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Ce que les candidats LREM ne comprennent pas en réclamant un dispositif anti fake news pour les derniers débats en direct de la campagne électorale
©MAURO PIMENTEL / AFP

Vaines obsessions

Ce que les candidats LREM ne comprennent pas en réclamant un dispositif anti fake news pour les derniers débats en direct de la campagne électorale

Si la lutte contre les fake-news est un combat majeur, l'enjeu pourrait plutôt être celui du renforcement de la confiance entre journalistes/politiques et le reste de la population.

Luc Rouban

Luc Rouban

Luc Rouban est directeur de recherches au CNRS et travaille au Cevipof depuis 1996 et à Sciences Po depuis 1987.

Il est l'auteur de La fonction publique en débat (Documentation française, 2014), Quel avenir pour la fonction publique ? (Documentation française, 2017), La démocratie représentative est-elle en crise ? (Documentation française, 2018) et Le paradoxe du macronisme (Les Presses de Sciences po, 2018) et La matière noire de la démocratie (Les Presses de Sciences Po, 2019), "Quel avenir pour les maires ?" à la Documentation française (2020). Il a publié en 2022 Les raisons de la défiance aux Presses de Sciences Po. 

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Il y a une relation très forte entre la défiance envers les institutions, le niveau de populisme et la défiance envers les informations officielles (statistiques par exemple). Cela est mesuré dans le cadre du baromètre de la confiance politique du CEVIPOF. Il y a une mise en cause des élites politiques, des institutions et des informations qu'ils peuvent produire.

On a un face à face entre une vision institutionnelle du politique, avec ses données, ses métiers, sa régulation professionnelle et de l'autre côté une volonté d'opposer à cette vision des convictions, des croyances et des informations qui seraient cachées à l'essentiel du peuple.

On voit par exemple l'hostilité des gilets jaunes envers les journalistes, accusés d’insister sur les violences des gilets jaunes et de le présenter comme un mouvement violent à partir d'infos qui pouvaient être corrompues par vision politique.

Il y a une remise en cause de la parole politique et de la parole des professionnels, une rupture de confiance dans ce qui peut émaner des institutions.

Pour quelles raisons? D'un côté, on a une profusion de sources d'informations sur les réseaux sociaux, internet, plus ou moins sérieuses, une trop grande abondance d'info tue l'info, avec un défaut de regard critique ou la croyance que toutes les sources d'info se valent, cela peut aboutir à du complotisme.

On a non seulement une remise en cause des indicateurs scientifiques mais aussi de ce qui est scientifique, plus on adhère au populisme moins on adhère à la science, les institutions sont considérées comme suspectes. Ce qui a pu alimenter cette idée, c'est un certain nombre de scandales, dans le domaine médical, pharmaceutique (levothyrox), les conflits d'intérêts...

Ce qui peut jouer aussi un rôle, c'est la fracture entre les élites et grande partie de la population, qui pense qu'il y a derrière cela un monde fermé avec ses propres règles, qui vit dans un entre-soi. Il y a remise en cause de la mondialisation, l'Europe, la technocratie, et d'une forme d'intellectualisation de la vie politique et sociale ; les "populistes" considèrent qu'on gave les gens avec des explications bidon qui ne correspondent pas au réel. La vision institutionnelle serait au service d'intérêts particulier et pas du plus grand nombre.

C'est grave car la république repose sur le raisonnement rationnel, c'est une forme de démocratie qui s'appuie sur des argumentaires de types scientifiques, avec un échange d’arguments contradictoires mais de type scientifique, validés par le débat et expérimentation. La destruction de ce lien conduit à un modèle communautaire, au chacun pour soi, à la perte de la philosophie des Lumières.

Les deux pistes pour reconstituer ce lien entre les citoyens et les institutions, c'est une décentralisation plus poussée (au niveau local les liens citoyens/institutions restent très forts). Macron devrait aller plus loin dans ce sens, la relation au maire est centrale. La deuxième piste serait de renforcer l'éducation civique et la formation juridique pour que les gens comprennent mieux le monde dans lequel ils vivent, qui est complexe.

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