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Les femmes de la génération Y sont moins nombreuses que les hommes à se reconnaître dans l’affirmation : "J’aspire à un poste de direction, quel que soit le secteur dans lequel je travaillerai."
Les femmes de la génération Y sont moins nombreuses que les hommes à se reconnaître dans l’affirmation : "J’aspire à un poste de direction, quel que soit le secteur dans lequel je travaillerai."
©Reuters

Bonnes feuilles

Carrière : pourquoi les femmes n'assument toujours pas leurs ambitions

Œuvrer pour que plus de femmes accèdent au pouvoir, qu'elles bénéficient des mêmes opportunités que les hommes, qu'elles osent s'affirmer et assumer leur choix : autant de défi que propose Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook. Extrait de "En avant toutes" (1/2).

Sheryl Sandberg

Sheryl Sandberg

Sheryl Kara Sandberg est l'actuelle directrice générale (COO) de Facebook. Elle était auparavant vice-présidente des Ventes et opérations internationales en ligne (Global Online Sales and Operations) chez Google. En 2012, elle est à la dixième place de la liste des femmes les plus puissantes du monde.

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L’aptitude des femmes à exercer une autorité dans le monde du travail ne laisse aucun doute. De plus en plus, les filles réussissent mieux que les garçons à l’école ; elles décrochent à peu près 57 % des diplômes de premier cycle et 60 % des masters aux États- Unis. La tendance est aussi manifeste en France, où 55 % des diplômes de premier cycle reviennent à des femmes. En Europe, 82 % des femmes âgées de vingt à vingt-quatre ans ont mené à bien leur scolarité dans le secondaire, contre 77 % d’hommes seulement. C’en est au point que beaucoup s’inquiètent de la « fin des hommes ». Mais l’attitude de soumission qui consiste à ne prendre la parole qu’en levant la main jusqu’à ce qu’on y soit invité a beau être récompensée à l’école, elle n’est pas aussi valorisée en milieu professionnel. L’avancement dépend souvent de la capacité à prendre des risques et à se mettre en avant – un trait de caractère que l’on décourage les filles de développer. Voilà qui pourrait expliquer pourquoi la réussite universitaire des femmes ne s’est pas encore traduite par un nombre significativement plus élevé de femmes à des postes de commandement. Le conduit qui approvisionne le marché du travail en diplômés regorge de femmes au bas de la pyramide ; quand vient le moment de remplir des fonctions de direction, ce sont toutefois en majorité des hommes qui en sortent.

Il existe une multitude de raisons à cela ; l’une d’elles, et non la moindre, n’est autre que le fossé de l’ambition. Évidemment, beaucoup de femmes nourrissent autant d’ambition professionnelle que bien des hommes. Pourtant, à y regarder de plus près, quel que soit le secteur, on s’aperçoit que les hommes sont plus nombreux que les femmes à briguer un poste au sommet. En 2012, une étude du cabinet McKinsey a mis en évidence que, sur plus de quatre mille employés d’entreprises phares de leur secteur, 36 % des hommes souhaitaient devenir P- DG, contre 18 % des femmes seulement. Un poste présenté comme un défi à relever et impliquant de grandes responsabilités attire en général un plus grand nombre de candidats que de candidates. Si le fossé de l’ambition se creuse à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie, la dynamique qui le sous- tend transparaît en revanche à la moindre étape d’une carrière. Un questionnaire soumis à des étudiants a révélé que plus d’hommes que de femmes se fixent comme priorité « l’accès à un poste de manager » au cours des trois ans suivant l’obtention de leur diplôme. Même parmi les professions libérales, on compte plus d’hommes que de femmes à se qualifier d’« ambitieux ».

L’espoir existe que la situation évolue avec la prochaine génération. Selon une étude du Pew Research Center, il y aurait, pour la première fois en 2012, plus de femmes (66 %) que d’hommes (59 %) âgés de dix- huit à trente- quatre ans à donner de l’importance à la « réussite dans une carrière ou un métier qui paye bien ». Une récente enquête sur les membres de la génération Y13 a mis en évidence que les femmes n’étaient pas moins enclines que les hommes à se définir comme ambitieuses. Bien qu’il s’agisse là d’un pas en avant, ne serait- ce que dans cette tranche d’âge, le fossé de l’ambition demeure une réalité. Les femmes de la génération Y sont moins nombreuses que les hommes à se reconnaître dans l’affirmation : « J’aspire à un poste de direction, quel que soit le secteur dans lequel je travaillerai. » Elles ont en outre moins tendance à se définir comme des « meneuses », des « visionnaires », « sûres d’elles », « prêtes à prendre des risques ».

Les hommes étant plus nombreux à briguer des postes de commandement, il n’est pas surprenant qu’ils en obtiennent, surtout quand on songe à tous les autres obstacles que doivent surmonter les femmes. Et il ne faut pas attendre l’entrée sur le marché du travail pour s’en rendre compte. L’essayiste Samantha Ettus et son mari ont épluché l’annuaire de l’école maternelle de leur fille, où chaque élève devait répondre à la question : « Que veux- tu faire quand tu seras grand ? » Ils ont remarqué que plusieurs garçons souhaitaient devenir président. Alors qu’aucune fille n’en a exprimé le désir. (Les données actuelles laissent penser qu’à l’âge adulte, ces fillettes n’auront toujours pas changé d’attitude.) Au collège, on compte plus de garçons que de filles aspirant à un poste de direction. Moins d’un tiers des conseils d’étudiants des cinquante meilleures universités américaines sont présidés par des femmes.

Si l’on attend d’un homme un minimum d’ambition professionnelle, chez une femme, en revanche, ce n’est pas indispensable – quand ce n’est pas carrément mal vu. Notre culture ne considère pas « Elle est très ambitieuse » comme un compliment. Les femmes agressives ou rentre dedans contreviennent à des normes implicites à propos d’un comportement acceptable ou pas. On applaudit les hommes de pouvoir, les ambitieux, qui ont du succès, alors que les femmes dans le même cas en payent le prix, socialement. La réussite d’une femme lui coûte, le plus souvent.

 Extrait de "En avant toutes" (JCLattès), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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