Professeur Khayat : "l'alimentation responsable de 20 % des cancers" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Santé
Professeur Khayat : "l'alimentation responsable de 20 % des cancers"
©

Régime anticancer

Professeur Khayat : "l'alimentation responsable de 20 % des cancers"

Dans son dernier ouvrage "Les Recettes gourmandes du vrai régime anticancer", le Pr David Khayat fait le lien entre alimentation et cancer. Il nous livre ses secrets.

Pr David Khayat

Pr David Khayat

Le Pr David Khayat est médecin. 

Il est chef du service de cancérologie de l'hôpital La Pitié-Salpêtrière. Il a été président de l'Institut national du cancer jusqu'en 2006. il a publié en 2011 aux éditions Odile Jacob "Les Recettes du Vrai Régime anticancer".

Il a également créé l'application Ipad Capital Anticancer.

Voir la bio »

Atlantico : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au lien entre notre alimentation et une maladie telle que le cancer ?

David Khayat : Cela fait 30 ans que je me bats avec les malades pour essayer de les guérir. Malheureusement, en pratique, nous ne faisons que les accompagner dans un parcours de souffrance. Eviter la maladie, donc travailler sur la prévention, serait mieux que d’avoir à la traiter. Pour ces différentes raisons, j’ai mené plusieurs actions au sein du gouvernement lorsque j’étais responsable du plan cancer.

Il faut savoir que la 1ère cause de cancer est le tabagisme, la 2ème  est imputée aux hormones (on ne peut malheureusement pas faire grand-chose en la matière), la 3ème concerne l’alimentation : cela représente 20 %  des cancers. C’est pourquoi j’ai eu envie de me pencher sur le sujet et d’en apprendre davantage grâce à de nombreuses études publiées ces dernières années. Le but était de comprendre les liens entre certains aliments. Soit en terme de protection soit en terme d’action sur le cancer. Attention, il ne faut pas rêver, ce n’est pas parce que l’on change notre alimentation et que l’on suit scrupuleusement tous mes conseils que l’on évite un cancer pour lequel on serait programmé.

D’autre part, il n’y a pas de régime universel. Nous n’avons pas tous les mêmes besoins pour les mêmes aliments. Les mêmes aliments ne provoquent pas les mêmes risques ou n’apportent pas les mêmes bénéfices. Je pense ainsi que dans les années à venir nous irons vers des régimes à la carte, personnalisés prenant en compte l’age, le sexe, l’hygiène de vie, etc…

Toutefois, il faut faire tomber des mythes comme celui qui donnerait aux poissons des propriétés miraculeuses, celui qui diaboliserait la viande, celui qui prétendrait que les fruits et les légumes seraient des aliments « magnifiques » ou encore celui qui donnerait aux vitamines des « pouvoirs magiques »

L’étude EPIC (480 000 volontaire pendant 12 ans) démontre ainsi que 400 grammes de fruits et légumes par jour réduirait au maximum de 2.5 % le risque de cancer de l’œsophage. Cela ne veut évidemment pas dire que les fruits et légumes ne sont pas bons, mais cela démontre qu’en réalité nous n’avons pas tous besoins des mêmes fruits et légumes, ni des mêmes quantités.

Existe-t-il des aliments qui sont, d’une manière générale, bons pour tous les individus ?

Il y a en effet quelques aliments. La grenade notamment.

Des études américaines démontrent qu’après un cancer de la prostate, la mesure du PSA (indicateur de rechute) peut être sensiblement amélioré lorsque l’individu boit ½ litre de jus de grenade par jour. En effet, le groupe exposé à ce test a vu le taux de rechute diminué de 50 % et le temps avant rechute à été multiplié par presque 3. La consommation de ce fruit permettrait également de prévenir le cancer du sein chez les femmes ménopausées.

Il faut également rendre ses lettres de noblesse à la viande qui a été diabolisée depuis plusieurs années. Une vingtaine d’études ont été menées sur les risques de cancer du colon chez les mangeurs de viande et aucune à ce jour n’a pu démontrer une hausse du nombre de cancer qui seraient dû à cette consommation de viande. A contrario une étude sur une secte américaine végétarienne très stricte montre que le taux de cancer du colon est largement le même que dans les populations non végétariennes. Il ne s’agit donc pas simplement de mettre en avant la consommation ou non consommation de viande, mais de parler de l’origine de celle-ci, de la taille de portion, de la manière dont elle est cuisinée et de ce que l’on mange avec.

La manière dont vous abordez la nourriture ne revient-elle pas à la percevoir comme un simple médicament, à nier la notion de plaisir gustatif ?

Je pense qu’il est important de prendre son destin en mains. Il est également important de pouvoir contrer la « surpromotion » des produits tels que le tabac en sensibilisant la population aux risques encourus. C’est ce que nous faisons avec les aliments en cherchant simplement à donner à chacun les cartes permettant de comprendre les effets de certaines pratiques alimentaires. Nous n’interdisons rien, nous tentons simplement de mettre en place un équilibre. Cela n’a rien d’anxiogène.

Les Recettes gourmandes du Vrai Régime anticancer du Pr David Khayat et de Caroline Rostang (Odile Jacob, 2011)

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !