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Libérée, délivrée

Ces discours "régressifs et rétrogrades” que la gauche dénonce obsessionnellement sans se rendre compte qu’elle est surtout confrontée à une droite débarrassée des carcans idéologiques qu’elle lui avait imposés

Taxé de rétrograde alors qu'il exprime un point de vue différent sur la question du climat, Nicolas Sarkozy fait en réalité sauter les verrous idéologiques qu'impose la gauche à l'ensemble du débat politique depuis 1968.

Atlantico : Barbara Pompili s'est attaquée ce jeudi 15 septembre à Nicolas Sarkozy, estimant son discours sur le climat "régressif et rétrograde". Au-delà d'enjeux électoraux évidents, en lieu et place de ces qualificatifs, ne faut-il pas y voir plutôt une forme d'émancipation de la droite d'un cadre idéologique dessiné par la gauche ?

Yves Roucaute : En tout premier lieu, il me semble important de dire que la formule de Nicolas Sarkozy ne souffre pas de contestation. L'ancien chef de l'État indique, et je cite, que "l'Homme n’est pas le seul responsable du réchauffement climatique". À aucun moment il ne dit que l'Homme n'est pas responsable. Il est étonnant de voir un Secrétaire d’Etat de la république maîtriser aussi peu notre belle langue.

En dehors de la question démographique qui me paraît préoccupante pour l’avenir de l’humanité, il est aussi étonnant de devoir rappeler à Barbara Pompili qu'il n'y a pas un seul scientifique pour nier l'existence de multiples causes au réchauffement climatique et l’existence de plusieurs facteurs de pollution atmosphérique, les deux ne devant d’ailleurs pas être confondus. 

Certaines causes sont purement naturelles, comme cela peut être le cas des volcans qui rejettent notamment du CO2 mais aussi du dioxyde de souffre, du sulfure et du chlorure d’hydrogène et du dihydrogène, tous extrêmement toxiques. S’agissant du seul CO2, les volcans rejettent 100 à 500 millions de tonnes par an, selon les avis un peu divergents des experts, et si c’est loin de représenter le rejet attribué aux humains, ce n'est pas négligeable pour autant. Et il y a aussi une production de CO2 par les animaux, il est difficile à cet égard de ne pas songer aux bovins, qui représentent à eux seuls 5% des émissions de CO2 de la France. S’agissant des autres pollutions, il faut également mentionner par exemple la pollution végétale, comme la production d’isoprène par les arbres, en particulier les eucalyptus. Et l’un des plus graves dangers aujourd’hui, plus que le CO2, est la pollution par l’arsenic qui vient des sols et des eaux souterraines, qui touche 100 millions de personnes au Bangladesh mais aussi la population du Mexique, d’Argentine et même des Etats-Unis. 

Rien de tout cela ne signifie que l'Homme ne pollue pas, bien évidemment. Mais il ne pollue pas seul. Cela illustre en revanche que Nicolas Sarkozy était tout à fait en droit de dire ce qu'il a dit. Le procès qu'on lui fait aujourd'hui est tout simplement ridicule.

Le tollé contre Nicolas Sarkozy est seulement l'expression d'une idéologie. Concrètement, au lieu d'aller à la vérité, cette idéologie proclame que de l'industrie et de l'action humaine résultent systématiquement le mal. Tout cela part d'une idée particulièrement absurde qui survit depuis 1968 et qui veut que la nature soit naturellement plus harmonieuse sans l’homme et que si l’homme veut être heureux il doit la respecter. Alors que l’on peut faire deux constats quand on ouvre les yeux : d’une part, toute l’histoire de l’humanité est celle de la transformation de la nature sans laquelle d’ailleurs elle ne pourrait survivre, d’autre part, c'est oublier le caractère changeant de la nature dans laquelle l'Homme évolue. Le phénomène climatique fait partie intégrante de ces variables, comme en témoigne la dernière période glaciaire terminée il y a 20 000 ans. Ces variations de températures dans le passé ne sont pas le seul fait de l’Homme et je conseille à notre bobo d'aller se balader dans le parc des Ecrins ou du côté du lac Léman, vestige des anciens glaciers. Ou, si elle préfère retourner à la source de son idéologie, qu’elle aille donc à Central Park, elle verra encore les traces sur les roches des glaciers qui se sont déplacés il y a 20 000 ans. Il fut un temps où l’on allait à pied de Corée au Japon ou de l’Alaska à la Sibérie. Cela ne se peut plus en raison du réchauffement, et les humains n’en sont pas responsables.

Cette idéologie féroce conduit à des situations de dérèglements considérables, comme lorsque Barbara Pompili appelle à la protection des loups dans les Alpes avec pour seul argument qu'il y en avait par le passé. Notre idéologue ignore donc qu’il y avait aussi des lynx, des panthères, des lions dits "lions des cavernes", des ours bruns. Veut-elle les réintroduire aussi ? Le point de vue des bergers vaut celui des bobos, et les uns vivent près de ce danger, pas les autres.

Il faut donc évidemment lutter contre la pollution due à l’humain, mais autant que possible et en restant raisonnable. 

D'une manière plus large, on peut tout à fait estimer que Nicolas Sarkozy s'émancipe effectivement du cadre de réflexion décidé par la gauche. Depuis la Libération, la gauche, persuadée de détenir la science, en particulier de détenir les clefs des sciences sociales, et de représenter l’avenir, a infligé une terrible pression à la droite et l'a, finalement, terrorisée. Cette gauche croyait à la victoire du socialisme, à l'avènement d'un monde neuf bâti contre le capitalisme sur le pouvoir ouvrier. La disparition progressive du monde ouvrier et la chute de l'URSS ont retiré à cette gauche ses arguments. Elle a donc troqué petit à petit le monde ouvrier pour les minorités, la lutte des classes pour la défense des prétendus "dominés". Ce discours appauvri où l’on vit briller les Foucault et autres Bourdieu ne tient pas la route, et on assiste aujourd'hui à la queue de la comète de cette idéologie populiste. Elle continue d'attaquer sur l'ensemble des terrains, au nom des femmes, des minorités, des pauvres, avec pour objectif d’exister. Elle réussit d’ailleurs encore parfois à terroriser la droite, notamment en raison de l'inculture de notre droite et de ses élites.

Sur tous les sujets, la gauche met donc la droite en accusation en se présentant comme force de progrès et défenseur des opprimés. C'est notamment le cas sur l'écologie. Sur la sécurité, l’identité, l’immigration c’est le même jeu de dupes. Elle veut se donner des allures de générosité, de compassion, de progrès. Mais le bon sens dit qu’il est normal que la France protège ses frontières, qu'elle n'accueille que ceux qui acceptent sa culture, son mode de vie. Il n'est pas aberrant de n'être pas multiculturaliste. Et cela n'empêche évidemment pas d'être compassionnel et humain. Ne pas souhaiter la destruction de sa propre civilisation ne signifie pas manquer de compassion. Giscard d'Estaing avait eu, à cet égard, une phrase des plus pertinente en rétorquant à Mitterrand "vous n'avez pas le monopole du cœur". Face à une gauche qui a démontré son incapacité à protéger les populations ouvrières, les plus vulnérables, les plus pauvres, contre l’insécurité de la racaille, qui est inapte à développer les énergies, la droite n'a pas à se laisser mettre en accusation. La droite n'a pas à rougir de ce qu'elle a fait ! Et rappelons encore une fois, que le droit de vote des femmes ce n'est pas l'initiative du Front Populaire, qui l’a refusé, mais celle de la droite du Général de Gaulle. De la contraception à l'égalité des droits, c'est bien la droite républicaine qui est derrière les réformes, sans pour autant faire du genre une qualité politique.

Quel a été le point de départ, et le processus de "mise sous tutelle" du discours politique par la gauche, entre ce qui est convenable et ce qui l'est moins ? Quels sont les thèmes que la droite a pu progressivement abandonner dans cette logique ?

La "mise sous tutelle" a commencé en 1945, après Blum. Blum avait résisté à la gauche communiste, après la libération, refusant d'avoir au sein de son gouvernement des ministres communistes. De là a commencé une sorte de guerre idéologique, menée par la gauche marxiste. L'histoire de France, et celle du monde, ont été falsifiées. La gauche marxiste s'est présentée comme la force progressiste alors que partout où elle prenait le pouvoir dans le monde, elle installait le totalitarisme et l'obscurantisme. Alors que la guerre contre le nazisme a été gagnée par Roosevelt, Churchill et de Gaulle, tous trois profondément antisocialistes et anticommunistes, alors que la gauche socialiste était pacifiste, Blum en premier, et que les révolutionnaires socialistes italiens ont créé le racisme, la gauche a appris aux enfants qu’elle était le fer de lance de l’antifascisme. cette falsification de l'histoire a été globale. Jusqu’à transformer le christianisme en force obscurantiste et faire croire que le progrès était à gauche. 

La deuxième vague a eu lieu en 1968. Si les courants d’extrême-gauche persistaient avec leur vieux modèle de révolution prolétarienne, on vit surgir de nouvelles idéologies, l’écologie politique en particulier qui permit de recycler des gauchistes et qui inventa le mythe d’un retour à la nature, et l'idée que la production et le productivisme étaient par essence de mauvaises choses, ce qui, d’ailleurs, mettait le parti communiste en difficulté, puisqu'il était profondément productiviste. C'est également à partir de ce moment qu'a commencée la vague idéologique qui veut que les femmes soient nécessairement opprimées par les hommes et qu'est né le discours du dominant écrasant le dominé. En bref, c'est à partir de là que s'est mis en place la matrice de ce qu'on appelle aujourd'hui le politiquement correct. Ce politiquement correct qui n'est, finalement, rien d'autre qu'une certaine forme de populisme. Il prétendit opposer aux dominants, incarné par le mâle blanc hétérosexuel, une armée de dominés virtuelle, sans le moindre point commun, de l'immigré afghan, parce qu’il est migrant, à la bourgeoise du XVIème arrondissement, parce qu’elle est une femme. Le seul courant sérieux issu de la gauche était incarné par Michel Rocard, qui a su prendre acte de l'évolution de la social-démocratie à l’allemande vers un réformisme qui croyait en la démocratie pluraliste et aux droits de l’homme, et dont le modèle était le parti démocrate américain. Mais cette gauche a échoué.

Il est clair que la droite a abandonné depuis trente ans le terrain idéologique. Battue, elle a essayé de jouer du compromis avec la gauche et s'est trouvée complètement démunie d'une point de vue théorique donc aussi pratique. Ce fut notamment le cas en raison de son mépris pour tous les intellectuels car à droite, il existe depuis la fin du giscardisme, le sentiment que faire de l'argent représente le nec plus ultra de la vie. Pourtant, la droite du Général de Gaulle était une droite d'intellectuels, extrêmement cultivée et très respectueuse du savoir. Lui-même était un grand intellectuel et il aimait s’entourer de gens de qualité, comme Malraux, Mauriac et bien d’autres. Mais la génération qui a suivi était une élite politique d'une autre envergure, massivement formée dans les salles de l'ENA, persuadée que de simples connaissances en droit administratif suffiraient à faire d'elle une génération de stratèges politiques. 

Les conséquences sont lourdes : la gauche a pu imposer sa propre définition des situations, ses solutions aux problèmes, son prisme idéologique. Par exemple, sur l'immigration, au lieu de se poser la question : "qui pouvons-nous recevoir et à quelles conditions", le prisme de la gauche s’est imposé et sa question : "ils souffrent, comment allons-nous les intégrer ?", cela sans même se soucier de savoir si tous étaient intégrables. Et la droite a accepté cette définition de la situation. Et le schéma de l’intégration lui-même s’est imposé contre le schéma de l’assimilation. La gauche a imposé sa définition de la situation : tous les hommes sont égaux, tous méritent leur dignité, donc toutes les civilisations sa valent et sont respectables. Dès lors, naturellement, la gauche s’est retrouvée incapable d’affronter les menaces contre les valeurs françaises, de la laïcité à l’égale dignité de l’homme et de la femme. Et la droite bureaucratique a emboîté le pas de la gauche et laissé la situation se détériorer au point que l’on connaît aujourd’hui.

Qui, aujourd'hui, de la gauche ou de la droite est désormais en passe d'emporter la bataille des idées ? Après une domination de l'esprit de mai 68, assistons-nous à une nouvelle transformation du cadre idéologique de la politique française ? 

Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui la gauche a enfin perdu la bataille des idées. Le réel finit toujours par avoir raison. On assiste aujourd'hui au passage d'une comète dont on ne voit plus que la queue. Dorénavant contrainte d'engager le fer en déformant les propos de la droite, comme l'a récemment fait Barbara Pompili, la gauche meurt. 

Sa dernière possibilité de ferrailler consiste à déformer le propos de ses opposants historiques. Le pays profond n'en veut plus. La faiblesse de François Hollande, celle de l'extrême gauche communiste et du Front de Gauche en sont des révélateurs. La jeunesse ne voit qu’archaïsme et irresponsabilité dans le politiquement correct encore dominant dans les universités et parmi certains médias. 

La droite doit commencer à travailler théoriquement ses matrices pour préserver une alternative et se libérer de cette vieille gauche qui lui colle encore à la peau. Ce qui d’ailleurs n’est pas gagné.

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