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Canicule : qui sont les perdants et les gagnants sur le terrain de l’économie ?
©ALBERTO PIZZOLI / AFP

Surchauffe

Canicule : qui sont les perdants et les gagnants sur le terrain de l’économie ?

Une vague de chaleur touche actuellement la France et certaines professions ou secteurs sont plus touchés par la canicule que d’autres.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico: Avec la canicule, quels sont les secteurs qui sont freinés et quels sont les secteurs qui en profitent ? 

Michel Ruimy : Météo-France a prévu qu’il fera 40° en France à partir de mercredi. Ceci ne sera pas sans conséquence sur l’activité économique puisque, dans notre pays, 70 % des secteurs sont « météo-sensibles ». Cette canicule diminue notre efficacité au travail. Elle profitera donc à certains secteurs, d’autres, par contre, y perdront. 

Pour ce qui concerne les secteurs pénalisés comme les transports, les fortes hausses de température peuvent endommager le matériel roulant et infrastructures ferroviaires, ce qui peut entraîner des retards. Dans le domaine aérien, les avions pourraient avoir des difficultés à décoller du fait d’une moindre densité de l’air et une plus faible portance. Les routes sont, elles aussi, concernées, pas seulement à cause du bitume qui fond et des pneus qui éclatent mais également en raison d’un déclenchement, plus rapide que prévu, de la circulation alternée à Paris en cas de pics de pollution. Du fait d’un travail en extérieur, le secteur du BTP et l’agriculture devraient être plus ou moins touchés par cet épisode caniculaire. De même, d’autres secteurs auxquels on ne pense pas toujours comme la restauration, la boulangerie, le pressing, la conduite de véhicules et l’énergie risquent d’être impactés. Enfin, alors que les soldes d’été débutent ce mercredi 26 juin, la canicule pourrait avoir un impact non négligeable sur la consommation en dissuadant les Français d’aller arpenter les magasins. L’expérience a démontré que, lors de fortes chaleurs, les personnes ne sortent pas sauf pour se rendre dans des centres commerciaux climatisés. Pour information, durant la canicule dramatique qui a touché la France en août 2003, les achats vestimentaires avaient régressé de 8,3 % sur un mois.

La montée des températures fait, en revanche, le bonheur des distributeurs de ventilateurs, climatiseurs et les rafraîchisseurs. C’est sûrement l’achat que les Français vont le plus faire dans les prochains jours. Lundi 24 juin, les groupes Boulanger, Fnac - Darty et Kingfisher (Castorama, Brico Dépôt) ont déjà rapporté qu’ils avaient enregistré des pics de ventes. Très sensible aux conditions météorologiques, le secteur des boissons, avec ou sans alcool, devrait également connaître de belles ventes. Selon une étude de Météo France, au-delà de 25°C, chaque degré supplémentaire entraîne une hausse de 5 à 7 % du volume des ventes. 

La canicule a aussi permis de créer des postes notamment dans les Ehpad. Quelles ont été les conséquences de la canicule de 2003 sur l’économie ? A-t-on depuis appris à réagir pour limiter les impacts ?

La canicule qui nous touche aujourd’hui est un phénomène inédit en raison de son intensité et du fait qu’elle survient en juin alors que les nuits sont les plus courtes. Pour autant, elle n’inquiète pas vraiment les autorités. En effet, depuis la vague de chaleur de 2003, qui avait provoqué un électrochoc avec ses vingt mille morts, les équipements et les comportements ont considérablement évolué. Car l’été 2003 a été un choc moral autant que sanitaire. L’exécutif, et pas seulement lui, ne s’est pas rendu compte qu’il avait tout simplement oublié de se préoccuper des personnes âgées qui vivaient chez elles. Par la suite, Philippe Douste-Blazy construira un « plan canicule », encore opérationnel aujourd’hui.

Au plan économique, la canicule de 2003 a amputé, selon le Sénat, la croissance de 0,1 à 0,2 point de Produit intérieur brut (PIB) sur l’ensemble de l’année, soit 15 à 25 milliards d’euros. En 2004, le gouvernement Raffarin a créé la « journée de solidarité » dont les recettes sont affectées à la protection des personnes les plus âgées. Cette initiative a été complétée, en 2005, par une contribution additionnelle, prélevée sur les revenus des retraités et des préretraités. En 2019, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie doit recevoir 2,9 milliards d’euros : 1,9 milliard au titre de la journée de solidarité et 1 milliard au titre de la contribution additionnelle. 

Ces sommes sont réparties entre les conseils départementaux qui financent l’Allocation personnalisée autonomie et les Agences régionales de santé qui prennent en charge les dépenses médicales des plus âgés. Dans le passé, ceci a permis notamment de créer près de 50 000 places en Ehpad, d’augmenter le personnel soignant de 30 % à 40 % et de financer la climatisation dans les maisons de retraite médicalisées qui en était dépourvues. Les collectivités locales prennent une large part avec, en particulier, l’obligation d’ouvrir au public des lieux « rafraîchis » et des points d’eau, ou de tenir et de mettre à jour un registre nominatif des personnes les plus vulnérables. Pour les personnes âgées résidant chez elles et plus isolées, les services d’aide à domicile reçoivent également des consignes. 

Reste qu’avec le vieillissement de la population, la volonté des plus anciens de rester chez eux et la multiplication annoncée des épisodes de grosse chaleur, il faudra renforcer cette prise en charge c’est-à-dire notamment de mieux accompagner le secteur de l’aide à domicile, actuellement sous-financé, qui va devenir incontournable dans le modèle de demain.

La canicule met aussi les populations face à des inégalités, comme celle de l’accès à l'air conditionné. Quels liens existent entre accès à ce type de technologies, productivité et frein de l'économie ?

Il fait trop chaud pour travailler. Cette réplique n’a peut-être jamais été aussi vraie d’autant que la revue Nature a publié, en 2015, une enquête des universités de Stanford et de Berkeley (Etats-Unis). Ces établissements ont réalisé une étude comparative des températures et évolution du PIB de 166 pays sur la période 1960-2010. 

Celle-ci tend à prouver qu’il y aurait un lien entre la santé économique d’un pays et la température moyenne de la zone géographique. Les chercheurs ont ainsi établi que la température annuelle moyenne idéale pour une bonne productivité - efficacité avec laquelle les sociétés transforment ressources naturelles, énergie, capital et travail en biens ou en services – se situait à 13°C. Au-delà, la productivité décline fortement. De manière plus précise, en exploitant des statistiques remontant sur les 40 dernières années, le Massachusetts Institute of Technologie (États-Unis) constate qu’au-delà de 15°C, notre productivité diminue de 1,5 à 1,7 % par degré supplémentaire. Ainsi, étant donné que la température de la Terre et des océans ne cesse d’augmenter, il se pourrait que l’économie mondiale soit déjà dans le rouge climatique. 

Cette étude montre aussi que les pays du Sud sont plus désavantagés que les autres. En effet, chaque degré au-dessus de 13° C est un coup porté au PIB de ces pays alors que, dans le Nord, les pays gagnent de la richesse, chaque fois, qu’ils descendent en-dessous de ce seuil.

Par ailleurs, en prolongeant cette idée, ceci signifierait qu’à données inchangées, en prenant en compte notamment la production de gaz à effet de serre, la productivité globale de la planète sera, à la fin du siècle, inférieur de 23 % au niveau qu’elle pourrait atteindre sans le réchauffement climatique.

On peut dès lors, s’interroger si la météo peut être prise comme un nouvel indicateur de croissance, incluse dans le calcul de la richesse nationale. La question est de savoir jusqu’où les variations de température peuvent influencer directement l’activité économique.

Il n’en demeure pas moins, qu’à une température de 40°C, notre efficacité au bureau va être réduite d’un tiers. De manière provocatrice, avec les températures élevées annoncées en France à partir de mercredi, il vaudrait mieux rester chez vous car, cela ne fera pas (ou si peu) de différence !

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