Résistance : le quotidien d'Edouard Brunet, nom de code "Réséda"

En s'appuyant sur des témoignages recueillis au cours de sa carrière de journaliste, Jean-Pierre Ferey dans "Les héros anonymes de l'été 44" (Editions du Rocher) dresse le portrait d'hommes et de femmes entrés en résistance durant la Seconde Guerre mondiale et fait le récit de leurs missions au cours de l'été 1944. (2/2)

Ce qui était prévisible se produit enfin. En juin 1943, il est approché par un agent recruteur du réseau Alliance. Il saute sur l’occasion et s’engage dans la lutte contre l’occupant. Le réseau Alliance a tissé sa toile sur l’ensemble du territoire français. Il est spécialisé dans la recherche de renseignement mili­taire : mouvements de troupes, de navires, travaux défensifs, orga­nisations territoriales, etc. Fondé dès l’armistice par le commandant Loustaunau-Lacau et sa collaboratrice Marie-Madeleine Fourcade, il s’est doté d’une structure régionale très décentralisée, qui découpe la France en zones géographiques, en secteurs couvrant un ou plu­sieurs départements, et en sous-secteurs s’étendant sur plusieurs cantons. Les secteurs sont affublés de noms de code très imagés, tels que Château, Palais, Caverne, Terrier, Abri.

Les renseignements recueillis sont acheminés par agents de liaison successifs jusqu’à l’un des vingt émetteurs radio qui se déplacent en permanence pour déjouer les repérages. Le lien avec l’état-major allié est complété par des courriers réguliers, en avions, sous-marins ou vedettes rapides qui transportent les messages écrits et amènent ou expatrient des membres du réseau. Alliance repose sur près de 3 000 agents, appartenant aux milieux les plus divers, issus de toutes les provinces. La plupart ignorent de qui viennent les ordres et à qui ils rapportent les informations récol­tées, mais tous réalisent la gravité de leur mission et mesurent les risques qu’ils courent. À la fin de la guerre, le réseau comptera plus de 700 disparus.

Édouard s’initie aux règles du combat clandestin, on lui donne un nom de code : « Réséda ». C’est un pseudonyme inhabituel dans l’Organisation, où les membres ont pris l’habitude de se cacher derrière des noms d’animaux (Hérisson, Aigle, Tigre, Pie…), au point que le SD, service de contre-espionnage allemand, a surnommé ce réseau « l’Arche de Noé ».

Réséda se voit confier la surveillance d’une bande littorale de quelque cinquante kilomètres, allant de Berneval, proche de Dieppe, jusqu’à Ault, dans la Somme. Il dépend de la zone nord et du secteur nommé « Patrouille », son sous-secteur reçoit pour nom de code « Patrouille du Paradis », une appellation teintée de poésie qu’il apprécie avec amusement. Il met au point une organisation. Pour recueillir le renseigne­ment, il est évidemment le mieux placé, par ses fonctions et ses capacités de circulation, mais il ne peut tout faire seul. Il recrute avec soin trois agents. Le premier, Édouard Wandre, était avant-guerre interprète attaché aux services du consulat britannique. Le deuxième, René Brunel, recruté en novembre, réside dans un village voisin, Touffreville. Sa tâche est de surveiller plus particu­lièrement la campagne, en arrière de la zone interdite. Le troisième, Eugène Deschamps, recruté en mars 1944, sergent-chef militaire de carrière, est le gardien de la caserne de la ville. C’est en réalité un dépôt d’artillerie réquisitionné par la Wehrmacht pour y loger ses hommes, et donc l’endroit parfait pour connaître le mouvement des troupes.

Une fois les informations rassemblées, il faut les rédiger en un message le plus court possible, afin de limiter la durée des émissions radio. Les textes plus longs, les documents, croquis, photos éven­tuelles, sont expédiés par le courrier régulier. Messages et courriers doivent parvenir à un relais, chez Maurice Pollet (en fait le coordi­nateur local du réseau), un négociant en bois habitant Gamaches, petite ville sur le cours de la Bresle, 13 kilomètres plus au sud. Or la route de Gamaches est contrôlée par un barrage, avec factionnaires en permanence et rondins en bois placés en chicanes. Édouard demande à son fils Pierre, enrôlé dans l’affaire, nom de code « la Souris », d’acheminer les messages en vélo.

Pierre Brunet, alors âgé de 17 ans, souffre depuis sa tendre enfance d’une maladie rare. Un kyste s’est développé sur l’hypo­physe, qui gêne le fonctionnement de la glande et perturbe le déve­loppement physique du gamin (les chirurgiens n’ont pas à cette époque les moyens d’opérer). Son cerveau et son corps fonctionnent à merveille, il est parfaitement proportionné, mais sa taille reste anormalement petite, si bien qu’à 17 ans on le prend pour un môme de 12 ans à peine. Le père et le fils, en plein accord, comptent jouer sur cette illusion. Ils se sont aperçus que les Allemands ne contrôlent que rarement les enfants et ne les retiennent quasiment jamais. La ruse réussira, à aucun moment l’enfant ne sera inquiété en passant le barrage sur son petit vélo. Ses liaisons seront pourtant fréquentes, il lui arrivera même d’en assurer trois dans une seule journée.

Extraits de "Les héros anonymes de l'été 44" de Jean-Pierre Ferey publié aux Editions du Rocher (2014). Pour acheter ce livre, cliquez ici

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